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Affaire Narumi Kurosaki: 4 ans après la mort de la jeune femme, le principal suspect extradé vers la France

Nicolas Zepeda (c) est escorté par la police chilienne à son arrivée à l'aéroport de Santiago, le 23 juillet 2020

Nicolas Zepeda (c) est escorté par la police chilienne à son arrivée à l'aéroport de Santiago, le 23 juillet 2020 - - © 2019 AFP

Nicolas Zepeda, un Chilien suspecté d'avoir tué sa petite amie à Besançon en 2016, a été extradé ce vendredi vers la France.

Il était 11h12 ce vendredi quand l'avion en provenance de Santiago du Chili a atterri sur le tarmac de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. A l'intérieur, Nicolas Zepeda, un homme aujourd'hui âgé de 29 ans, que la justice française réclamait depuis trois et demi, à son départ de l'Hexagone. Il est suspecté de l'assassinat de son ancienne petite amie, en décembre 2016 à Besançon.

Dans les heures qui suivent, Nicolas Zepeda doit être présenté au juge d'instruction pour être mis en examen pour assassinat. Une étape cruciale dans cette affaire judiciaire débutée le 4 décembre 2016 avec la disparition de Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise venue étudier dans le Doubs. Il faut remonter deux ans plus tôt pour comprendre les origines de cette affaire qui passionne les médias japonais. Nicolas Zepeda, fils d'une riche famille chilienne, rencontre la jeune fille au Japon lors d'un cursus scolaire. C'est le coup de foudre pour le jeune homme, qui présente Narumi Kurosaka à sa famille.

Profil "inquiétant"

La jeune femme gagne la France en 2016 dans le cadre d'un partenariat entre l'université de Tsukuba, où elle est scolarisée, et l'université de Franche-Comté. Nicolas Zepeda retourne lui au Chili. Le jeune homme, fils du patron d'un gros opérateur de téléphonie mobile, devient professeur assistant à Santiago. Les deux jeunes gens continuent de s'échanger des messages dont le ton se durcit peu à peu. La jeune femme aurait par ailleurs débuté une nouvelle relation.

J’étais en couple avec Narumi pendant 19 mois et 16 jours, du samedi 21 février 2015 au 6 octobre 2016, explique Nicolas Zepeda aux policiers chiliens en décembre 2016.

Entre temps, Narumi Kurosaki a disparu. Selon le récit fait en 2019 par le procureur de Besançon, des témoins assurent que Nicolas Zepeda s'est caché pendant plusieurs jours dans la ville avant de recontacter son ancienne petite amie. Des témoignages et des éléments de géolocalisation attestent que les deux jeunes gens se sont vus et ont passé la soirée du 4 décembre ensemble. Au milieu de la nuit, des cris, des bruits étouffés sont entendus sur le campus, mais personne ne voit rien.

Le corps jamais retrouvé

Toujours d'après la géolocalisation de sa voiture de location, le 6 décembre 2016 à l'aube, le suspect s'était rendu dans une zone boisée, à l'est de Dole (Jura), où les enquêteurs pensent qu'il s'est débarrassé du corps. Quelques jours plus tôt, le jeune homme avait acheté des allumettes et un bidon de produit inflammable. Malgré d'importantes recherches, le corps n'a jamais été retrouvé.

Mais les éléments reccueillis par la justice française à l'encontre de Nicolas Zepeda, dont le profil est décrit comme "inquiétant", sont importants. "J'ai synthétisé les éléments factuels objectifs tirés de cette instruction dans un document d'extradition de 27 pages, avec, joint à cette demande, toutes les pièces du dossier d’instruction", a expliqué en 2019 l'actuel procureur de Besançon Etienne Manteaux. Le suspect aurait d'ailleurs fait croire pendant plusieurs jours que Narumi Kurosaki était toujours en vie, notamment en adressant depuis son téléphone portable à elle des messages à ses proches.

Combat judiciaire

L'extradition vers la France de Nicolas Zepeda a pris la forme d'un combat judiciaire, alors qu'il n'existe par d'accord entre Paris et Santiago. Dès janvier 2017, une demande d'extradition est adressée au Chili, qui refuse de remettre le suspect à la France, estimant que les éléments qui pèsent contre lui sont insuffisants, notamment en raison de l'absence de corps. Un mandat d'arrêt international pèse contre le jeune homme, qui ne peut donc quitter le pays sans risquer de se faire arrêter.

La justice française ne baisse pas les bras et en 2019 renvoie une nouvelle demande d'extradition. Le procureur de Besançon se rend au Chili avec un magistrat instructeur et des enquêteurs pour assister à l'audition du suspect par la Cour suprême chilienne, au cours de laquelle il continue de nier toute implication dans la disparition de son ex-petite amie. Mais finalement, en avril puis en mai dernier, la justice de son pays autorise son extradition, ouvrant désormais la voie à un procès en France dans les prochains mois.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV