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Affaire Théo: un dialogue impossible entre jeunes des quartiers et forces de l’ordre?

Depuis l'interpellation violente de Théo à Aulnay-sous-Bois, plusieurs affrontements ont eu lieu entre forces de l'ordre et jeunes des quartiers. Mais au-delà de cette affaire, le climat s'est dégradé entre les deux depuis quelques années et le dialogue devenu compliqué.

Dimanche encore, des heurts ont eu lieu en banlieue parisienne. Une camionnette a été incendiée, un bus vandalisé et des projectiles ont été lancés en direction des forces de l'ordre, à Argenteuil. Depuis la violente interpellation dont a été victime Théo, à Aulnay-sous-Bois, les échauffourées ce sont enchaînées, ponctuées par des manifestations pacifiques.

A Bobigny, où des incidents avaient éclaté samedi, BFM Paris a rencontré ces jeunes de quartiers. Certains ont participé aux manifestations pacifiques, d'autres aux échauffourées qui ont suivi, mais tous ont la même colère contre la police. Alors qu'un policier est mis en examen pour viol, ils dénoncent les violences subies par Théo, mais aussi les pratiques abusives dont ils se disent victimes au quotidien. 

"C'est l'ordre public, ils sont censés nous protéger, pas nous faire des choses, des méchancetés. C'est inacceptable, il faut qu'il y ait du changement", plaide l'un d'eux. La défiance envers la police est telle qu'aujourd'hui, ils ne comptent plus sur elle pour les protéger si nécessaire.

"Demain si j'ai un problème, je vous jure je ne vais pas porter plainte. J'ai pas confiance. Je vais régler mes comptes, je vais pas voir un policier. Comment leur faire confiance quand tu sais qu'un de tes frères s'est mangé une matraque", poursuit un autre.

Un malaise du côté des policiers

La crispation est ancienne et le malaise a grandi au fil des années entre d'un côté des habitants qui dénoncent des contrôles systématiques, les violences policières et de l'autre côté des agents qui décrivent l'extrême difficulté de leur travail. Un climat de tension devenu quotidien face aux trafics de drogue notamment. Ils expriment aussi leur peur d'être attaqués et de voir leur vie mise en danger. L'attaque au cocktail Molotov à Viry-Châtillon contre des policiers a particulièrement marqué les esprits. 

"Ce sentiment d'impunité fait que depuis quelques années, du jet de pierres sur les véhicules de police on en arrive à des jets de cocktails Molotov. Et des insultes, des brimades, on en arrive aux coups de poing sur des contrôles d'identité. C'est vraiment le quotidien de mes collègues sur la voie publique aujourd'hui", souligne Grégory Goupil, secrétaire général adjoint syndicat Alliance police 93.

Depuis l'affaire Théo, les associations de lutte contre les violences policières ont quant à elles tenu à rappeler plus que jamais le devoir d'exemplarité de la police. 

C. B avec Dah Magassa