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Attaques de Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes: un effet boule de neige?

Un individu a foncé sur la foule du marché de Noël de Nantes avec une camionnette, lundi 22 décembre. La veille, des faits similaires s'étaient produits à Dijon.

Un individu a foncé sur la foule du marché de Noël de Nantes avec une camionnette, lundi 22 décembre. La veille, des faits similaires s'étaient produits à Dijon. - Georges Gobet - AFP

S'ils ne seraient pas liés, les faits survenus à Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes intriguent par leur proximité dans le temps. Y a-t-il eu un effet domino entre les trois événements? Décryptage.

"Il n'y a pas de lien entre les événements", a assuré le Premier ministre Manuel Valls ce mardi matin. Alors qu'un homme a foncé en voiture sur la foule avant de se poignarder, lundi soir à Nantes, comme l'avait déjà fait un autre individu à Dijon, dimanche soir, au lendemain d'une attaque à l'arme blanche contre un commissariat, à Joué-lès-Tours, samedi, la question de l'"effet boule de neige" se pose. Ces actes, s'ils ne sont pas directement liés entre eux, ont-ils pu être inspirés les uns par les autres? Eléments de réponse.

La surmédiatisation des faits divers en question

Si les trois attaques révèlent des logiques différentes, leur proximité dans le temps est un élément frappant. S'agit-il d'une simple loi des séries ou d'un véritable effet boule de neige? Pour le psychiatre Roland Coutanceau, seul le "hasard du temps les rapproche". "On voit trois logiques différentes. Pour le premier individu, on a pu voir un rapport à l'islamisme radical. Le deuxième était un malade mental hospitalisé à de nombreuses reprises, victime de psychose mystique, une maladie mentale caractérisée", rappelle le spécialiste sur BFMTV. "Le troisième individu est probablement un dépressif, puisqu'il a tenté de se suicider, mais il a eu une tentative de suicide agressive, violente", ajoute-t-il.

En revanche, si les motivations sont isolées les unes des autres, le traitement de ces attaques par les médias a pu susciter une influence, tout du moins une inspiration. "Nous autres criminologues sommes préoccupés par la médiatisation des faits divers", confie ainsi Roland Coutanceau. "C'est un des facteurs qui peut précipiter l'envie de marquer les esprits, de laisser sa trace, de faire un événement qui est vécu par le sujet comme marquant".

Autrement dit, la diffusion en boucle de faits et d'images peut non seulement inspirer de potentiels nouveaux agresseurs, mais aussi finir de convaincre ceux qui envisageaient déjà de commettre ce genre d'attaques. "On ne peut pas exclure que la diffusion en boucle d'un tel acte dans les médias agisse comme un vecteur d'excitation. (…) Dans le cas de Nantes, l'hypermédiatisation de l'événement de Dijon a pu influencer une sorte de mimétisme chez l'auteur, dans le choix du mode opératoire pour tuer", précise Roland Coutanceau dans le Parisien

Le rôle d'Internet

Mais l'expert psychiatre rappelle également que la diffusion sur Internet des vidéos de propagande, telles que celles des jihadistes de Daesh, peut, chez certains individus, susciter "une sorte d'excitation et de fascination", créant une autre forme d'effet "boule de neige".

Ainsi, bien qu'aucun lien direct n'ait pu être établi, l'attaque à l'arme blanche du commissariat de Joué-lès-Tours, au cours de laquelle l'agresseur aurait crié "Allahou Akbar", est survenue au lendemain de la diffusion d'une nouvelle vidéo du groupe Etat islamique, appelant à frapper la France.

"Dans le psychisme de ce type de sujet, cela devient une fixette, cela fait comme un tilt: le sujet pense avoir trouvé la clé de son destin, y compris jusqu'à la mort", détaille Roland Coutanceau. Et d'ajouter: "Le poison se diffuse alors par cet outil à la fois diabolique et génial qu'est Internet, sans qu'il ait besoin d'être préparé ou conforté par un entourage".