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Après plusieurs agressions violentes, la crainte d'une recrudescence des actes homophobes

Une personne manifestant à Paris contre les violences homophobes en Tchétchénie, le 23 mai 2017.

Une personne manifestant à Paris contre les violences homophobes en Tchétchénie, le 23 mai 2017. - Benjamin Cremel - AFP

Plusieurs agressions homophobes et transphobes commises ces dernières semaines font craindre une recrudescence de ces actes. Si aucun chiffre n'est encore disponible, certaines associations assurent déjà recevoir "de plus en plus d'appels" et d'autres demandent "des mesures concrètes" de la part des pouvoirs publics.

Un homme de 22 ans a été condamné ce mardi à un an de prison pour avoir agressé un couple samedi dernier dans le 19e arrondissement de Paris. Le caractère homophobe de l'agression a été retenu: les deux hommes ont été d'abord insultés, puis violemment frappés par deux agresseurs après s'être embrassés. Le prévenu, jugé en comparution immédiate pour violence aggravée, en réunion et en raison de l'orientation sexuelle, a été immédiatement incarcéré car il était en sursis.

Cette agression est l'énième d'une succession de violences contre les homosexuels, les lesbiennes, les bisexuels et les transgenres ces dernières semaines, voire ces derniers mois. Fin septembre déjà, un jeune homme s'était fait frapper à la sortie d'un théâtre, notamment à coups de casque, dans un déferlement d'insultes et de violence après avoir enlacé son compagnon dans le 20e arrondissement de Paris.

"Je savais qu'un jour ça m'arriverait. Une agression homophobe violente en pleine rue. Je savais qu'un jour je devrais faire ce choix: prendre une photo et la publier ou ne pas la publier. Avec les conséquences que cela aura dans les deux cas. Je ne savais juste pas quand cela aurait lieu. C'est donc aujourd'hui", a-t-il témoigné sur Facebook.

"Il y en a beaucoup qui en font des canulars"

A la rentrée, plusieurs jeunes hommes ont été victimes de guet-apens à Nîmes: ils croyaient avoir rendez-vous avec une personne rencontrée en ligne et se faisaient en réalité détrousser. Quatre d'entre eux ont porté plainte, alors que STOP Homophobie estime le nombre de victimes à 30.

"C'est devenu un peu comme en Russie, une espèce de jeu, il y en a beaucoup qui en font des canulars. (...) Ils le font avec la complicité de leurs abonnés, ils veulent participer à la 'chasse au gay'", dénonce auprès de BFMTV.com Terrence Katchadourian, secrétaire général de l'association, qui souligne que les agresseurs s'en prennent parfois à des hommes mariés, "de façon à les contraindre à ne pas porter plainte".

L'issue de certaines agressions, aux contours parfois flous, peut être dramatique. Mi-août, Vanesa Campos, une travailleuse du sexe transgenre, a été tuée par balle dans le bois de Boulogne alors qu'elle tentait de défendre un client contre plusieurs hommes.

La liste semble sans fin et la médiatisation de plusieurs cas récents donne l'impression d'une recrudescence de ces actes, même si SOS Homophobie (qui publie un rapport annuel sur les témoignages de discriminations qu'elle recueille) n'est pas encore en mesure de communiquer des chiffres.

Un besoin de formation

Fin septembre, l'association s'inquiétait déjà de cette succession d'agressions et demande aux pouvoirs publics de "se mobiliser", avec des "mesures concrètes". Elle souhaite notamment une "campagne de sensibilisation", par exemple dans l'espace public où sont plus souvent lancées les insultes et se produisent les agressions.

La formation à l'écoute et l'accueil des victimes est aussi un point d'amélioration. Simon a été victime d'une agression homophobe dimanche dernier à Lyon. "Salut les filles", "sales pédés"... Des insultes qu'il décide de ne pas laisser passer.

"On leur a expliqué que ce n'était pas possible et qu'on allait appeler la police. Ça ne leur a pas plu donc on a reçu des coups, moi un coup de poing dans la nuque et un ami qui a essayé de s'interposer pour me protéger a également été frappé", a-t-il témoigné mardi sur RMC.

Il contacte la police, qui lui demande d'abord d'aller vérifier lui-même si ses agresseurs sont encore là, avant de lui dire qu'elle n'interviendra pas car ils sont partis. Au commissariat, on lui conseille la prochaine de "ne pas leur répondre (s'il) ne veut pas recevoir de coups".

"Il est primordial que les personnes directement au contact des victimes soient formées, que ce soit les agents de police, les médecins, les magistrats, le personnel éducatif...", énumère auprès de BFMTV.com Jérémy Faledam, secrétaire de SOS Homophobie.

Plus de deux agressions par jour en 2017

En 2017, 1505 cas de discriminations ont été recensés par SOS Homophobie, tandis que 1026 infractions à caractère homophobe ou transphobe ont été enregistrées par les autorités - toutes les victimes ne portant pas plainte. Ce qui représente, dans le seul cas des agressions, injures et autres discriminations recensées par les forces de l'ordre, déjà plus de deux agressions par jour.

"En termes de plaintes, on n'arrive pas à suivre", confirme Terrence Katchadourian. "On est à plus de 247 cette année, même si certaines sont des pré-plaintes qui n'ont pas encore été déposées".

Le secrétaire général de STOP Homophobie précise que la structure "reçoit vraiment de plus en plus d'appels", avec cinq personnes en rotation pour assurer une ligne d'écoute 24h/24, 7 jours sur 7. Cette année, l'association a enregistré plus de agressions. 

Déjà des propos homophobes avant les débats sur la PMA

Avec l'arrivée du projet de loi autorisant la PMA pour toutes les femmes au Parlement en début d'année prochaine, SOS Homophobie s'inquiète d'une montée des actes homophobes, comme celle constatée pendant les débats sur le mariage pour tous en 2013. Les témoignages avaient alors bondi de 78% en un an.

"Ça se passe déjà", constate amèrement de son côté STOP Homophobie, pointant la violence des propos "dégueulasses" sur les réseaux sociaux.

Pendant ce temps, les victimes de violences LGBTphobes doivent gérer les séquelles physiques, mais aussi psychologiques. "Je ne sais pas si demain je ne baisserai pas la tête, parce que je n'ai pas envie qu'il m'arrive quelque chose de plus grave. Je ne sais pas si demain je tiendrai la main de mon petit ami dans la rue, je ne sais pas", témoignait hier encore Simon sur RMC.

Liv Audigane