BFMTV

Face aux mises en cause des grenades et flashball, les policiers rappellent leur droit à se défendre

Les lanceurs de balles de défense sont mis en cause par les manifestants.

Les lanceurs de balles de défense sont mis en cause par les manifestants. - BFMTV

Mains arrachées, oeil mutilé... De nombreux manifestants mettent en cause l'utilisation d'armes par les forces de l'ordre, telles que les grenades ou les lanceurs de balles de défense, lors de la mobilisation des gilets jaunes ou des lycéens. Les policiers, eux, assurent qu'il en va de leur sécurité.

D'un côté des forces de l'ordre victimes, depuis des semaines, d'actes de violences condamnables. De l'autre, des manifestants, blessés lors des manifestations, brandissent des photos de leurs mutilations causées par les armes utilisées par les forces de l'ordre. Avec la mobilisation des gilets jaunes, le recours à ces armes de défense, notamment les grenades lacrymogènes et le lanceur de balles de défense, est à nouveau dénoncée. Deux engins non létaux, mais qui peuvent provoquer de graves lésions. Un collectif d'avocats a d'ailleurs demandé au ministère de l'Intérieur d'interdire l'utilisation d'un certain type de grenades assourdissantes. 

Mais de quoi parle-t-on concrètement? Des armes intermédiaires, c'est-à-dire non létales: lanceur de grenades, grenades à main de désencerclement, lanceur de balles de défense et grenades lacrymogènes. Côté grenade, ce sont les GLI-F4, pour grenades lacrymogènes instantanées, qui sont principalement pointées du doigt. Ces engins de dispersion, pour garder à distance les manifestants des points sécurisés par les CRS ou les gendarmes mobiles, produisent trois incidences: lacrymogène avec un effet irritant provoqué par le gaz CS qu'ils contiennent, sonore avec une explosion de 165 décibels en raison de la charge de TNT (le seuil de risques immédiats étant de 105 décibels) et un effet de souffle avec une onde de choc sur plusieurs centaines de mètres.

Grenades
Grenades © AFP
grenade
grenade © -

De nombreuses voix contre ces armes

Les grenades lacrymogènes ne sont pas les seules armes dont l'utilisation est dénoncée. Le lanceur LBD 40, communément appelé "flashball" alors qu'il en a en réalité pris sa succession, est utilisé par les forces de l'ordre depuis 2016. Le 7 décembre, près de 200 personnalités, dont plusieurs députés d’opposition, ont appelé le gouvernement à cesser "immédiatement" l’utilisation des lanceurs de balles de défense dans les cortèges. Dans un rapport sur le maintien de l’ordre remis au président de l’Assemblée nationale en janvier 2018, le Défenseur des droits proposait l'interdiction de leur usage.

Jacques Toubon soulignait alors que les "caractéristiques (…) rendent son usage dangereux et problématique dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre". Il est en effet, selon lui, "susceptible de blesser grièvement un manifestant, d’engager la responsabilité du tireur, et d’entraîner des réactions imprévisibles de la part des manifestants témoins d’une blessure grave occasionnée par des policiers à un manifestant, que le tir soit conforme ou non aux règles d’emploi".

LBD
LBD © -

Un an après ce rapport, le ministère de l'Intérieur a commandé plus de 1.200 nouveaux lanceurs, un lot de 180 lanceurs multicoups à six coups, un lot de 270 lanceurs multicoups à quatre coups, et un lot de 1.280 lanceurs mono-coup. "Avec le flashball, nous étions sur des distances complètement désuètes, on était sur des distances très courtes, on avait des difficultés à mettre en cible quelqu’un et la balle partait un peu n’importe où. Cette arme a été rapidement retirée lorsque nous avons eu ce lanceur LBD 40, beaucoup plus précis", rappelle Thomas Toussaint, délégué national du syndicat Unsa police.

Une question de sécurité pour les policiers

L'utilisation de ces armes non-létales, donc non-mortelles, est encadrée par une doctrine prévue par le législateur. D'ailleurs, l'Inspection générale de la police nationale enquête sur 48 faits présumés de violences policières lors des mobilisation des gilets jaunes et des lycéens. A la suite de la mort de Rémi Fraisse, sur le barrage de Sivens, en 2014, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, avait interdit le recours à un autre type de grenade, l’OF F1. Les règles d'usage des grenades GLI-F4 avaient été, elles, durcies, alors même que la France est le seul pays en Europe à encore les utiliser pour le maintien de l'ordre.

"Si on nous retire les grenades, les lanceurs de 40, si on nous retire la possibilité tout simplement de nous défendre, je ne vois pas comment on va pouvoir défendre notre intégrité et un terrain", insiste Thomas Toussaint, rappelant la nécessité de formation et d'habilitation pour y avoir recours.

Si l'avenir du lanceur LBD 40 ne semble pas remis en cause, celui des grenades GLI-F4 est compté. En mai dernier, le gouvernement a décidé "pour des raisons techniques et d'effet à obtenir, de les remplacer progressivement", a précisé le ministère de l'Intérieur à France 3. Ces dernières doivent être remplacées par un autre modèle, la GM2L, qui ne contient aucun explosif. Ces grenades restent assourdissantes et irritantes en raison du gaz lacrymogène qu'elles contiennent. Toutefois, le week-end du 1er décembre, lors de la mobilisation des gilets jaunes à Paris, près de 10.000 grenades, dont 339 GLI-F4, ont été utilisées, avait révélé Le Parisien. La fin de ce modèle interviendra avec la fin des stocks.

Justine Chevalier