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DOCUMENT BFMTV - "J'ai subi une torture": cinq mois après son interpellation, Théo raconte

Théo, face à Dominique Rizet, pour BFMTV.

Théo, face à Dominique Rizet, pour BFMTV. - BFMTV

Plus de cinq mois après sa violente interpellation à Aulnay-sous-Bois le 2 février dernier, Théo a évoqué son parcours et sa lente reconstruction lors d'un entretien à BFMTV.

Le 2 février dernier, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, Théo, 22 ans, avait été violenté et grièvement blessé lors d'une interpellation policière. Dans cette affaire, quatre policiers avaient été mis en examen. Trois d'entre eux l'avaient été pour violences volontaires en réunion et le quatrième pour viol, suspecté d'être l'agent ayant enfoncé sa matraque dans l'anus du jeune homme. Ce drame avait suscité des troubles en Seine-Saint-Denis. Près de six mois après son interpellation, Théo s'est confié à notre consultant police/justice, Dominique Rizet.

"Vous dire que ça va serait vous mentir"

Il a d'abord renseigné le journaliste sur son état de santé: "Si je vous dis que ça va, ça serait vous mentir. Ça va de mieux en mieux en tout cas. On fait le maximum pour rester debout. (…) Psychologiquement, comme je suis bien entouré, ma famille, des bonnes connexions, des bons amis aussi qui font que j’arrive à rester debout aujourd’hui."

Théo vit toujours avec la poche qui lui a été administrée en raison de la déchirure anale et de la perforation du colon qu'il a subies. Il ignore, d'ailleurs, s'il pourra la retirer un jour. D'après lui, les médecins sont "sceptiques". "Ça me fait très très mal. Ça me dérange au quotidien", a-t-il poursuivi. Mais le corps n'est pas le seul à avoir été meurtri. Il a donné des précisions sur son état d'esprit du moment: "Je suis dans la convalescence et dans la reconstruction. Je guéris, mais je guéris en agissant. (…) Si je baisse les bras c’est un mauvais exemple que je donne aux gens. Je dois rester debout". Il a également rendu hommage à l'assistance de sa famille, à celle apportée par son frère en particulier, tout en ajoutant qu'il devait encore "se forger mentalement". 

Théo évoque des moqueries policières 

Le jeune homme est également revenu sur les faits. Racontant son interpellation, il a expliqué qu'au moment où il avait compris que les choses allaient mal tourner il avait cherché à accéder à un endroit filmé par des caméras de surveillance. Théo a également retranscrit ses pensées à l'heure où on le frappait: "Je sens la douleur, je suis comme anesthésié". Il a alors mis des mots sur les blessures infligées: "J’ai subi une torture. C’était de la violence volontaire et il y avait un viol en réunion. Les quatre ont été complices car aucun des policiers n’a dit à son collègue: 'Tu vas trop loin'. C’est de la torture qui a duré trop longtemps." Théo a expliqué à Dominique Rizet qu'il en voulait aux quatre policiers auxquels il a eu affaire ce 2 février et a évoqué d'autres griefs:

"Aux quatre policiers qui m’ont fait ça, oui je leur en veux et aussi aux policiers de mon quartier qui se moquent de moi qui me provoquent avec leur matraque. Hier encore, j’étais en bas de chez moi, les policiers sont passés en voiture et il y a un policier qui dit : ’Salut Théo, tu te rappelles de la matraque ?’ Il rigole et il s’en va. Ils le font souvent", a-t-il assuré. 

La suite, il la voit aux côtés de son frère avec lequel il souhaite mettre sur pied un projet à destination des jeunes de quartiers, un projet en lien "avec le football". Il a d'ailleurs commenté la citation de son frère dans une enquête sur des irrégularités présumées dans l'utilisation de subventions par une association présidée par ce dernier: "C’est petit, ça n’a rien à voir du tout et ce sont des histoires fausses". 

Robin Verner, avec des propos recueillis par Dominique Rizet