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Brétigny: un mois et demi après la catastrophe, les victimes encore sous le choc

Un mois et demi après la catastrophe ferroviaire de Brétigny, certaines victimes se sentent oubliées et attendent des réponses.

Un mois et demi après la catastrophe ferroviaire de Brétigny, certaines victimes se sentent oubliées et attendent des réponses. - -

SUIVI D'ACTU - A Brétigny-sur-Orge, un mois et demi après la catastrophe, l’accident est encore bien présent dans l’esprit des passagers qui ont embarqué ce 12 juillet à bord du train 3657 en direction de Limoges.

Les voies sont comme neuves. En gare de Brétigny, 800 mètres de rails ont été reconstruits cet été.

Devant la gare, les fleurs posées en hommage aux victimes ont séché. Et pourtant l’accident est encore bien présent dans l’esprit des passagers qui ont embarqué ce 12 juillet à bord du train 3657 en direction de Limoges.

Antoine, 17 ans, a encore du mal à mettre des mots sur ce qu’il a vécu. Ce jour-là, il est sorti sain et sauf du wagon numéro 5. "J'étais dans le premier wagon qui a déraillé", se souvient-il. "Ma voiture a déraillé, mais elle ne s'est pas retournée. Toutes celles derrière moi ont déraillé, donc je me suis dit que j'avais eu beaucoup de chance. C'était un voyage anodin... penser aux conséquences que ça peut avoir..." évoque encore le jeune homme, les mains serrées l'une contre l'autre.

"Ce qu'on voudrait, c'est savoir ce qu'il s'est passé"

Céline, elle, s’en est sortie avec des ecchymoses, des coupures et une douleur aux côtes qui ne la quitte pas. Mais c’est psychologiquement qu’elle est aujourd’hui très marquée. Elle raconte ainsi "l'anxiété, la peur du vide et l'impression que tout peut arriver à n'importe quel moment". Des gestes simples sont devenus source d'angoisse pour la jeune femme: "avant, j'aurais traversé la rue avec ma fille sans lui tenir la main. Maintenant, elle a quinze ans, je lui tiens la main".

Comme beaucoup des victimes, Céline a le sentiment d’être abandonnée, alors que les questions sur les causes du drame se bousculent dans sa tête.

Elle a donc décidé de se porter partie civile pour avoir accès aux pièces du dossier. "Je n'oublierai jamais les images, je n'oublierai jamais le corps de cet homme qui était sous nos pieds", témoigne-t-elle. "De cette dame qui est décédée, qui était dans notre wagon. Ce qu'on voudrait, c'est savoir ce qu'il s'est passé. Et qu'on nous donne nos réponses. Pas qu'on ait vécu cet accident et qu'on soit un petit peu les oubliés de Brétigny. Parce que ce qu'on a vécu, après, il faut vivre avec."

"Ces images qui reviennent"

Brahim, le père d’Antoine, a lui aussi entamé une procédure auprès d’un avocat. Ce père craint que son fils, si brillant à l’école, ne soit durablement traumatisé. "Là il est bien, mais j'ai peur que, par la suite, il y ait des complications. Qu'il ait ces images dans la tête qui reviennent, qu'il soit perturbé. Il a redormi avec son doudou, déjà, ce n'est pas normal qu'il reprenne son doudou qu'il n'avait plus depuis une dizaine d'années. Je pense que c'est pour se réconforter, je ne sais pas. (...) Personne ne s'en occupe, c'est ça qui me choque."

Le souvenir de ces wagons renversés empêche certaines des victimes d’envisager le moindre voyage en train.

Tous les passagers de ce Paris-Limoges avorté espèrent malgré tout réussir à mettre entre parenthèses cette épreuve, sans pour autant oublier ceux qui ce jour-là sont morts dans l’accident.

Julie Guillot et Tanguy de Lanlay et Romain Ripoteau