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Caméras piétons pour policiers: un système anti-violence et anti-bavure?

Une caméra-piéton sur un policier à Calais en mars 2016

Une caméra-piéton sur un policier à Calais en mars 2016 - Denis Charlet-AFP

Quelque 2.600 caméras mobiles à déclenchement automatique vont équiper les forces de l'ordre. Objectif: pacifier les relations entre les policiers et la population après une interpellation controversée à Aulnay-sous-Bois.

Après la mise en examen de quatre policiers - dont l'un est poursuivi pour viol - pour des violences lors de l'interpellation de Théo à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le débat sur les rapports entre la police et la population est relancé. Une solution semble faire l'unanimité: la caméra piéton.

Le ministre de l'Intérieur a indiqué ce vendredi sur Europe 1 que le déclenchement de la caméra piéton - accrochée sur le torse - dont sont équipés certains policiers et gendarmes, à titre expérimental, sera "obligatoire" lorsqu'il y a contrôle d'identité. Bruno Le Roux avait annoncé la veille devant le Sénat le prochain déploiement de 2.600 caméras mobiles équipées d'un dispositif de déclenchement automatique.

L'objectif du gouvernement est double: faire baisser la tension lors des contrôles d'identité ou des interpellations et rassurer les forces de sécurité. Le dispositif est déjà expérimenté depuis 2012, comme à Marseille ou encore à Poissy, dans les Yvelines. Selon Le Monde, "environ un millier de caméras individuelles sont testées au sein de la police et près de 600 en gendarmerie". 

"Une meilleure action sur le terrain" 

Le dispositif est plutôt bien perçu par les forces de l'ordre. "Au début, les policiers n'étaient pas convaincus, indique au grand quotidien du soir Pascal Lalle, directeur central de la sécurité publique. Mais le ressenti est aujourd'hui globalement bon." Il assure même que certains enregistrements ont été présentés devant des tribunaux de police ou en correctionnel. Pour Philippe Capon, secrétaire général du syndicat de gardiens de la paix Unsa-police, cet outil est aussi "un moyen de répondre aux gens qui nous filment et face auxquels on est démunis", précise-t-il au Monde.

"Ce genre de dispositif sécurise l'action de nos collègues dont la parole est souvent remise en cause, déclare à BFMTV Audrey Colin, conseillère technique pour le syndicat Synergie Officiers. Cet instrument va permettre une meilleure action des policiers sur le terrain." 

Un flou juridique

Mais l'utilisation de ces caméras pose question. Dans un rapport début janvier, la CNIL soulignait le manque de précisions concernant "les modalités d'exercice" - posant la question de l'atteinte à la vie privée - et le "droit d'accès" à ces vidéos. 

Les enregistrements ne peuvent être consultés par un agent habilité qu'à la fin d'une intervention. Les données collectées sont ensuite conservées pendant six mois, avant d'être automatiquement détruites. Malgré ces restrictions, le cadre légal autour de l'utilisation de ces images et leur consultation par le public reste flou.

"Vous n'avez strictement pas le droit de refuser et vous n'avez pas l'accès aux images ensuite directement. Il faut faire une demande dite indirecte auprès de la CNIL, la Commission nationale informatique et libertés, pour éventuellement être assuré que les images qui ont été prises ne violent pas les droits et les finalités de l'enregistrement", a déploré Thierry Vallat, avocat au barreau de Paris, pour BFM Paris. 

Un outil anti-bavure?

Malgré ce flou juridique, la caméra piéton pourrait-elle s'avérer le meilleur outil anti-violence et anti-bavure? Aux États-Unis, policiers ou véhicules de police sont souvent équipés de ce type de caméras. À Rialto, en Californie, tous les agents en portent, selon Le Monde. Depuis qu'elles sont utilisées, les policiers ont moins recours à la force et les plaintes les visant ont baissé. Comme le déclarait Manuel Valls, alors Premier ministre, en 2013 après les premiers essais: "la présence de la caméra contribue à la désescalade des tensions et constitue en outre un élément de preuve irréfutable sur les conditions d'intervention lorsque celles-ci sont remises en cause par les usagers".

Pourtant, cela n'a pas empêché certaines bavures policières ni de faire complètement la lumière sur ces incidents. Comme à Gardena, en Californie, où la vidéo montrant trois policiers - qui n'ont pas été poursuivis - abattre un homme désarmé n'a été rendue publique que deux ans après les faits. Ou encore à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, où des policiers impliqués dans différentes fusillades avaient effacé une partie des images.
Céline Hussonnois-Alaya