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Affaire Fourniret: comment les experts ont fait "parler" le matelas pour retrouver des nouveaux ADN

La maison à Ville-sur-Lumes, où Michel Fourniret aurait séquestré et tué la petite Estelle Mouzin, le 19 juin 2020 dans les Ardennes

La maison à Ville-sur-Lumes, où Michel Fourniret aurait séquestré et tué la petite Estelle Mouzin, le 19 juin 2020 dans les Ardennes - FRANCOIS NASCIMBENI © 2019 AFP

Une dizaine d'ADN inconnus ont été découverts sur un matelas appartenant à Michel Fourniret. Le résultat d'un travail minutieux de deux laboratoires d'analyse, dont un spécialisé dans les cold cases.

Michel Fourniret a-t-il fait d'autres victimes? C'est la question qui hante les enquêteurs et qui pourrait bien trouver une réponse. Une dizaine d'ADN ont été découverts sur un matelas appartenant au tueur en série saisi en 2003 dans l'ancienne maison de sa sœur à Ville-sur-Lumes, dans les Ardennes. De quoi peut-être retracer le parcours criminel de Michel Fourniret, notamment pendant la période 1990-2000, la période dite "blanche" du tueur, celle pendant laquelle aucun crime ne lui est attribué.

Deux laboratoires ont été saisis par la justice, dont un situé à Bordeaux, renommé et spécialisé dans l'analyse des éléments de preuve dans les affaires criminelles anciennes, non résolues, et qui a notamment été sollicité dans l'enquête sur la mort d'Elisa Pilarski, tuée par des chiens en 2019. Ils ont remis leurs conclusions au mois de juin à la juge Sabine Khéris, la magistrate parisienne qui a repris en main les investigations pour les affaires non classées, les fameuses cold cases, dans lesquelles pourrait être impliqué Michel Fourniret.

Technique du quadrillage

La découverte de la dizaine d'ADN, qui pourraient appartenir à des victimes inconnues du tueur en série, est le résultat d'un travail important, minutieux, qui touche à l'infime. À commencer par la technique dite du "quadrillage", développée il y a une dizaine d'années par le laboratoire d'hématologie médico-légale de Bordeaux, déjà à la manœuvre dans l'identification génétique de plusieurs suspects dans des dossiers anciens qui ont abouti à un procès devant une cour d'assises.

Les 20 personnels de ce laboratoire de pointe ont été mobilisés pour analyser millimètre par millimètre le matelas ayant appartenu à Michel Fourniret pour tenter d'y prélever des cellules. Cette technique de prélèvement "consiste à réaliser un quadrillage du support et à effectuer un prélèvement de chacune des zones ainsi définies", explique le laboratoire sur son site internet. Une méthode visant à examiner l'intégralité du scellé, notamment quand les zones de contact ne sont pas connues.

"Il ne s'agit pas simplement de prélever des cellules, il faut être ensuite en capacité de les analyser", explique une source proche du dossier.

Travail titanesque

Peu de matériel est en effet récupéré sur ces scellés. "On parle d'une, deux ou trois cellules maximum", indique-t-on encore. A cette technique du quadrillage s'ajoutent d'autres techniques modernes développées et utilisées par les scientifiques du laboratoire bordelais pour leur permettre d'extraire de ces cellules un ADN, puis de le séquencer, afin de révéler l'identité génétique d'une personne.

À ce travail titanesque s'ajoute une difficulté supplémentaire, comme dans chaque dossier ancien non résolu: les objets analysés ont déjà été examinés par d'autres scientifiques.

L'utilisation de cet ensemble de techniques a permis de révéler l'ADN partiel d'Estelle Mouzin sur ce matelas. Cette preuve s'ajoutait aux aveux de Monique Olivier, l'ex-femme du tueur en série, qui a admis devant la juge d'instruction que Michel Fourniret avait enlevé, séquestré, violé puis tué la fillette de 9 ans en 2003. Désormais, les ADN découverts sur le scellé vont être comparés avec ceux de personnes disparues ou tuées. S'ils correspondent, cela pourrait signifier que ces victimes ont croisé la route de l'ogre des Ardennes.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV