BFMTV

Coronavirus en France: comment se déroule l’enquête pour remonter jusqu'au "patient zéro" dans l’Oise

L'hôpital de Creil le 23 janvier 2019 (illustration).

L'hôpital de Creil le 23 janvier 2019 (illustration). - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Cette semaine, deux cas de coronavirus ont été identifiés dans l’Oise sans que l’origine de leur contamination ne puisse encore être expliquée. Les membres de l'agence Santé publique France mènent actuellement une "vraie enquête policière", selon Jérôme Salomon, afin de remonter jusqu’au "patient zéro".

A la recherche du "patient zéro". Les autorités tentent de lever le mystère autour de la contamination au coronavirus de deux hommes dans l’Oise. L’un d’entre eux, un sexagénaire, est mort mercredi après avoir été transféré à la Pitié-Salpêtrière; l’autre est toujours hospitalisé dans un état grave à Amiens.

>> Coronavirus en France: suivez les dernières informations dans notre direct

Pour les autorités, un point d’interrogation demeure sur l’origine de leur contamination car aucun de ces deux hommes ne revenait d’une "zone d’exposition à risque", a précisé l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France.

Une enquête a été ouverte en urgence dès mercredi, a fait savoir le directeur général de la santé, Jérôme Salomon. Selon "des protocoles standardisés" qui ont déjà été utilisées à l'occasion d'autres épidémies, comme le SRAS en 2002-2003, les enquêteurs de Santé publique France tentent de reconstituer l’emploi du temps, les moyens de transports utilisés et les rencontres de ces patients infectés en discutant avec eux et leurs proches.

"Contact tracing"

Les autorités ont ainsi pu déterminer que les deux hommes vivaient et travaillaient dans un triangle de 40 km. Le sexagénaire, habitant à Vaumoise, était professeur de technologie à 8 km de là, au collège Jean de La Fontaine de Crépy-en-Valois. Il était en arrêt de travail depuis le 12 février (les vacances de sa zone ont démarré le 14). Il avait d'abord été hospitalisé à Creil pendant six jours, avant d'être transféré à Paris mardi "en grande détresse respiratoire et cardiaque".

Le second patient, un chauffeur de 55 ans travaillant, comme civil, sur la base militaire de Creil et habitant La Croix-Saint-Ouen (4700 habitants) est hospitalisé au CHU d'Amiens "dans le service de réanimation, dans un état grave".

Grâce à ces investigations, le ministère de la Santé a pu identifier jeudi "un regroupement de 12 cas reliés aux malades de l’Oise, qui semblent liés entre eux par une chaîne de contamination", après des contacts professionnels et familiaux.

Cette procédure de "contact tracing" a pour objectif de "contenir l'épidémie en cassant les chaînes de transmission" en repérant les personnes potentiellement contaminées à leur tour, explique Bruno Coignard, de l'agence sanitaire Santé publique France. De cette manière, les enquêteurs espèrent également remonter jusqu’au premier individu qui a amené le Covid-19 dans le département.

Des scientifiques "détectives"

"Les scientifiques, tels des détectives, vont, au fur et à mesure, interroger la famille, les proches, reconstituer les habitudes de vie des deux malades au cours du dernier mois", résume dans Le Parisien Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe, chercheuse émérite au CNRS.

Les personnes qui ont été en contact avec les malades identifiées sont contactées par des épidémiologistes qui les classent selon trois niveaux de risque: nul/négligeable, faible, modéré/élevé. Le plus haut correspond à "des contacts étroits, en face-à-face, à moins d'un mètre, sur une durée suffisamment prolongée, 10/15 minutes", selon Bruno Coignard.

A l'inverse, le plus bas niveau concerne les soignants qui étaient bien protégés par leur équipement ou des personnes "qui ont des contacts très occasionnels et furtifs" avec le malade. "Si vous le croisez dans la rue, il n'y a pas de raison d'avoir une transmission", souligne le Dr Coignard. Plus difficile à jauger, l'appartenance au niveau intermédiaire, dit faible, est laissée à l'appréciation de l'épidémiologiste.

Un travail fastidieux qui risque d’être long dans la mesure où "sur 10 cas de Covid-19 importés, 6 ne sont pas détectés car les malades ne présentent pas de symptômes ou très faibles, et ne vont donc pas consulter", soulignait sur BFMTV Vittoria Colizza, directrice de recherches à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Un risque supplémentaire que le "patient zéro" passe sous les radars.

Un algorithme comme solution?

En Italie, où les cas se multiplient ces derniers jours, les autorités tentent aussi de remonter au "patient-zéro". Une piste s'est ouverte en début de semaine, susceptible d'expliquer les contaminations survenues en Lombardie et en Vénétie, qui totalisent à elles seules 194 des 219 cas italiens. Elle conduit à un agriculteur de 60 ans, originaire d'Albettone, dans la province de Vicenza (Vénétie), et qui a appelé la pharmacie de Vo' Euganeo, à 15 km de là, se plaignant de symptômes de grippe, a raconté lundi à plusieurs médias le maire de Vo' Euganeo, Giuliano Martini.

L'homme, qui fréquentait régulièrement les bars de Vo' Euganeo, s'était rendu ces dernières semaines dans certains lieux de la région de Lodi, au sud de Milan et notamment à Codogno, foyer épidémique lombard. Il pourrait donc être le lien entre les deux zones touchées.

"Nous ne savons pas s'il s'agit du patient zéro mais c'est une piste possible à suivre, il est donc juste de faire une vérification", a ajouté Giuliano Martini.

Afin de lever le mystère du "patient zéro", l'Agence régionale de la Santé de Milan a engagé une équipe de mathématiciens, physiciens et médecins pour définir un algorithme. Son but: croiser les données concernant les personnes infectées et leur entourage pour tenter de retracer l'origine de l'infection. Un outil qui permettra peut-être aussi à la France de retrouver le "patient zéro" de l’Oise.

Ambre Lepoivre avec AFP