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Féminicide au Havre: ce que l'on sait du meurtre de Johanna, poignardée devant ses enfants

Johanna est morte lundi, devant un supermarché du Havre. En garde à vue, son conjoint a reconnu lui avoir porté 14 coups de couteau. Une nouvelle affaire qui alimente la polémique autour des défaillances dans la prise en charge des femmes victimes de sévices conjugaux.

Plusieurs fois, Johanna - morte lundi sous les coups de son conjoint - a appelé au secours. Des signes avant-coureurs, restés lettre morte, laissaient présager de ce drame survenu devant un supermarché du Havre, et sous les yeux des trois enfants de la victime, âgés de 2, 4 et 6 ans. Dès le mois de mai, la jeune femme avait prévenu les services sociaux qu’elle souhaitait se séparer de son compagnon, soumettant même des demandes de logements à plusieurs bailleurs sociaux.

"Elle savait qu’elle risquait sa peau, c’est pour ça qu’elle voulait partir avec ses enfants", explique ce mercredi sur notre antenne Alicia, la demi-sœur de la victime.

Les services sociaux alertés, une main-courante déposée

Le 29 juillet, les services sociaux obtiennent à Johanna une place au Service d’accueil d’urgence des femmes (SAUF), a appris BFMTV auprès du parquet du Havre. Toutefois, elle n’emménage pas dans cet établissement. Le 10 août, elle dépose une main-courante au commissariat du Havre "indiquant que le climat était tendu mais qu'il n'y avait pas de violence contre elle-même ou sur les enfants", précise dans un communiqué le procureur de la République du Havre, François Gosselin.

"J’étais là quand elle est allée au commissariat, elle est ressortie dépitée, elle s’est sentie abandonnée. La première plainte qu’ils n’ont pas voulu prendre c’était pour gifle au visage. Ils lui ont dit que ce n’était pas assez grave", déplore sa demi-sœur.

Interpellation et garde à vue

Le lendemain, les policiers se présentent au domicile du couple. La jeune femme raconte s’en être échappée en passant par la fenêtre après avoir été "menacée par son compagnon à l'aide d'un couteau", continue le communiqué.

"Il l’a regardée et lui a dit: ‘Ca fait une semaine que je réfléchis à comment je vais te tuer’. Il avait un sac poubelle, il a voulu l’étouffer avec, il a aussi essayé avec un coussin, avec ses mains. Le petit s’est réveillé, il a dit: ‘C’est pas grave, il va voir sa mère crever’ et il a pris le couteau et lui a couru après. Du coup, elle a sauté du premier étage, en risquant sa vie", déroule Alicia.

  • Son conjoint est alors interpellé et placé en garde à vue puis… plus rien. "Les éléments réunis au cours de l'enquête apparaissaient insuffisants pour caractériser une infraction, et la procédure était transmise au parquet en vue d'un classement sans suite", selon le communiqué du procureur. "Quand Johanna est sortie des auditions, elle n’avait même pas de dépôt de plainte. Elle m’a dit: ‘Je ferais mieux de crever comme ça tout le monde serait tranquille’".

Affaire classée sans suite

Le parquet classe finalement l’affaire sans suite. "Dans cette première affaire, c'était parole contre parole", justifie le procureur François Gosselin.

Un argument que la demi-sœur de Johanna réfute catégoriquement: "Quand je vois une personne sauter par la fenêtre en criant à l’aide, c’est qu’il y a quelque chose de très très grave. Il y avait des témoins, un attroupement en bas de l’appartement. Et c’était pas la première fois qu’il la frappait."

Pendant les 15 jours qui suivent, Johanna est hébergée chez sa sœur puis rejoint finalement le foyer qui lui avait été initialement proposé. Les enfants sont pris en charge tour à tour par les parents: le père les a le week-end et emmène les deux aînés à l’école le lundi matin. Ce jour-là, Johanna va chercher les deux plus grands à la mi-journée et convient avec son conjoint qu’il dépose le cadet dans un kebbab.

Après l'attaque de lundi, le suspect déféré devant le juge d'instruction

C’est dans ce restaurant qu’une dispute éclate. Le père s’extrait des tensions en emmenant les enfants dans le supermarché pour leur acheter des glaces, il ne semble pas particulièrement agacé, précise une caissière. Il sort de la grande surface vers 13h00 et est interpellé par sa conjointe au sujet de la garde des enfants. C’est alors qu’il brandit un couteau et la frappe à 14 reprises. Celle-ci meurt quelques instants plus tard.

L’homme de 37 ans est interpellé et placé en garde à vue, au cours de laquelle il reconnaît les faits, expliquant avoir eu peur que sa compagne le prive de la garde de ses enfants. Il a été déféré au parquet ce mercredi et une information a été ouverte du chef de meurtre par conjoint. L'homme a été mis en examen par le juge d'instruction, puis placé de détention provisoire par le juge des libertés et de la détention, conformément aux réquisitions du parquet. Les trois enfants ont quant à eux été confiés à un membre de la famille.

"La justice a réagi trop tard, ils ont attendu qu’elle soit morte sous les coups de poignard pour réagir. La justice n’a rien fait pour elle, elle l’a abandonnée", tance Alicia.

Ce soir, la ministre de la Justice a réagi à ce drame qui alimente les nombreuses polémiques autour des défaillances dans la prise en chaque des femmes victimes de violences conjugales. "C’est un drame atroce. Mes pensées vont à la famille. Le gouvernement agit. On ne peut plus laisser passer aucun signalement."

Ambre Lepoivre et Mélanie Vecchio