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DJ lynché au Blanc-Mesnil: "Mon mari n'avait rien demandé"

Façade du tribunal de grande instance de Bobigny où siège la cour d'assises de Seine-Saint-Denis.

Façade du tribunal de grande instance de Bobigny où siège la cour d'assises de Seine-Saint-Denis. - -

Amadou F. comparaît pour le meurtre de Claudy Elisor, un DJ de 33 ans d'origine antillaise. La victime avait été agressée par une bande et laissée pour morte lors d'une soirée du Nouvel An, en 2011.

Amadou F., 24 ans, s'est bien présenté aux assises de Seine-Saint-Denis, où il risque 30 ans de prison, comme il l'assurait à BFMTV le 7 février dernier. Ce jeune homme, qui clame son innoncence, comparaît pour le tabassage mortel d'un DJ antillais qui animait une soirée au Nouvel An 2011. Une affaire surgie dans la presse au début de l'année au moment où Amadou, alors en détention provisoire, avait été libéré par erreur à cause d'un fax défectueux.

La veuve de Claudy Elisor, la victime, attendait pour sa part ce procès "avec impatience". Fabienne Elisor, qui avait fait part de son désarroi après la libération contre toute attente d'Amadou F., a témoigné avant l'ouverture du procès d'"un petit sentiment d'injustice" né des "ratés de l'enquête", même si elle s'efforce de garder "confiance" dans l'autorité judiciaire.

"Je veux des réponses, a-t-elle répété. Mon mari n'avait rien demandé. Pourquoi venir sans être invité? Pourquoi revenir taper mon mari et tout saccager?"

Le DJ laissé pour mort

Il était environ 4 heures du matin, la nuit de la Saint-Sylvestre 2011, lorsque Fabienne Elisor a vu une dizaine de jeunes d'une cité du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, débarquer dans une salle des fêtes où se trouvaient environ 80 personnes, pour la plupart originaires des Antilles. Ceux-ci avaient été ameutés via SMS par un jeune de la cité qui venait de se faire refouler de la soirée.

Les agresseurs ont alors foncé sur Claudy, le DJ, père de famille de 33 ans et animateur de soirées à ses heures perdues. Un coup à la tête, l'homme s'effondre. Selon les témoins, un jeune homme avec un pitbull montait la garde tandis que ses comparses s'acharnaient sur le DJ, en le frappant notamment avec une chaise. Ils ont ensuite dévasté la salle avant de prendre la fuite.

Plongé dans un coma profond, Claudy Elisor a succombé quelques jours plus tard à un oedème cérébral. Sa mort a soulevé une forte émotion parmi les Français d'outre-mer, dont certains représentants accusent la police de ne pas être intervenue assez rapidement parce que la victime était d'origine antillaise.

Deux accusés sur dix agresseurs

L'avocat de Fabienne Elisor, Me Bernard Benaiem, dénonce pour sa part le fait que "de nombreuses pistes n'aient pas été exploitées". Résultat: sur dix agresseurs, seuls deux ont été renvoyés devant les assises. Et contre Amadou F., soupçonné d'être le jeune homme refoulé à l'entrée, l'enquête ne dispose d'aucune preuve matérielle probante, comme des traces ADN.

Le second accusé, Alassane D., clame également son innocence. La cour d'assises a jusqu'au 23 mai pour faire surgir la vérité.

Mathilde Tournier et avec AFP et vidéo Cécile Ollivier