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Démission de Girard: Gabriel Matzneff "catastrophé par cette infortune" due à leur "amitié"

INFO BFMTV - Sous la pression des élus écologistes qui lui reprochent ses liens avec l'écrivain, Christophe Girard a démissionné de la mairie de Paris. Dans un mail à BFMTV, Gabriel Matzneff prend sa défense et annonce la sortie d'un livre revenant sur l'affaire qui le concerne.

"Je suis outré, catastrophé." Dans un mail adressé à BFMTV, l'écrivain Gabriel Matzneff, visé par une enquête pour "viols sur mineurs" après la publication en janvier du roman de Vanessa Springora, réagit à la récente démission de Christophe Girard, adjoint à la Culture à la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Cette décision, annoncée jeudi dernier, fait suite à des attaques d'élus écologistes qui réclamaient son départ de la mairie, estimant qu'il devait s'expliquer sur ses liens et agissements auprès de Gabriel Matzneff. Plusieurs élues écologistes avaient pris part à une manifestation sous les fenêtres de l'Hôtel de Ville.

"Pour être adjoint à la mairie de Paris, il faut des qualités éthiques et morales, le soutien à Gabriel Matzneff disqualifie Christophe Girard pour ce genre de responsabilités", a dénoncé l'écologiste Raphaëlle Rémy-Leleu lors de ce rassemblement.

En parallèle, la semaine dernière, la Ville de Paris a découvert trois notes de frais engagées par Christophe Girard pour des repas avec l'écrivain accusé de pédophilie, selon le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, confirmant des informations de Mediapart.  

"Être mon ami est une faute"

Ces prises de position contre l'adjoint à la Culture ont "outré" Gabriel Matzneff qui se dit "catastrophé" par cette "infortune" que subit Christophe Girard "par le seul fait de notre amitié".

Ce "réquisitoire (...) montre qu'être mon ami, témoigner de l'amitié à mon égard est en soi une faute qu'il convient de punir sévèrement, écrit Gabriel Matzneff. C'est un délit que n'avait jusqu'à ce jour pas prévu le Code pénal, mais je compte sur les féroces pharisiens qui depuis sept mois inlassablement me lapident pour l'y inscrire sans tarder", tance-t-il.

Complaisance à l'égard de Matzneff

Si l'écrivain s'inquiète du sort réservé à son "ami" ex-adjoint à la Culture, ce dernier nie de son côté toute proximité avec Gabriel Matzneff. Les trois notes de frais ne sont "nullement" incriminantes, ni "dissonnantes avec ce que disait Christophe Girard" de sa relation avec l'écrivain, a d'ailleurs souligné Emmanuel Grégoire auprès de l'AFP. 

"D'abord parce que manger avec quelqu'un n'est pas qualificatif de sanction pénale. Et, deuxièmement, Christophe Girard ne se cachait pas d'avoir eu des contacts avec Gabriel Matzneff, qu'il ne qualifie pas d'amicaux mais de professionnels", a-t-il poursuivi.

Depuis le mois de janvier, et la sortie du livre de Vanessa Springora Le Consentement, un nouveau scandale de violences sexuelles a éclaté, éclaboussant cette fois-ci le milieu littéraire. L'auteure de ce roman autobiographique raconte comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait pas encore 14 ans, dans les années 80. Elle met également en lumière la complaisance dont le célèbre écrivain aurait bénéficiée.

"Écrivain aujourd'hui honni, maudit"

Le mis en cause a dénoncé des "attaque injustes et excessives" à son encontre. Il a même évoqué "la beauté de l'amour vécu avec Vanessa Springora". Mais désormais, il précise - dans le mail adressé à BFMTV - qu'il refuse de s'expliquer à nouveau par le biais d'interviews, annonçant la sortie prochaine d'un livre-confession.

"Quant à ma propre défense, c'est dans un livre que je la formulerai. Écrivain aujourd'hui honni, maudit, mais l'écriture demeure mon art, mon salut, par-delà le désespoir où j'ai été soudainement précipité", écrit celui qui estime avoir été "assassiné par la société française".

Voici l'intégralité du mail que Gabriel Matzneff a fait parvenir à BFMTV:

"Vous m'écrivez comme si j'étais encore vivant, mais je ne le suis plus. La société française m'a assassiné en bonne et due forme, je pensais que vous le saviez.

Quant au réquisitoire que les ignobles Marat et Fouquier-Tinville du Conseil municipal ont prononcé contre Christophe Girard, il montre qu'être mon ami, témoigner de l'amitié à mon égard est en soi une faute qu'il convient de punir sévèrement. C'est un délit que n'avait jusqu'à ce jour pas prévu le code pénal, mais je compte sur les féroces pharisiens qui depuis sept mois inlassablement me lapident pour l'y inscrire sans tarder.

Je suis outré, catastrophé par cette infortune que, par le seul fait de notre amitié, subit Christophe Girard ; et je félicite notre maire, Mme Anne Hidalgo, d'avoir pris sa défense. Quant à ma propre défense, c'est dans un livre que je la formulerai, non dans des interviews. Écrivain aujourd'hui honni, maudit, mais l'écriture demeure mon art, mon salut, par-delà le désespoir où j'ai été soudainement précipité."

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV