BFMTV

Crash de l'A320: le casse-tête de l'identification des victimes

Des hélicoptères survolent la zone du crash de l'A320, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Des hélicoptères survolent la zone du crash de l'A320, dans les Alpes-de-Haute-Provence. - F.Balsamo - Gendarmerie nationale

Alors que l'Airbus A320 qui s'est écrasé mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence a été pulvérisé en milliers de débris, l'espoir de retrouver des corps identifiables est quasiment inexistant. Dès lors, comment procéder à l'identification des 150 victimes?

Des milliers de débris éparpillés à flanc de montagne, sur près de quatre hectares. Voilà ce qu'il reste de l'Airbus A320 de la Germanwings, qui s'est écrasé mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence, alors qu'il effectuait la liaison Barcelone-Düsseldorf. Face à ce "spectacle épouvantable", comme l'a décrit le député Christophe Castaner, les espoirs de retrouver des corps facilement reconnaissables sont inexistants. Comment vont procéder les experts pour parvenir à identifier les corps? Explications. 

Corps pulvérisés

Rendues compliquées par la configuration des lieux du crash, un site montagneux et escarpé, très difficile d'accès, et par les conditions météorologiques, les opérations de recherche pour tenter de retrouver les restes des 150 victimes de l'accident ont repris à l'aube ce mercredi. Mais dès le survol de la zone, mardi, les enquêteurs ont compris qu'aucun corps en bon état ne serait retrouvé. "Les plus grands morceaux de corps que nous avons repérés ne sont pas plus grands" qu'un attaché-case, a ainsi expliqué un gendarme, mardi, à son retour du site.

Selon nos informations, 31 membres de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale ont été envoyés sur les lieux de l'accident, parmi lesquels 4 légistes, 5 spécialistes des empreintes digitales, 6 généticiens, 2 odontologues (spécialistes de l'identification dentaire), 4 spécialistes en identification des victimes de catastrophes et 3 spécialistes en fixation des scènes d'accident, chargés de modéliser le site. Leur mission: faire "parler" ces restes humains, afin de parvenir à les identifier.

Une chaîne d'autopsie installée sur place

Le premier enjeu consiste à récupérer tous les morceaux de corps repérés sur le terrain, ce qui nécessite de protéger la zone des intempéries, mais aussi des prédateurs naturels, qu'il s'agisse des animaux nécrophages comme des individus mal intentionnés qui pourraient chercher à récupérer des éléments du crash.

Les restes des victimes doivent ensuite être hélitreuillés, puis emmenés jusqu'à la chaîne d'autopsie installée sur place, dans la commune de la Seyne-les-Alpes, où a également été mise en place une "chaîne ADN", permettant ainsi un travail d'identification des corps à proximité immédiate du lieu de l'accident.

Comparaisons d'ADN

Mais les opérations d'identification s'annoncent longues et complexes, du fait de l'état des corps. "Tout cela va être très long, et va forcément durer plus d'un mois", estime Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, interrogé sur BFMTV. "Il y a dans un premier temps une organisation complexe de relèvement des corps, qui sont pulvérisés, et ensuite toute une opération de prélèvement d'ADN chez les familles, et sur les morceaux de corps, dans le but de rapprocher et comparer ces deux données", détaille-t-il.

Pour cela, les familles doivent accepter de collaborer à l'enquête en donnant leur ADN. Puis les enquêteurs sont chargés d'aller récupérer l'ADN des victimes à leur domicile, sur les peignes et les brosses à dents par exemple.

Restituer les corps aux familles, un "enjeu éthique"

Comme pour toute catastrophe, les enquêteurs tenteront de restituer les corps aux familles des victimes, afin qu'elles puissent faire leur deuil. "Il s'agit d'une opération scientifique complexe, internationale, qui va prendre du temps. Mais on va y arriver. Au Mali, dans des conditions extrêmes (dans le cadre du crash de l'avion d'Air Algérie, le 24 juillet 2014, NDLR) , on a rendu les corps à 115 des 116 familles", fait valoir Stéphane Gicquel. 

Dans le cas du crash de l'A320, les corps de certains passagers sont si endommagés que la restitution risque de n'être que symbolique. "On peut imaginer que pour certaines familles, on ne rendra qu'une toute petite partie du corps. Cela peut être une dent, un bout d'os, mais c'est vraiment très important, c'est un enjeu éthique de la médecine légale", explique Fabrice Mathy, médecin légiste au CHU de Nîmes, sur BFMTV. "Il faut absolument rendre aux familles quelque chose, une partie du corps de leur proche, pour qu'elles puissent entamer le travail de deuil".