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Police-Justice

Fin de vie: le cas Vincent Lambert devant la justice

Une infirmière prépare un goutte-à-goutte à l’hôpital d’Angers (Photo d’illustration).

Une infirmière prépare un goutte-à-goutte à l’hôpital d’Angers (Photo d’illustration). - -

La loi Leonetti de 2005 se retrouve à nouveau au cœur du débat sur l'euthanasie. Vincent Lambert, un accidenté de la route, est maintenu depuis cinq ans dans un état végétatif. Par conviction religieuse, ses parents s'opposent à l'arrêt des soins.

Faut-il refuser l'euthanasie passive à un patient qui n'a pas formellement exprimé ce choix, lorsqu'une partie de ses proches s'y oppose? Et qui doit l'emporter si le choix des parents se heurte à celui de l'épouse du patient? Vincent Lambert, 37 ans, rendu tétraplégique par un accident de voiture, est dans un état végétatif depuis cinq ans. Sensible aux stimuli douloureux mais incapable de s'exprimer, cet ex-infirmier est nourri par une sonde gastrique. L'ensemble de l'équipe soignante et sa femme Rachel demandent à ce que, selon la phrase rapportée par Libération, "la médecine se retire".

Or, les parents de Vincent s'opposent farouchement à ce que l'acharnement thérapeutique cesse. Le problème est que cette décision d'euthanasie, aux termes de l'article 2 de la loi Leonetti sur les droits des patients en fin de vie, est censée être prise par le médecin, en respectant la volonté du patient. Si celui-ci ne peut s'exprimer, l'arrêt des soins se fait avec l'accord de "la personne de confiance ou un proche".

Le problème est que Vincent Lambert, s'il s'était ouvert auprès de son épouse et de son frère Joseph de sa volonté de ne pas subir d'acharnement thérapeutique, ne l'avait pas fait de manière formelle. Dès lors, qui des parents ou de l'épouse, doit être le gardien de sa volonté? La justice, saisie en référé-liberté, doit à nouveau se prononcer mercredi 15 janvier. La bataille familiale s'étire depuis presque un an, au-dessus du lit de Vincent Lambert.

Une âpre bataille familiale

En mai 2013, après décision du médecin et en accord avec la volonté de son épouse, Vincent Lambert n'avait plus été alimenté. Proches des milieux catholiques intégristes, les parents avaient alors saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne et obtenu le 13 mai 2013 que l'hôpital de Reims rétablisse "l'alimentation et l'hydratation du patient". Ce fut là un premier revers pour l'épouse qui avait témoigné dans une interview accordée fin mai au Monde, de "la violence inouïe" qu'avait représenté pour elle cette décision.

Le docteur Eric Kariger avait alors décidé de "laisser la tension s'apaiser". S'en étaient suivies plusieurs tentatives de conciliation familiale où l'épouse, le frère et les parents du malade avaient pu s'exprimer, mais sans parvenir à s'accorder. Fin septembre, le CHU de Reims avait décidé de recourir à trois experts: un premier avait été désigné par l'épouse, un autre par les parents et un dernier par l'hôpital. Seul celui nommé par les parents avait conclu au maintien des soins. Le CHU avait alors décidé de stopper l'acharnement thérapeutique, décision dont le bienfondé sera examiné mercredi.

"Je le laisse partir non pour moi, mais pour lui"

L'opposition la plus virulente à l'euthanasie passive décidée par l'équipe médicale vient de Viviane, la mère du patient, proche de la Fraternité Saint-Pie X. Les réseaux catholiques intégristes ont été sollicités par les parents de Vincent Lambert afin de "ne pas laisser faire cette mise à mort".

De son côté, Rachel, l'épouse du patient citée par Libération, voudrait que "Vincent soit entendu et respecté comme il l'était avant". "A tous ceux qui voudraient croire que j'ai intérêt à ce que mon mari parte, je voudrais dire que, malgré son handicap, il est toujours resté mon mari et que la douleur de le perdre sera toujours aussi grande. Je ne le laisse pas partir pour moi, je le laisse partir pour lui", explique-t-elle encore.

Que pense le principal intéressé de toute cette bataille? Nul ne sait déjà s'il en pense quoi que ce soit. Dans son état "pauci-relationnel", état végétatif a priori irréversible, l'équipe médicale avait noté, rapporte Europe 1, "des comportements inhabituels d'opposition aux soins". Mais difficile d'y voir un signe tangible.

David Namias