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La France est-elle un des pays les plus touchés par les féminicides en Europe?

En Espagne, il n'est pas rare que la population manifeste contre les violences faites aux femmes, comme ici à Pampelune en 2016.

En Espagne, il n'est pas rare que la population manifeste contre les violences faites aux femmes, comme ici à Pampelune en 2016. - MIGUEL RIOPA / AFP

A première vue, la France semble être davantage concernée par les violences faites aux femmes que les autres pays européens. Des chiffres qu'il faut cependant analyser de plus près.

Au début de l'été, la sénatrice LR du Haut-Rhin Catherine Troendlé interpellait la ministre de la Justice à propos des "chiffres inquiétants des féminicides", indiquant notamment que la France était "le deuxième pays" le plus concerné en Europe.

Un constat véridique puisque, selon Eurostat, 123 Françaises ont été tuées volontairement par leur "partenaire intime" en 2017 - soit le total le plus élevé du Vieux continent après l'Allemagne (189).

Un chiffre encore plus impressionnant lorsqu'on le compare à d'autres pays européens, comme l'illustre l'infographie ci-dessous. 

Ces chiffres doivent cependant être nuancés car tous les pays n'ont pas le même nombre d'habitants. Si on regarde les même statistiques mais en prenant en compte la population nationale, le classement est ainsi complètement différent.

La France reste mal classée, même en prenant en compte son nombre d'habitants

La Roumanie et la Hongrie passent ainsi largement en tête, avec plus de 4 homicides volontaires par million d'habitants commis par des partenaires intimes - un taux deux fois supérieur à celui de la France... qui reste toutefois mal classée. 

Même en prenant en compte la population de chaque pays, certains Etats comparables à la France semblent donc être davantage concernés par les féminicides que d'autres, comme l'Allemagne.

Une situation qui s'explique avant tout par la législation de chaque état, selon Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, contactée par BFMTV.com. Plus la loi est stricte envers les auteurs de violences contre les femmes, plus on constate des évolutions. "En Allemagne par exemple, les lois sur le viol sont terribles, beaucoup de cas n'aboutissent pas".

Le contre-exemple de l'Espagne

Tout le contraire de l'Espagne, où la législation a permis de sauver plus de vies qu'ailleurs. Selon France 24, le nombre de féminicides y a été considérablement réduit en dix ans, passant de 76 meurtres en 2008 à 47 en 2018.

Une amélioration due à plusieurs facteurs, comme la création de tribunaux spécialisés, la généralisation des ordonnances de protection, le développement du bracelet électronique pour les conjoints violents, la mise en place de 10.000 téléphones spéciaux permettant de se faire aider en urgence... En France, seul 3000 appareils de ce type existent.

Pour Anne-Cécile Mailfert, c'est bien la preuve que seules "des décisions politiques peuvent améliorer les choses". 

Des statistiques à prendre avec des pincettes?

"Il faut être prudent avec ces statistiques", prévient cependant Caroline De Haas, membre du collectif Nous toutes: 

"Il est possible que les méthodes de calcul ne soient pas les mêmes dans tous les pays. Par exemple, en France, quand on parle de meurtre dans le cadre de violences conjugales, on tient compte des crimes commis par les petits-amis alors que dans d’autres pays on se limite au meurtre commis au sein d’un couple marié." 

Une mise en garde à propos des statistiques sur les féminicides que Caroline de Haas applique aussi aux chiffres concernant les violences physiques et sexuelles.

Des violences de plus en plus signalées... grâce à une meilleure prévention

Selon les données de l'ONU, la France, la Suède ou encore le Danemark - pourtant réputés pour leurs politiques égalitaires - affichent des taux plus élevés de violences contre les femmes que des Etats comme l'Inde ou l'Egypte, malheureusement connus comme étant très dangereux pour les femmes.

Un paradoxe qui s'explique assez logiquement, selon Caroline de Haas:

"Le fait que ces taux soient plus élevés en France peut signifier qu’on détecte mieux ce type de violences, qu'on les qualifie mieux. Par ailleurs, les femmes les déclarent probablement plus qu’ailleurs grâce à un long travail de sensibilisation qui fait qu’on commence enfin à prendre conscience des violences que des conjoints peuvent exercer sur des femmes."
Louis Tanca et Ambre Lepoivre