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Forcené neutralisé en Dordogne: le récit des 36 heures de traque

Barrage routier de gendarmes le 31 mai 2021 à Lardin-Saint-Lazare

Barrage routier de gendarmes le 31 mai 2021 à Lardin-Saint-Lazare - THIBAUD MORITZ / AFP

Après avoir été violent avec son ex-compagne et avor tiré sur des gendarmes dans la nuit de samedi à dimanche, l'ancien militaire s'était enfui dans la forêt avoisinante, lourdement armé.

L'ancien militaire armé et recherché depuis dimanche en Dordogne a été interpellé ce lundi, après environ 36 heures de traque. "L'individu a été neutralisé. Neutralisé veut dire que sur un tir de riposte, il a été blessé", a déclaré le préfet de Dordogne Frédéric Périssat ce lundi. Il est, selon nos informations, gravement blessé à la gorge.

Plus de 300 gendarmes et des membres du GIGN (Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale) sont mobilisés dans la recherche de cet homme depuis dimanche, ainsi que plusieurs voitures blindées et hélicoptères. Un portrait-robot était diffusé depuis lundi matin, et la population locale avait été appelée à se confiner pour éviter tout danger.

· Les locaux confinés, les axes routiers coupés

Cet homme, âgé de 29 ans, a déjà été condamné quatre fois pour des violences conjugales sur son ex-compagne, mère de ses trois enfants. Il se présente au domicile de cette dernière samedi, à Lardin-Saint-Lazare, commet alors sur elle des violences, et tire sur son nouveau compagnon, sans l'atteindre selon la gendarmerie. Il tire ensuite sur les gendarmes, venus sur place après avoir été appelés pour des violences familiales dans la commune, avant de fuir dans la forêt. C'est ainsi que débute une traque de longue haleine, mobilisant de très importants moyens des forces de l'ordre.

L'homme est rapidement décrit comme "lourdement armé", alors qu'il n'a pas l'autorisation de détenir d'arme à feu. En ce sens, le préfet de Dordogne Frédéric Périssat lance tôt dimanche matin, un appel invitant la population de la commune à rester chez elle, alors que plusieurs axes sont bloqués pour empêcher la fuite de l'homme par la route.

"Je demande à la population d'écouter les informations et d'éviter de se déplacer. Les axes routiers sont neutralisés pour éviter toute prise d'otage ou tout dégât collatéral", explique-t-il dimanche sur BFMTV.

· Échanges de tirs avec les gendarmes

Dimanche matin, le suspect est localisé dans un périmètre de 4 km carrés, dans une forêt. Une zone "accidentée, boisée", décrit le préfet, soulignant que les recherches nécessitent le recours à des "hélicoptères, des équipes cynophiles".

"Notre objectif est de procéder à sa reddition mais il est dans un climat assez extrême, il cherche à se faire tuer par les forces de l'ordre", explique sur BFMTV dimanche le général André Pétillot, commandant de la zone de défense et de sécurité de Bordeaux. "On a eu beaucoup de tirs sur les gendarmes mais pas de blessés. Il tire en visant, ce ne sont pas que des tirs d’intimidation", souligne-t-il, précisant que le suspect est muni d'une "arme de chasse, un gros calibre qui peut tuer".

Plus tard ce dimanche, le fugitif va jusqu'à tirer sur un hélicoptère survolant la zone où il est retranché, selon une information de BFMTV, mais également sur un véhicule blindé du GIGN. "Il n'est pas du tout enclin au dialogue et pas prêt à se rendre. Je crois que ça peut malheureusement durer encore longtemps", estime dimanche sur BFMTV Francine Bourra, maire du Lardin-Saint-Lazare.

· Pas de reddition dimanche soir, une nuit de traque

Les échanges de tirs s'arrêtent en fin de matinée dimanche. En début d'après-midi, ce sont en tout 306 militaires de la gendarmerie qui sont mobilisés dans la recherche de cet homme, qui se prolonge dans la nuit.

"Nous avons toujours l'espoir d'une reddition de cette personne. Si nous avions voulu le neutraliser, ce serait déjà fait. Nous mettons tout en oeuvre pour qu'il puisse se rendre et éviter un drame dans nos rangs", déclare le général en début de soirée dimanche. "Le travail de ratissage de l'ensemble du périmètre va être long et minutieux... Cela peut durer encore de nombreuses heures", affirme alors sur les coups de 18h30 le préfet de Dordogne.

Et pour cause: lundi matin, l'homme est toujours en fuite. "Le temps joue pour nous, même si c’est contraignant pour la population" assure dans la matinée Frédéric Périssat. Afin d'aider les forces de l'ordre dans leurs recherches, un appel à témoins est diffusé, "cela permettra s'il y a des riverains ou des personnes qui l’aperçoivent, de nous informer", plaide le général André Pétillot.

· "Neutralisation" après des échanges de tirs

Aux alentours de midi, les tirs semblent reprendre. Selon un envoyé de BFMTV sur place, au moins deux détonations sont entendues autour de la zone de recherches, la gendarmerie explique qu'il y a eu une "phase de contact". Le périmètre est en effet resserré à un petit quartier sur 200 m², à la suite d'un appel à témoins. Plusieurs blindés et un hélicoptère arrivent dans cette zone, où les habitants sont appelés à rester chez eux.

"Les vérifications que nous menons ont permis de le localiser en bordure de la zone dans laquelle nous pensions qu’il était implanté", explique peu après l'intervention le général André Pétillot. "À partir du moment où il a été au contact des militaires du GIGN il a ouvert le feu à nouveau à plusieurs reprises sur eux, et à la suite d’un de ses derniers tirs, il y a eu un tir de riposte, qui a amené effectivement à le neutraliser."

Le général précise que les tirs et la neutralisation se sont produits près d'une zone résidentielle, mais qu'il n'y a eu aucun blessé parmi les civils comme les gendarmes, "la seule personne victime c’est l’auteur", qui est, selon les informations actuelles, gravement blessé.

· "Revenir progressivement à la vie normale"

"Nous allons revenir progressivement à la vie normale", déclare le préfet, expliquant que "les axes vont être encore filtrés, perturbés dans les heures qui viennent pour permettre aux constations judiciaires, au travail d’enquête de se poursuivre". "L’opération est pour nous, maintenant, dans une phase judiciaire, elle n’est pas complètement terminée, on va rester encore un certain temps dans le village pour pouvoir procéder aux constatations, et ensuite la vie pourra reprendre normalement", abonde le général.

"Désormais il y aura des investigations judiciaires qui permettront de retracer précisément tout le déroulement des faits", déclare la procureure de la République de Périgueux Solène Belouar, annonçant une conférence de presse prochaine pour davantage d'informations à ce sujet.

Deux enquêtes judiciaires, distinctes, sont ouvertes. La première concerne des "faits de violences sur ex-conjoint", et de "tentative d'homicide" sur le nouveau compagnon de cette dernière. La deuxième porte sur des faits de "tentative d'homicide sur personne dépositaire de l'autorité publique".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV