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Coronavirus: comment l'armée va participer à l'effort de "guerre sanitaire"

Un militaire de l'opération Sentinelle à Paris (image d'illustration)

Un militaire de l'opération Sentinelle à Paris (image d'illustration) - AFP

Un hôpital de campagne militaire, des hélicoptères mis à disposition pour des transferts de malades, l'armée est sollicitée dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus. Pour l'instant, sa participation dans les missions de respect des mesures de confinement n'a pas été évoquée.

"Nous sommes en guerre." Les mots ont résonné, fort, lundi soir au moment de l'annonce d'Emmanuel Macron des nouvelles mesures de restriction de circulation. A plusieurs reprises le président de la République a répété ces mots, alors que le ministre de l'Intérieur a demandé aux Français de se comporter en "alliés de guerre", une "guerre sanitaire". Alors que l'exécutif emploie un langage martial, l'armée est également appelée en renfort. 

Outre les mesures de confinement, le président de la République a annoncé lundi soir qu'un hôpital de campagne du service des armées allait être déployé dans les jours à venir en Alsace. Selon nos informations, cet hôpital devrait être installé à proximité de l'hôpital Emile Muller, à Mulhouse. Des moyens supplémentaires alors que la situation est particulièrement alarmante avec 1.543 cas recensés dans le Haut-Rhin lundi, soit 165 de plus en 24 heures.

"Les lits de réanimation de la région sont saturés, et impossible de trouver des respirateurs pour ouvrir de nouveaux postes de réanimation", alertait un médecin de l'hôpital Emile Muller de Mulhouse.

Des moyens de réanimation

L'hôpital de campagne, dont le principe repose sur l'importance accordée aux premières heures de soin pour un blessé grave, va permettre de déployer 30 lits de réanimation supplémentaires. Le Service de santé des armées (SSA) va mettre à disposition un "Elément Militaire de Réanimation", installé sous tente, entièrement dédiée à la prise en charge de patients du Covid-19, et qui sera géré "par du personnel médical des armées".

"Cet hôpital de campagne va permettre d'accueillir une trentaine de malades dans des conditions de réanimation, à côté des hôpitaux, de manière à renforcer nos capacités", a assumé le ministre de la Santé Olivier Véran, Si les besoins doivent être plus importants, des préfabriqués et des lits supplémentaires pourront être ajoutés.​​​​​​ 

Par ailleurs, l'armée est mise à contribution dans le cadre de la mise en place du module de réanimation Morphée en métropole et dans les DOM-TOM. Ce dispositif permet de transporter, dans des conditions de prise en charge adaptées, entre six à douze patients, selon leur état. Ce la peut se faire notamment grâce aux avions de l'armée de l'Air. Cela devrait permettre que des militaires, en accord avec la direction générale de la santé, accompagnent des malades dans des départements où les services de soins sont moins sous tension. 

"Nous allons soutenir les hôpitaux, du côté de Mulhouse et de Strasbourg. Ce matin même, des hélicoptères du service de Santé des Armées sont en train d’opérer un transfert des malades graves et jeunes", a précisé Olivier Véran, sur France inter, évoquant la mise à disposition de 2000 lits supplémentaires à Dax dans les Landes. 

Quelles missions pour l'armée?

Avec l'armée appelée en renfort, certains imaginent déjà des chars dans les rues pour faire, notamment respecter les mesures de confinement. Une mesure qui pour l'heure n'est pas à l'ordre du jour alors que le ministère des Armées "participe aux mesures interministérielles mises en place par le gouvernement pour endiguer la propagation du virus", selon un communiqué publié lundi soir. Pour l'instant, l'opération Sentinelle se poursuit dans sa forme originelle, c'est-à-dire pour protéger les Français de la menace terroriste.

Par ailleurs, la nature des missions confiées aux militaires poserait question si leur déploiement venait à se concentrer sur des missions de respect des mesures de confinement. "Ils n’ont aucun pouvoir juridique de contrainte vis-à-vis des civils, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas faire de contrôle d’identité ou de fouille sur un individu", précise dans Ouest-France Philippe Chapleau, journaliste spécialisé dans les questions de défense. 

Des moyens limités

Le rôle de l'armée dans cette situation d'épidémie ne peut toutefois qu'être limité. Les moyens hospitaliers militaires représentent 1% de l'hôpital public avec 1.750 lits sur les 250.000, indique L'Opinion, ajoutant que le Service de santé des armées pourrait tout au plus fournir aux services d'urgence 70 lits. L'armée qui n'est pas non plus épargnée par la maladie alors que 54 cas ont été recensés dans les rangs militaires, notamment sur la base de Creil dans l'Oise au début du mois de mars.

Le ministère des Armées a d'ailleurs publié sur son site internet un fact-checking alors que des militaires étaient soupçonnés d'avoir ramené le coronavirus de Chine. En cause: la participation de l'escadron Esterel dans l'opération de rapatriement de 130 Français de la région de Wuhan, d'où est partie l'épidémie. "Aucun membre de l’équipage n’est entré sur le territoire chinois. Au retour de l’avion, l’équipage a bénéficié du protocole de surveillance durant 14 jours passés à domicile. Leur température a été prise deux fois par jour. Après 14 jours de surveillance, aucun n’a présenté de symptôme", a fait savoir le ministère.

Justine Chevalier