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Paris: des notes de frais de repas entre Girard et Matzneff découvertes, le parquet informé par la mairie

Anne Hidalgo et son adjoint à la Culture Christophe Girard.

Anne Hidalgo et son adjoint à la Culture Christophe Girard. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Selon les informations de Mediapart, l'ancien adjoint d'Anne Hidalgo n'a pas seulement démissionné en raison de la manifestation féministe de jeudi dénonçant ses "liens" avec l'écrivain soupçonné de "viols sur mineurs".

Le coup de tonnerre est survenu jeudi: Christophe Girard, adjoint à la Culture à la mairie de Paris, annonçait dans la soirée qu'il quittait ses fonctions. En cause: ses "liens" avec Gabriel Matzneff, écrivain visé par une enquête préliminaire ouverture en janvier 2020 pour "viols commis sur mineurs", pointés par plusieurs élus écologistes du Conseil de Paris. Certains d'entre eux avaient pris part à une manifestation féministe, jeudi, au pied de l'Hôtel de ville, pour réclamer son départ.

Ce lundi, Mediapart révèle qu'une autre raison aurait également précipité la décision de Christophe Girard. Ce dernier aurait participé à plusieurs repas avec Gabriel Matzneff aux frais de la Ville de Paris.

Les trois repas, poursuit Mediapart, remontent à 2016 et 2017 lorsque Christophe Girard était maire du 4e et au mois de février 2019. La mairie de Paris a eu connaissance de la note de frais pour le déjeuner de 2019 le 22 juillet, la veille de la démission de Christophe Girard.

Des éléments transmis au parquet par la mairie de Paris

Il est alors décidé de la transmettre au parquet "dans un souci de transparence et de coopération", dans le cadre de l'enquête contre Gabriel Matzneff, dans laquelle Christophe Girard a été entendu comme témoin. Les deux autres notes de frais pour 2016 et 2017 ont été découvertes le jour même de la démission de Christophe Girard, en fin d'après-midi.

Contactée par BFM Paris, la mairie de Paris confirme les informations de Mediapart. Dans l'entourage de la maire, on confirme un rendez-vous entre Christophe Girard et le premier adjoint d'Anne Hidalgo Emmanuel Grégoire, le 23 juillet, jour de la démission de Christophe Girard. A cette occasion, la note de frais du déjeuner de 2019 lui a été présentée. Une note qui a joué un rôle dans la démission de Christophe Girard.

Mais dans son communiqué, publié au lendemain de la démission de Christophe Girard, Anne Hidalgo n'avait pas fait mention des repas. L'édile avait souligné son amertume de voir son adjoint partir et dénonçait les propos et les slogans tenus par des manifestants, assimilant l'Hôtel de ville à "Pedoland". Des propos et des slogans pour lesquels elle a annoncé saisir la justice. Après avoir signalé au parquet les éléments concernant la première note de frais, la maire de Paris a néanmoins réitéré son soutien à son ex-adjoint.

Auprès de Mediapart, Christophe Girard ne conteste pas avoir partagé des repas avec Gabriel Matzneff mais assure qu'il était "normal et courant" pour lui, en tant qu'adjoint ou maire du 4e arrondissement (2012-2017), de déjeuner ou de dîner avec des acteurs du monde de la Culture. L'intéressé soutient cependant ne pas avoir "de traces personnelles" des notes de frais, et ne pas avoir revu Gabriel Matzneff depuis février 2019.

"Ces déjeuners ne sont pas cachés"

Son avocate, Me Delphine Meillet, rappelle auprès de BFM Paris que "rien ne lui est reproché". "On fantasme le fait de déjeuner 3 fois en 4 ans avec un écrivain sulfureux. Les faits sont dissous dans des fantasmes malveillants", ajoute-t-elle, dénonçant un article de Mediapart "infamant".

"Ces déjeuners ne sont pas cachés. Ils figurent tous à l'agenda et ils sont réglés avec les deniers de la mairie de Paris. Gallimard publiait encore Matzneff il y a un an, il comptait dans le monde littéraire", poursuit Me Meillet. Pour elle Christophe Girard incarne "à ses dépens la complaisance d'un monde passé alors qu'il n'y a rien de répréhensible ni hier ni aujourd'hui".

"On parle de mondanités avec certaines personnes plus qu'ambigues, qui était acceptées à l'époque, et heureusement depuis la publication du livre de Vanessa Springora sont connues et condamnées de tous aujourd'hui", ajoute encore l'avocate de Christophe Girard.

Cette dernière estime par ailleurs que Christophe Girard n'est que "l'instrument" d'une affaire politique dont le but est "de destabiliser Anne Hidalgo". L'avocate confirme par ailleurs qu'une analyse de l'agenda de Christophe Girard a été demandée. "Cela va prendre un certain temps de remonter toutes les années, lorsque vous avez une personne dont le métier est de côtoyer quotidiennement le monde culturel dans sa grande diversité", prévient-elle.

De son côté la mairie de Paris ne demandera pas d'enquête de l'inspection générale de la ville. Christophe Girard n'a quant à lui pas encore déposé plainte à la suite de la manifestation aux banderoles polémiques de jeudi dernier.

Florian Bouhot avec Barthélémy Bolo