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Crash A320: "Rien ne peut-être exclu" pour le pilote de ligne Alexandre Gries

Jean-Paul Troadec (à gauche), ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses, était mercredi matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC.

Jean-Paul Troadec (à gauche), ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses, était mercredi matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC. - BFMTV

Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), et Alexandre Gries, pilote sur Airbus A320, étaient mercredi matin les invités de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et sur RMC, au lendemain du crash d'un Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Invités mercredi matin sur BFMTV et RMC, Jean-Paul Troadec, ancien directeur du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), et Alexandre Gries, pilote sur A320, ont tenté d'explorer quelques-unes des multiples causes possibles du crash d'un Airbus de la compagnie low-cost Germanwings, ce mardi à proximité de Barcelonnette, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le BEA est chargé de l'enquête de sécurité et donnera ses conclusions aux autorités. "Il est prématuré de pouvoir donner une quelconque explication, rapidement les boîtes noires vont nous permettre de déterminer ce qui a pu se produire. En tout état de cause, un avion qui est à son altitude de croisière, ce qui était le cas, descend lorsque l'équipage le met en descente. Dans une situation de vol normale, la descente est commandée par l'équipage", explique Alexandre Gries.

La dépressurisation de la cabine est une hypothèse

Dans ces conditions, pourquoi les pilotes ont-ils pu commander une telle descente de l'avion? "Plusieurs scénarios sont envisageables: une dépressurisation de l'avion. (...) Si l'avion dépressurise pour un défaut de structure ou une panne, il convient de descendre très rapidement pour retrouver une altitude à laquelle on peut respirer", explique Alexandre Gries. "C'est une situation à laquelle on est entraîné au simulateur, et qui demande une action immédiate sur le masque à oxygène, parce qu'à très haute altitude, le temps de conscience est extrêmement limité, c'est en secondes".

Autre hypothèse: "Des émanations de fumée en cabine, ou un feu à bord. Toutes ces situations amènent à devoir se poser rapidement, et donc à devoir descendre rapidement". Quant à une éventuelle intrusion dans le poste de pilotage, "Rien ne peut être exclu à ce stade", indique le pilote de ligne. "L'intrusion est difficile, les postes de pilotage sont protégés par des portes blindées avec des codes, mais rien ne peut être exclu à ce stade".

"On va analyser les alarmes, les bruits d'interrupteurs"

Il va falloir maintenant traiter la première des deux boîtes noires qui a été retrouvée dès mardi sur le lieu du crash, et qui contient l'enregistrement des conversations à bord du poste de pilotage. "On va écouter les conversations des pilotes. On va également essayer d'analyser les différentes alarmes, les bruits d'interrupteurs, qui peuvent donner des indications sur les gestes qu'ont pu faire les pilotes par rapport à différents instruments. Ca nécessite une analyse assez pointue, ce n'est pas immédiat", prévient Jean-Paul Troadec, ancien patron du BEA.

La deuxième boîte noire, qui contient quant à elle les données de vol, est toujours activement recherchée sur le site du crash. Vitesse, altitude, état des moteurs, pressurisation, température, etc.: "Sur des avions comme celui-là, plus de mille paramètres sont enregistrés".

"8 à 10 minutes de descente, ce n'est pas une chute"

"Les paramètres seront extrêmement importants dans la compréhension de l'accident", confirme le pilote Alexandre Gries. "Je voudrais faire part de mon émotion, de ma compassion, pour les familles des victimes, leurs proches, et pour mes collègues qui sont décédés tragiquement dans cet accident. Nous fréquentons les mêmes aéroports, nous faisons pratiquement les mêmes lignes, nous nous croisons dans le ciel".

Alexandre Gries estime que Germanwings est "une compagnie sérieuse, les compagnies européennes sont toutes sérieuses, c'est une question d'entretien (des avions), de maintenance, de respect des réglementations. Pas de psychose, les Airbus A320 sont des avions sûrs et les compagnies européennes sont sûres". Après "quelques années de pratique" sur A320, ce commandant de bord d'Air France n'a "jamais eu de difficulté particulière" aux commandes de cet appareil, assure-t-il. "Ce qui est très surprenant, c'est que sur une descente de 8 à 10 minutes, vous n'ayez aucun message de l'équipage. Huit à 10 minutes de descente, c'est assez long, ce n'est pas une chute".

L'A320 est "probablement l'un des avions les plus sûrs qui aient jamais été construits", assure Jean-Paul Troadec. "Sur la durée, c'est un avion extrêmement sûr". Dans le monde, un A320 atterrit ou décolle chaque jour toutes les 2,5 secondes.

"La première étape consiste à déterminer les circonstances de l'accident (...). Ensuite les causes. Pour déterminer les causes, il faut aller beaucoup plus loin. Ca demande beaucoup de temps", prédit Jean-Paul Troadec.

"Ca n'est pas une chute, ça ressemble plus à une descente qu'à une chute", insiste Alexandre Gries. L'appareil a descendu de 1.000 mètres par minutes, pendant 8 à 10 minutes, avant de s'écraser.