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Baumettes: comment les objets interdits entrent-ils en prison?

Des photos de détenus et d'objets interdits en prison publiées sur la page Facebook "MDR o Baumettes", désormais supprimée.

Des photos de détenus et d'objets interdits en prison publiées sur la page Facebook "MDR o Baumettes", désormais supprimée. - DR

Des détenus de la maison d'arrêt des Baumettes, à Marseille, et de la prison de Nice, se sont affichés sur Facebook, dans leurs cellules, en possession de grosses sommes d'argent, de téléphones portables mais aussi de drogue. Autant d'objets interdits dans l'enceinte des prisons, mais qui parviennent quand même à franchir les murs.

Après les Baumettes à Marseille, la prison de Nice. En l'espace de quelques heures, deux affaires similaires ont agité le milieu pénitentiaire. Des détenus des deux maisons d'arrêt se sont en effet exhibés sur Facebook, à grand renfort de photos. Au milieu des clichés montrant ces hommes de tous âges dans leur vie quotidienne de détenus, prenant des poses décontractées, on peut voir des liasses de billets, des téléphones portables en grand nombre et même de la drogue, sur ces photos prises dans l'enceinte des Baumettes.

Autant d'objets et de substances interdits au sein des prisons, mais qui se retrouvent pourtant de l'autre côté des murs, dans les cellules. Si ce n'est pas la première fois qu'un tel phénomène est observé, il pose la question de la porosité des établissements pénitentiaires. Explications.

> Outre les armes, quels sont les objets interdits à l'intérieur des prisons?

Le "Guide du détenu arrivant", rédigé par la Direction de l'administration pénitentiaire, et disponible sur le site internet du ministère de la Justice, stipule bien que les prisonniers ne peuvent pas avoir d'argent en espèces, de chéquier ni de carte de paiement, et ne peuvent pas recevoir d'argent au parloir, ni par courrier. Dans l'enceinte des prisons, les détenus disposent en effet d'un compte nominatif, ouvert à leur arrivée, et sur lequel sont rassemblées les sommes qu'ils avaient sur eux, mais aussi celles envoyées par leurs proches.

Concernant la drogue, le guide rappelle que "l'entrée et la consommation de drogue sont interdites en détention", et que la possession de drogue est une "faute disciplinaire grave susceptible d'entraîner un placement au quartier disciplinaire".

Pour l'heure, les téléphones portables restent interdits en prison. Les détenus ne peuvent utiliser que les téléphones fixes mis à leur disposition au sein des établissements pénitentiaires. Leurs conversations téléphoniques sont susceptibles d'être contrôlées ou enregistrées par le personnel. En juillet dernier, au moment de son entrée en fonction, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, s'était déclarée favorable à l'utilisation des téléphones portables en détention, mais sous certaines conditions, en limitant par exemple leur usage à l'entourage familial.

> Comment certains objets illicites se retrouvent-ils dans les enceintes des maisons d'arrêt?

Malgré ces interdictions apposées sur le papier, et également stipulées dans les règlements intérieurs propres à chaque maison d'arrêt, des objets illicites parviennent à franchir les grilles des prisons, parfois en quantité importante.

Après l'évasion de Redoine Faïd de la maison d'arrêt de Séquedin, en avril 2013 dans le Nord, à l'aide d'arme et d'explosifs, un ancien prisonnier avait expliqué à la Voix du Nord que de nombreux objets glissés dans des bouteilles en plastique étaient directement jetés dans les cours des prisons aux heures de promenade. "On ne peut pas se mettre le long de la grille tellement ça tombe", confiait cet ex-détenu. Ainsi, au milieu de la viande congelée ou des hamburgers, les prisonniers réceptionnent de l'alcool, de la résine de cannabis et des téléphones portables, catapultés par des proches à l'aide de raquettes de tennis.

Les parloirs constituent l'autre porte d'entrée des objets interdits, apportés directement aux prisonniers par les visiteurs eux-mêmes. Et ce d'autant plus que l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 interdit les fouilles systématiques de détenus à la sortie des parloirs, où les détenus et leurs proches ne sont pas séparés physiquement. "Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues", dit ainsi le texte de loi.

Une mesure décriée par les syndicats, qui a contribué à "ouvrir les vannes", selon David Cucchietti, secrétaire local de la CGT aux Baumettes. Le SPS, Syndicat pénitentiaire des surveillants non gradés a ainsi réclamé, entre autres moyens supplémentaires, "l'abrogation" de cet article 57

> Un problème récurrent?

Les cas des Baumettes et de la prison de Nice ne constituent en rien des phénomènes inédits. En juin 2014, un détenu de la prison de Roanne s'était déjà exhibé sur Facebook avec des objets interdits, notamment un couteau. "C'est quelque chose dont on parle peu mais qui est assez récurrent", explique au micro de BFMTV Marie Crétenot, juriste à l'Observatoire international des prisons (OIP). "Le problème des trafics en détention, de la possession de téléphones portables, est assez connu. Il n'y a pas de particularité des Baumettes. Les murs sont poreux et il se passe la même chose qu'à l'extérieur".

Ainsi, l'ancien Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, avait expliqué, l'année dernière qu'environ 900 téléphones mobiles étaient saisis chaque année, rien qu'à la prison des Baumettes, à Marseille.

Pour tenter de répondre au problème, le ministère de la Justice a lancé, en juin 2013, un plan triennal de "sécurisation" des prisons, doté d'un budget de 33 millions d'euros, qui prévoit notamment l'installation de filets anti-projections, de brouilleurs de communications téléphoniques, de 282 portiques à masse métallique, ainsi que la mise en place d'équipes cynophiles. Ainsi, trois portiques ont été installés à la prison des Baumettes. "La priorité est d'éviter que des armes entrent", explique à BFMTV.com le porte-parole de la chancellerie, Pierre Rancé, reconnaissant que la détection de téléphones portables en pièces détachées, essentiellement composées de plastique, reste très compliquée.