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Affaire Fiona: la mécanique du mensonge

La petite Fiona, 5 ans, est morte depuis plusieurs mois.

La petite Fiona, 5 ans, est morte depuis plusieurs mois. - -

Ils avaient eux-même signalé la disparition de la fillette. Ils ont reconnu des mois plus tard qu'elle était déjà morte. Décryptage d'un mécanisme monstrueux aux yeux de l'opinion publique.

Les larmes, la détresse, et soudain, l'effroyable vérité. Après quatre mois passés à se lamenter sur la disparition de sa fille Fiona, 5 ans, dans un parc de Clermont-Ferrand, Cécile Bourgeon a craqué. Fiona ne réapparaîtra jamais. Elle repose sous terre depuis plusieurs mois, enterrée "à la lisière d'une forêt", selon les aveux de sa mère, après avoir succombé, accuse-t-elle, aux "mauvais coups" de son beau-père.

Ce dernier, Berkane Maklouf, lui aussi en garde à vue, nie farouchement cette version et parle d'un "accident domestique", le soir de la mort de Fiona. Selon lui, quelques heures après avoir reçu une fessée au moment du coucher, l'enfant se serait étouffée dans son vomi, alors qu'elle avait pris l'habitude de se faire vomir pour imiter les nausées de sa maman enceinte.

Dans les deux cas, l'histoire est bien éloignée de la version qu'ils ont maintenue quatre mois durant dans les médias et devant les enquêteurs, sans jamais craquer. Il y a quelques jours encore, dans la presse locale, la mère était allée jusqu'à exhorter les enquêteurs à accélérer les recherches pour retrouver sa fille.

D'autres "affaires Fiona"

Ce scénario n'est pas sans rappeler les terribles histoires de Marina et Typhaine. Marina d'abord. En 2009, un père de famille déclare la disparition de sa fille à la police. Il l'aurait laissée endormie dans sa voiture, sur le parking d'un restaurant McDonald's au Mans, et ne l'aurait pas retrouvée à son retour. Cette version ne résiste pas longtemps aux découvertes des enquêteurs, comme des traces de sang dans la maison familiale. Lui et sa femme confessent alors l'horreur: Marina, maltraitée, humiliée durant six ans, est morte sous leurs coups. Ils seront condamnés à trente ans de réclusion.

Cette même année, d'autres parents s'écroulent en pleurs devant les médias en racontant la disparition mystérieuse de leur fille Typhaine, 5 ans, dans une rue de Maubeuge, dans le Nord. Cette fois, le mensonge tiendra six mois, avant que le couple ne confesse les brimades quotidiennes, la haine d'une mère pour sa fille, jusqu'aux coups de trop un soir d'été, et à la dissimulation du corps en forêt. Eux aussi ont écopé de trente ans de prison.

Comment ces parents en arrivent-ils à inventer une histoire? "Lorsqu'un enfant décède de coups et blessures ayant entraîné sa mort, les parents sont d'abord dépassés et catastrophés", explique à BFMTV.com le psychiatre Roland Coutanceau. "Généralement, il y a un temps de latence, où ils réfléchissent devant le corps mort à la suite des événements, avant d'appeler la police et de se rendre. Très rarement, il arrive que l'un propose de cacher le corps, par peur de la prison, par peur d'apparaître comme un parent maltraitant. Une mécanique infernale du mensonge se met alors en branle."

Des larmes sincères ou fabriquées?

Le mensonge dure parfois plusieurs mois, comme dans le cas de Typhaine ou de Fiona. "Il devient alors plus difficile d'avouer la mort de l'enfant et le mensonge qui a suivi. C'est un mécanisme qu'on retrouve dans la vie de tous les jours, à des degrés beaucoup moins graves: quelqu'un ment, et s'enfonce dans son mensonge pour ne pas avouer le premier bobard", explique Roland Coutanceau.

Mais alors, dans quelle mesure l'émotion et la tristesse des parents peuvent-elles être feintes devant les caméras, alors qu'ils savent leur enfant déjà mort? Là, les avis des spécialistes divergent. Pour le psychiatre Paul Bensussan, "l'émotion dans ce cas-là est peut-être la chose la moins simulée, c'est le discours qui est fabriqué". Le criminologue Jean-Pierre Bouchard, lui, confirme que "ces larmes peuvent être sincères et venir du fait qu'ils [les parents] réalisent qu'ils ont commis l'extrême et que l'enfant a vraiment disparu".

Mais pour Roland Coutanceau, "cela fait partie de la mise en scène, les parents rentrent dans leur scénario. Ils ne croient pas un seul instant à ce qu'ils racontent, car ils savent exactement ce qu'il s'est passé. Plus l'étau se resserre, plus ils surjouent pour masquer le mensonge".

Alexandra Gonzalez