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Crash de l'A320: pourquoi est-il compliqué d'établir la liste des passagers?

Des messages et des fleurs déposés à l'aéroport de Dusseldorf, en Allemagne, où était censé atterrir l'A320, mardi.

Des messages et des fleurs déposés à l'aéroport de Dusseldorf, en Allemagne, où était censé atterrir l'A320, mardi. - Federico Gambarini - AFP

Plus de 24 heures après le crash de l'A320 effectuant la liaison Barcelone-Düsseldorf dans les Alpes-de-Haute-Provence, la liste précise des 150 passagers se trouvant à bord de l'appareil n'est toujours pas établie et communiquée.

"La nationalité de certains passagers n'a pas encore été établie", a indiqué ce mercredi la compagnie allemande Germanwings, plus de 24 heures après le crash de l'Airbus A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Si la compagnie a indiqué que 72 Allemands et 35 Espagnols se trouvaient à bord, la liste formelle des identités des 150 personnes qui occupaient l'appareil n'est toujours pas connue. Un délai qui paraît incroyablement long au regard des contrôles effectués dans les aéroports, et représente une douleur supplémentaire pour les familles des victimes, qui, dans le doute, gardent un espoir. Comment expliquer ces délais? BFMTV.com fait le point.

Une liste secrète

Même si les voyageurs multiplient les contrôles d'identité dans les aéroports, et s'enregistrent auprès de la compagnie aérienne avant d'embarquer, la liste des passagers d'un avion reste confidentielle. La compagnie aérienne reste la seule détentrice de la liste des passagers d'un vol, qui n'est pas mise à disposition des aéroports de départ et d'arrivée. La liste est en revanche mise à disposition du personnel de bord de l'avion, qui la récupère avant le décollage.

Sur cette question, le Parlement européen indique ainsi que les compagnies aériennes de l'Union européenne sont tenues de produire une liste de toutes les personnes à bord d'un aéronef "le plus rapidement possible, et au plus tard dans les deux heures suivant l'annonce d'un accident d'aéronef". Un délai rarement respecté.

Une longue vérification

Car la compagnie aérienne prend parfois de multiples précautions avant de diffuser une liste de passagers, procédant à de nombreuses vérifications, afin d'éviter toute erreur, dans les chiffres ou les noms. Une étape qui vient allonger un peu plus le délai.

"L'expérience montre qu'il est parfois difficile d'obtenir rapidement une liste fiable des passagers d'un aéronef mais également qu'il est important de fixer un délai dans lequel la liste des passagers peut être exigée de la compagnie", dit ainsi le Bureau d'enquête et analyse (BEA) à ce sujet, dans son règlement européen, consultable sur son site Internet.

Le délai peut aussi s'expliquer par le fait que les familles ou les proches d'un passager doivent être informés par les autorités de l'accident, s'ils ne se sont pas présentés d'eux-mêmes, avant de pouvoir rendre des noms publics. Et ce si les familles ne s'y opposent pas. Pour faciliter l'information des proches de victimes en cas d'accident, les compagnies aériennes proposent désormais à leurs passagers de désigner une personne à contacter si besoin. Ce mercredi, Germanwings a indiqué être en contact avec 123 familles au lendemain de l'accident.

Un cadre diplomatique à respecter

Par ailleurs, les tractations diplomatiques entre les pays concernés par le crash peuvent elles aussi allonger les délais. La compagnie aérienne transfère en priorité la liste des passagers présents à bord au pays dans lequel l'incident s'est produit, auquel il revient ensuite d'informer les autorités des autres pays concernés, en fonction des nationalités représentées à bord.

Enfin, dans le cas d'un accident sur le territoire français, comme c'est le cas pour l'Airbus A320, qui s'est écrasé dans les Alpes-de-Haute-Provence, la compagnie doit également obtenir l'accord du préfet du département concerné, du procureur, ainsi que du BEA, avant de diffuser toute liste, explique francetv info.

Ces longues heures avant de pouvoir obtenir une liste de passagers arrêtée est une véritable torture pour les familles, chez qui l'espoir peut subsister jusqu'au bout. "Le doute est une épreuve supplémentaire pour les familles. Ce n'est pas une catastrophe espagnole, pas une catastrophe allemande, c'est une catastrophe de dimension européenne", fait ainsi valoir Stéphane Gicquel, de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs, interrogé par l'AFP.

"Aujourd'hui, il y a un grand risque de traitement inéquitable. Même s'il n'y a qu'une famille danoise, elle va avoir la même douleur qu'un groupe d'Espagnols. Il faut une coordination européenne pour que personne ne soit oublié", estime-t-il.