BFMTV

David Pujadas, l'un des derniers éléphants des JT

David Pujadas, aux commandes de L'Emission politique.

David Pujadas, aux commandes de L'Emission politique. - Gabriel Bouys - AFP

Le journaliste a annoncé ce mercredi à ses équipes son départ du JT, qu'il présente depuis 15 ans sur France 2. Sa mise à l'écart a été ordonnée par Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions.

L'annonce est tombée ce mercredi matin: David Pujadas, présentateur du 20h de France 2 depuis 2001, a été écarté du JT par la direction de France Télévisions. "Cette décision n'est pas la mienne, elle ne nous a pas été expliquée", a déploré le journaliste, longuement applaudi par ses équipes, rapporte Puremédias.

Ce départ acte la fin d'une ère: celle des éléphants de l'information. Avant lui, Claire Chazal et Patrick Poivre d'Arvor ont fait les frais des décisions stratégiques du groupe TF1, qui a décidé de se passer des services de ses deux têtes d'affiches incontournables. Parmi les stars des JT, on ne compte plus que Jean-Pierre Pernaut, à la tête du 13h de TF1 depuis près de 30 ans. La nouvelle peut surprendre: jamais le JT de France 2 n'aura à ce point menacé le mastodonte de TF1 sur ses terres: en janvier dernier, la chaîne publique a réussi l'exploit de battre l'audience du JT de la première chaîne d'Europe, une première dans l'histoire du petit écran.

Une carrière en dents de scie

Né à Barcelone il y a 52 ans, David Pujadas a démarré sa carrière à TF1 en 1989, après avoir remporté un concours de reporters organisé par la chaîne privée. Repéré par Charles Villeneuve, il intègre la rédaction de son magazine d'investigation Le Droit de savoir et présente par la suite des journaux télévisés sur LCI, la petite soeur de TF1 tout juste née. En 2001, la consécration: il est débauché par France 2 pour remplacer Claude Serillon à la présentation de la grand-messe de l'info, à seulement 36 ans. 

Une carrière en ligne droite qui va connaître un premier accro, resté pour la postérité comme l'un des moments les plus ravageurs de sa vie professionnelle. En 2001, celui qui vient d'intégrer la rédaction de France 2 commet une bourde monumentale: alors que les télévisions françaises retransmettent en direct les images de l'avion s'encastrant dans l'une des tours jumelles du World Trade Center, David Pujadas lance un spontané et terriblement maladroit "waow, génial !", à des années-lumières de mesurer la gravité extrême des événements en train de se dérouler à New York.

"Honnêtement, je roulais des mécaniques à cette époque", a-t-il expliqué, en décembre dernier, dans un entretien à Society. Ça faisait même pas huit jours que j'étais arrivé sur France 2 et des caméras me suivaient. J'ai fait le malin, le blasé. [...] C'était quand même ridicule et nul de dire ça."

"Complaisant" et "servile", la critique ne le rate pas

Rebelote en 2004, lors d'une affaire "Juppé" qui a bien failli lui coûter son siège. Alors que le maire de Bordeaux vient d'être condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, le journaliste au cheveu impeccable annonce son retrait "progressif" de la scène politique dans son édition du jour. Souci: au même moment, le président de l'UMP déclarait exactement l'inverse sur TF1, annonçant officiellement sa décision de se maintenir. "Playmobil", comme on le surnomme dans les couloirs de France 2, sera suspendu deux semaines et fera l'objet d'une motion de défiance votée à 69% des voix.

"Servile et complaisant", dixit le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. "Un laquais", d'après Marine Le Pen, candidate FN battue à l'élection présidentielle. Le présentateur de L'Emission politique fait régulièrement les frais d'un procès en complaisance avec les puissants et les politiques. En 2010, le site de critiques des médias Acrimed s'est fendu d'un billet sur le journaliste, décrivant un professionnel "complaisant, servile ou tout simplement fonctionnel" et rappelant la déconvenue vécue par David Pujadas à la sortie des locaux de France Télévision, un mois plus tôt. Celui-ci s'est vu décerner un prix peu glorieux dans des conditions qui ont enragé France 2: un petit groupe d'individus, proches du journal critique Plan B, lui ont décerné la "Laisse d'or" du journaliste le plus servile et ont consciencieusement repeint son scooter en doré. Furieux, le présentateur a dû se réfugier dans le sas d'accès aux locaux du groupe audiovisuel public, sous l'escorte des vigiles.

L'homme fort du JT, pilier de l'information sur le service public, a manifestement fait les frais de la politique de modernisation, de féminisation et de rajeunissement opérée par Delphine Ernotte depuis sa nomination au poste de présidente du service audiovisuel public. "On a une télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que cela change", avait-t-elle notamment déclaré après sa prise de fonction, en septembre 2015. Un changement qui pourrait passer par Anne-Sophie Lapix, aux manettes du talk-show de France 5 C à Vous, et qui serait en négociation avancée avec France Télévisions pour succéder au taulier du 20 heures.

Mathilde Joris