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"Avant d'être des gendarmes, on est des êtres humains": la douleur des enquêteurs sur la collision de Millas

Les pompiers sont arrivés les premiers sur les lieux de la collision à Millas.

Les pompiers sont arrivés les premiers sur les lieux de la collision à Millas. - Raymond Roig - AFP

Alors que la cellule médico-psychologique mise en place au lendemain du dramatique accident entre un car et un TER a pris en charge 300 personnes, les secouristes et enquêteurs sont eux aussi confrontés à la dureté et au choc provoqué par cette collision mortelle impliquant des enfants.

Ils étaient les premiers à arriver sur les lieux du drame. Ils ont secouru les blessés, identifié les victimes, des enfants, interrogé les témoins, les conducteurs des deux véhicules... Deux jours après la collision entre un car scolaire et un TER, les secouristes et enquêteurs expriment leur douleur. "On est des êtres humains avant d'être des gendarmes", témoigne le lieutenant-colonel de gendarmerie Sophie Catasso.

"Quand on arrive sur un incident comme ça dix minutes après, on fait un constat de la scène et on se met un peu dans une bulle. On essaie de mettre de côté nos émotions personnelles", poursuit le gendarme, qui faisait partie des premiers arrivés sur les lieux, avec une trentaine de ses collègues.

"Choc traumatique très lourd"

De nombreux témoignages ont fait part de la violence du choc jeudi vers 16 heures entre le TER et le car scolaire qui transportait 22 enfants et la conductrice. Les premières images sont terribles: l'autocar a été littéralement coupé en deux. Le groupement de gendarmerie des Pyrénées-Orientales a été saisi de l'enquête. Un expert en accidentologie et six experts en identification criminelle les appuient. "Les gendarmes et les pompiers qui sont intervenus sur place ont vécu l'horreur et sont psychologiquement très atteints"', note Robert Taillant, le maire de Saint-Féliu-d'Avall, où vivaient les adolescents victimes de l'accident.

"Nous-mêmes secouristes, nous sommes aussi des parents, croyez bien que c'est un très grand choc (...), relève Roger Marrel, le président de la protection civile des Pyrénées-Orientales. Nos amis pompiers, qui étaient les premiers sur les lieux, ont aussi subi un choc traumatique très lourd et qui n'est pas facile à gérer."

Suivi immédiat

Malgré leur "carapace" et leur expérience des situations difficiles, les gendarmes restent marqués par des drames comme celui de Millas et ont besoin eux aussi d'un suivi psychologique. Car les émotions peuvent ressurgir après. Violence du choc, âge des victimes: "c'est un événement qui par beaucoup d'aspects peut apparaître très chaotique. L'ordre du monde peut être bousculé en quelque sorte" pour les gendarmes, souligne le commandant Pascal Barré, psychologue clinicien et chef du dispositif d'accompagnement psychologique de la Gendarmerie.

D'où l'impératif d'un suivi immédiat. "Quand c'est des gros événements comme ça, (...) tous les gens qui étaient intervenus ont été contactés par les psychologues", poursuit Sophie Catasso. Et les gendarmes de Millas ont en particulier "ressenti tout de suite un gros besoin de s'exprimer et de débriefer". "Ils vivent dans la localité, ils ont leurs enfants au collège, j'imagine que pour eux des images ont pu ressurgir, ils ont pu penser à leurs enfants", ajoute le lieutenant-colonel.

"Avant, j'étais en police judiciaire où j'ai été amenée à voir des scènes de crime, des blessés ou des morts. L'expérience professionnelle forge peut-être une carapace" mais "ce premier débriefing (avec les psychologues), on en a besoin parce que forcément à un moment donné, on se place en tant que parent ou conjoint, on pense à tout ça et c'est très important pour nous d'être pris en charge par des psychologues qui vont nous suivre dans le temps", dit la gendarme.

Pas de "victimisation"

"Un gendarme peut avoir été confronté à des circonstances très difficiles à plusieurs reprises, c'est l'événement qui peut-être au regard des autres lui apparaîtra moins choquant qui viendra à un moment donné faire s'écrouler la personne", abonde le commandant Barré. Et, dans ce cas, parler à un psychologue membre de la gendarmerie est rassurant pour les personnels concernés. "C'est plus facile pour un gendarme de se dire: 'je parle de mes malheurs à un professionnel qui connaît un peu mes difficultés, qui connaît mon organisation', plutôt qu'à un psychologue civil qui ne connaîtrait pas notre fonctionnement, notre façon d'arriver sur les lieux. Cela donne une impression de famille, d'échange", juge le lieutenant-colonel Catasso.

Mais après il ne faut pas "non plus faire de la victimisation", insiste-t-elle, les gendarmes de Millas ayant par exemple "très à coeur d'être au coeur" du dossier car ils veulent "se rendre utiles à l'enquête".

Justine Chevalier avec AFP