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Affaire Troadec: à quoi va servir la reconstitution?

Une reconstitution sur les lieux où aurait été enterrée la famille Troadec, à Pont-de-Buis Lès Quimerc'h, dans le Finistère, le 12 mars 2019.

Une reconstitution sur les lieux où aurait été enterrée la famille Troadec, à Pont-de-Buis Lès Quimerc'h, dans le Finistère, le 12 mars 2019. - Fred TANNEAU / AFP

Dans la nuit de lundi à mardi, magistrats, experts et policiers vont accompagner Hubert Caouissin au domicile de la famille Troadec pour rejouer cette soirée de février 2017, où le mis en examen a assassiné les quatre membres de la famille. Une ultime étape avant de clore l'enquête.

À Orvault (Loire-Atlantique) ce lundi soir, le pavillon du 24, de la rue d'Auteuil s'apprête à revivre les va-et-vient de la police scientifique, des magistrats et des experts. Comme en février 2017, lorsque les forces de l'ordre, prévenues par une belle-soeur inquiète, s'étaient présentées au domicile des Troadec et avaient découvert des traces de sang de trois membres de la famille.

Un mois plus tard, des restes des corps de Pascal, Brigitte et leurs enfants Sébastien et Charlotte étaient retrouvés dans la ferme du beau-frère du père, Hubert Caouissin à Pont-de-Buis-lès-Quimerch (Finistère). Depuis, le principal suspect a livré des aveux pour le quadruple meurtre. Mais la reconstitution de la scène de crime pourrait apporter un nouvel éclairage aux nombreuses zones d'ombre qui entourent encore l'affaire.

"Une bagarre qui aurait mal tourné"

Pour les enquêteurs, l'exercice consiste avant tout à tester la version du mis en examen. Ce dernier prétend s'être introduit au domicile des Troadec sans l'intention de tuer. "C'est une bagarre qui aurait mal tourné", indique, sceptique, Maître Olivier Pacheu, avocat des cousines et des tantes du défunt, à BFMTV.com. Alors que l'électricité était coupée, le père aurait accueilli son beau-frère avec un pied-de-biche, qui n'a jamais été retrouvé. 

Hubert Caouissin rejouera chaque instant de la soirée tandis que le juge d'instruction, accompagné du greffe, du procureur, des experts et des avocats des deux parties évalueront la crédibilité de ses déclarations.

"Le magistrat posera une série de questions au mise en examen et le suivra dans sa déambulation au sein du domicile. Il pourra analyser sur les lieux si sa version est plausible géographiquement et relever les éventuelles incohérences dans son récit", nous explique Philippe Esperanca, expert criminalistique agréé par la Cour de cassation. 

Reproduire les coups et les cris 

Généralement réalisée de façon chronologique, la scène sera reconstituée dans les mêmes conditions: de nuit, à la même période de l'année. Quant aux victimes, elles sont souvent représentées par des policiers ou gendarmes. "On cherche dans les effectifs des forces de l'ordre des personnes de sexe, de taille et de corpulences similaires", précise Philippe Esperanca, ajoutant qu'on utilise parfois des acteurs ou des mannequins en mousse, mais ces derniers ont l'inconvénient d'être de taille standard. 

Si les coups vont être mimés avec une arme semblable, il n'est pas question d'utiliser du faux sang pour retracer les éclaboussures. La reconstitution ne doit pas davantage polluer la scène de crime. En revanche, les bruits et les cris vont être simulés à l'identique:

"On reproduit les mêmes conditions sonores afin de constater si ce qui s'est déroulé à l'intérieur de la maison, a pu s'entendre de l'extérieur", ajoute l'expert.

Quatre corps dans une Peugeot 308

Les abords du domicile ne seront d'ailleurs pas laissés de côté. Après la nuit du crime, Hubert Caouissin est retourné à deux reprises chez les Troadec: une fois pour récupérer les corps puis une seconde pour nettoyer la maison. Le tout, sans témoin.

"Comment a-t-il fait pour transporter aussi facilement quatre corps dans sa Peugeot 308 ?", s'interroge Olivier Pacheu. 

Une question brûlante, alors que l'intégralité des corps dont les crânes des victimes, n'a jamais été retrouvée, malgré des fouilles dans la ferme de Caouissin en mars dernier.

Oublis et faux souvenirs

D'après Philippe Esperanca, il arrive que des témoins et acteurs de scènes violentes "oublient des événements ou se forgent de nouveaux souvenirs sans mauvaise foi, comme un réflexe de protection psychologique". Mais le retour sur les lieux du crime permet parfois de débloquer ce processus. 

Du côté des parties civiles aussi, l'étape est importante: "C'est un moment singulier, la première fois qu'on va pouvoir poser des questions à Hubert Caouissin", se réjouit le représentant des cousines et tantes de Pascal Troadec, qui, elles, "sont toujours dans l'incompréhension face à des faits d'une telle gravité".

La reconstitution permettra peut-être de leur apporter des réponses, avant un procès à venir prochainement. "On arrive à la fin de la procédure", confirme Olivier Pacheu. 

Esther Paolini