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Coronavirus: autorités et hôpitaux du Grand Est alertent sur la situation dans la région

Le coronavirus circule à présent très largement en France et sa contagiosité ne cesse d'emplir les hôpitaux. Dans le Grand Est, où on a relevé 1378 cas de contamination et 45 morts, la situation est d'ores et déjà très alarmante. Soignants et autorités régionales donnent l'alerte.

Le coronavirus ne cesse de prendre de la vitesse et de la force dans une France désormais largement confinée. Si le bilan n'est pour le moment pas aussi lourd, la trajectoire ressemble désormais à celle qu'ont connue l'Italie et l'Espagne, ou encore la Chine, la Corée du sud ou l'Iran avant elles. Dimanche soir, l'Hexagone enregistrait 5423 cas confirmés depuis le début de la crise pour 127 morts. Ce lundi, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, l'a lâché sur France Inter: "très inquiétante", la situation française "se détériore très vite". 

"Les équipes commencent à s'épuiser"

Toutes les parties du territoire ne vont pas au même rythme. Le Grand Est est à ce jour la région la plus durement frappée par l'épidémie. On y a déjà compté 1378 cas pour 45 morts. A l'intérieur de cet ensemble, l'Alsace décompte 1011 patients atteints. Et le pic de la maladie n'est pas encore en vue. Écrivant à l'un de ses confrères, un médecin de l'hôpital Emile Muller de Mulhouse a dressé un tableau très sombre de l'épreuve d'ores et déjà traversée par ses services:

"Les équipes commencent à s’épuiser, avec un absentéisme qui grandit lié à des cas positifs, même si la solidarité est importante. Les lits de réanimation de la région sont saturés, et impossible de trouver des respirateurs pour ouvrir de nouveaux postes de réanimation."

Cicatrices

Un autre soignant alsacien a signalé qu'il avait dû "intuber six personnes en une journée". L'un des membres de l'hôpital de Colmar a quant à lui expliqué à un collègue: "Nous avons 2 à 3 jours de retard par rapport à Mulhouse, ce qui nous a servi considérablement, mais malgré les enseignements quotidiens fournis par leur situation (…) nous sommes dépassés par les événements."

Appareils, ventilateurs, masques sont le nerf d'une guerre longtemps niée jusqu'à l'absurde par la population et qui explose à présent aux visages des praticiens et des infirmiers.

"Même si le personnel médical et paramédical de nos urgences est formidable, et malgré un soutien indéfectible de notre direction, c’est le matériel qui manque (…). Nos stocks fondent à vue d’œil", a ainsi exposé dans son message le Colmarien qui achève: "Préparez-vous ainsi que vos personnels à cette vague majeure. Il y avait un avant Covid-19, il y aura un après avec de très lourdes cicatrices."

L'Agence régional de Santé, comme l'a relayé ici Le Figaro, a promis d'envoyer du matériel, notamment des ventilateurs, à Colmar dans le cours de la semaine. Quant à la main d'oeuvre, la faculté de médecine locale a mobilisé en direction du CHU internes et externes sur la base du volontariat, comme l'a noté ici Le Monde qui ajoute que nombre de médecins de ville ont fermé leur cabinet pour rejoindre les hospitaliers. 

A Strasbourg, la gageure est déjà immense. Le Monde remarque ainsi que sur les 100 lits des services de réanimation, tous sont occupés, dont la moitié par des patients souffrant du coronavirus. La capacité doit passer sous peu à 200 lits mais le personnel appréhende les effets d'un marasme qui va grossissant. Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine, a admis auprès du quotidien du soir que "si la hausse" continuait, lui et ses collègues se retrouveraient sous peu "dans une situation difficile".

"Les Français ne se rendent pas compte"

Autorités et médecins s'attendent depuis longtemps à la contamination d'une vaste part de la population française. Dimanche sur France Info, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer a évoqué, citant l'avis d'épidémiologistes, une estimation de 30 millions à 50 millions de personnes infectés à terme par ce virus dont la très grande majorité des malades guérissent.

Leur calcul, pour permettre une absorption des cas par des hôpitaux aux prises avec la saturation et des personnels à pied-d'œuvre mais épuisés, est d'étaler cette propagation sur la durée la plus longue possible. Et aujourd'hui, leur angoisse tient au fait que de trop nombreux Français semblent ne pas respecter les consignes de prudence diffusées ou les suivre approximativement. 

Ce lundi matin, sur notre antenne, Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand Est et lui-même médecin urgentiste de formation, a dénoncé:

"C’est terrible parce que les Français ne se rendent pas compte aujourd’hui de la force et du taux d’attaque de ce virus. Chez nous ici, à Mulhouse, en Alsace, dans l’est de la France il est bien présent et plus que jamais il nous oblige aujourd’hui à intuber des jeunes en urgence, à prendre en charge des personnes âgées qui pour un certain nombre d’entre elles décèdent extrêmement rapidement, et à avoir accueilli en 24 heures plus de 200 patients atteints de signes évidents et patents de cette maladie donc il faut aujourd’hui respecter vraiment toutes les consignes données."

Il a prolongé: "J’irai même plus loin: chaque fois qu’on ne les respecte pas on met une pression supplémentaire quelques jours plus tard sur l’hôpital. L’hôpital que tous les Français veulent défendre. Pour le défendre de la meilleure manière possible, il faut faire un geste citoyen: écouter les consignes de lutte contre le coronavirus."

"Les prochains jours seront décisifs"

Ignorer les appels des médecins, des agences et des ministres revient donc à engorger des hôpitaux qui n'ont, franchement, pas besoin de ça. Sébastien Gette, médecin chef du service de réanimation du CHR Metz-Thionville, l'a rappelé ce lundi matin sur RMC: "On voit clairement arriver la vague de patients. Ça fait dix jours qu’on avait déjà des patients en réanimation porteurs du coronavirus. Ça s’intensifie d’heure en heure et de jour en jour, on essaye de s’adapter mais les jours à venir vont être très décisifs."

La question circule dans tous les esprits, court sur toutes les lèvres. Arrive-t-il que les médecins en soient réduits à opérer un tri entre patients accessibles à la réanimation et patients laissés pour compte faute de moyens? "Non, non, clairement pas à l’heure actuelle", s'est récrié Sébastien Gette qui a ajouté: "On ne l’imagine pas mais bien sûr on le redoute."

L'exemple du Grand Est le montre assez: l'objectif pour les Français est à présent de garder la tête froide, de se conformer aux instructions afin de ne pas rendre plus difficile la tâche des soignants. 

Robin Verner