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A Marseille, explosion des règlements de comptes en lien avec le trafic de drogue

18 personnes ont été tuées dans un règlement de comptes à Marseille depuis le début de l'année. (Image d'illustration)

18 personnes ont été tuées dans un règlement de comptes à Marseille depuis le début de l'année. (Image d'illustration) - Boris Horvat - AFP

Un nouveau règlement de comptes s'est déroulé dimanche à Marseille. Un jeune homme de 27 ans a été blessé aux jambes. Depuis le début de l'année, 18 personnes ont été tuées dans des fusillades en lien avec le trafic de drogue; c'est déjà plus que l'année dernière où 14 morts ont été dénombrés.

C'était ce dimanche vers 17h30. Un jeune homme de 27 ans a été pris pour cible alors qu'il se trouvait à une terrasse de café dans le 16e arrondissement de Marseille. L'homme a été grièvement blessé aux jambes. Cette affaire s'ajoute aux 17 règlements de comptes recensés depuis le début de l'année. Selon nos informations, 18 personnes ont trouvé la mort dans la cité phocéenne et cinq autres ont été blessées. "Ces règlements de comptes sont principalement liés au trafic de stupéfiants", indique-t-on dans l'entourage du préfet de police de Marseille.

Cette nouvelle "jambisation", technique utilisée par les trafiquants de drogue pour intimider leurs adversaires, vient s'ajouter à la liste déjà longue de règlements de comptes depuis septembre dans la région. Le 3, c'est un homme d'une trentaine d'années qui a été abattu devant l’hôpital de Martigues par une rafale d'arme automatique. Le 7, un autre homme de 29 ans est criblé de balles par un commando à l'Estaque, un quartier du 16e arrondissement. Le 9 puis le 11, deux autres hommes ont été tués: un quadragénaire abattu dans les quartiers nord au volant de sa voiture et un homme de 28 ans a été pris pour cible près d’une école primaire, cité Félix-Pyat. Le début d'année avait donné la tendance. Rien qu'en janvier, cinq morts ont été dénombrés.

Guerre de territoires et sorties de prison

Malgré cette série, les autorités tiennent à rappeler que le phénomène est erratique avec des périodes plus calmes et des périodes agitées. En cause, une guerre des territoires entre trafiquants de drogue, notamment provoquée par l'action policière, régulière dans certaines cités. "Nos actions déstabilisent les réseaux déjà implantés, les deuxièmes ou troisièmes couteaux essaient de récupérer le territoire, détaille-t-on à la préfecture de police. Il y a aussi ceux qui sortent de prison et qui veulent récupérer leur influence. A cela s'ajoute un phénomène de vendetta. Toute guerre de territoire engendre des rivalités".

Pourquoi Marseille? "C'est le plus grand port méditerranéen, insiste un policier. Quand vous savez qu'ils peuvent faire disparaître 10 voitures en une nuit, ce n'est pas un problème de faire entrer de la drogue et des armes." Malgré les opérations antidrogue menées dans les cités, notamment à la Castellane, les trafiquants "n'ont pas de mal à se remettre au travail". La concentration des forces de l'ordre sur la lutte contre le terrorisme depuis 2015 après les attentats et celle sur la lutte contre l'immigration clandestine aurait laissé le champ libre aux trafiquants.

"A un moment nous avons gêné le trafic, mais ils ont vite repris leurs mauvaises habitudes", assure Jean-Marie Allemand, secrétaire régional Paca du syndicat policier Alliance.

Les autorités, elles, préfèrent mettre en avant le taux d'élucidation des règlements de comptes depuis deux ans qui s'élève à 70%. "La police judiciaire travaille avec une méthode pro-active sur les réseaux, les inimitiés et peut 'prédire' qui pourrait passer à l'acte ou qui pourrait être une victime potentielle", avance-t-on à la préfecture de police. Depuis 2016, 19 règlements de comptes ont été ainsi "déjoués". L'année 2017 avait d'ailleurs été la moins meurtrière depuis 30 ans avec "seulement" 14 victimes.

Justine Chevalier