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Des téléphones fixes installés dans chaque cellule de prison

Déjà testé à la prison de Montmédy, dans la Meuse, le ministère de la Justice va généraliser l'installation d'un téléphone dans chaque cellule. Les détenus auront la possibilité de composer des numéros uniquement autorisés par un juge ou l'administration.

Maintenir les liens familiaux et tenter de lutter contre la multiplication des téléphones portables en prison. Le ministère de la Justice a lancé en novembre un appel d'offre pour l'installation d'un téléphone fixe dans chaque cellule de l'ensemble des établissements pénitentiaires, selon une information du Monde confirmée par BFMTV.com. Les quartiers disciplinaires, pour les détenus sanctionnés lors de leur incarcération, et les centre de semi-libertés, ne seront pas concernés par ce dispositif.

La généralisation pourrait débuter dès le courant de l'année 2018 et pourrait prendre fin d'ici deux ans et demis. 50.144 cellules sont à équiper selon l'appel d'offre rendu public qui précise qu'outre "la fourniture et l'installation" l'entreprise qui remportera le marché devra prendre en charge "la mise en oeuvre, l'exploitation et la maintenance d'une infrastructure de téléphone". Ainsi, ce sont 50 millions de minutes qui pourront être utilisées et payées par les détenus qui fianceront le projet. 3.090 "point-phones", les téléphones installés dans les coursives, vont également être implantés dans les prisons.

Lutter contre les téléphones portables

Depuis 2016, l'administration pénitentiaire teste l'installation de téléphone fixe dans chaque cellule de la prison de Montmédy, dans la Meuse. Les 296 détenus (pour 343 places) de l'établissement au 1er décembre 2017, selon les chiffres communiqués par le ministère, ont à leur disposition un téléphone qu'ils peuvent utiliser 24h/24. Ils peuvent ainsi joindre les membres de leur famille si les numéros ont été autorisés par l'administration ou par un juge. Leurs proches peuvent aussi les joindre selon un système ressemblant au bipeur. 

"Cette expérimentation a permis de démontrer la réelle plus-value de la téléphonie en cellule", confirme-t-on au ministère de la Justice, qui note un nombre d'appels et une durée des appels en constante augmentation.

Pour le ministère de la Justice, avec ce nouveau dispositif, il s'agit de lutter contre la prolifération des téléphones portables en prison. En 2016, 33.521 portables et accessoires ont été saisis. A la prison de Montmédy, s'ils n'ont pas totalement disparus, le nombre de téléphones portables a nettement diminué entre le premier semestre 2016 et le premier semestre 2017 avec 57 saisies contre 83.

Le brouillage toujours d'actualité

L'installation de téléphone fixe dans les cellules pourrait également favoriser le maintien des liens familiaux et ainsi favoriser la réinsertion des détenus après avoir purgé leur peine. Selon l'Observatoire international des prisons (OIP), la multiplication des portables peut s'expliquer également par les horaires contraignants des téléphones installés dans les coursives qui sont accessibles entre 8 heures et 17h30, c'est-à-dire quand les conjoints sont au travail ou les enfants à l'école. Dans certaines prisons, l'accès était même impossible faute de surveillants pour accompagner les détenus ou en raison de la surpopulation carcérale, notait l'OIP, qui se félicite de cette généralisation.

La question des téléphones illégaux en prison restent toutefois une priorité au ministère de la Justice embarqué dans une course folle à la technologie. En août dernier, la ministre de la Justice avait rectifié le tir après avoir estimé qu'elle ne trouvait pas "absurde" l'autorisation de téléphone portable en prison. Nicole Belloubet avait alors assuré qu'elle voulait parler de téléphones fixes. La Chancellerie a passé un marché auprès d'un prestataires il y a quelques jours pour faire l'acquisition de nouvelles technologies de brouillage mais aussi le réglage et la maintenance pour remplacer les quelques 800 brouilleurs en place mais déjà obsolètes. L'objectif est donc clair: acquérir une technologie qui pourra évoluer. Pour cela, une première enveloppe de 15 millions va être débloquée avec pour priorité, cibler les établissements pénitentiaires les plus sensibles, notamment quand ils accueillent des détenus pour terrorisme.

Justine Chevalier