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Thomas Pesquet, des étoiles aux réseaux sociaux

Pendant six mois, l'astronaute Thomas Pesquet nous en a mis plein les mirettes. Le résultat d'un communication parfaitement huilée et d'une grande maîtrise des réseaux sociaux.

Il a chanté avec les Enfoirés, participé à un clip de Yuksek et à un "mannequin challenge", répondu aux questions d'écoliers, lancé un concours d'écriture, pris des selfies dans l'espace, posté plus de 4.600 tweets -certains beaux comme des haïkus-, photographié la planète bleue sous toutes ses coutures ou presque. Cet ingénieur aéronautique, pilote de ligne, sportif complet et polyglotte a même pensé à souhaiter une bonne fête à sa maman et exhorté les Français à aller voter au second tour de l'élection présidentielle.

Thomas Pesquet, à bord de l'ISS depuis novembre 2016 retrouvera la terre ferme ce vendredi, après six mois à bord de la Station spatiale internationale. Six mois d'intense communication avec le public, qui a assisté émerveillé à des aurores boréales (25.000 retweets et 27.929 "j'aime" pour la première aurore boréale de Thomas Pesquet en février dernier, son message le plus partagé sur Twitter), découvert le "halo luisant de l'atmosphère" en timelapse, "visité" le monde de Tobrouk à Mâcon, de la Patagonie à l'Aquitaine.

L'astronaute français est devenu en six mois une sorte de héros national, de gendre idéal, de grand frère qu'on aimerait tous avoir.

Mais comment fait-il?

Thomas Pesquet a la chance d'être un astronaute de l'an 2017. En 2001, l'astronaute Claudie Haigneré avait dû se contenter de communiquer avec les Terriens par SMS. Ce qui est tout de même moins pratique pour faire rêver les gens. Point de réseaux sociaux alors, de Twitter, de Facebook, d'Instagram, de Flickr, pour inonder la terre de photos et d'informations.

"On a maintenant l'opportunité de partager notre expérience à bord de l'ISS", avait expliqué Thomas Pesquet fin octobre, lors d'une conférence de presse, avant d'embarquer vers la Station spatiale.

La connexion Internet à bord de l'ISS était suffisamment bonne pour permettre à l'astronaute de poster sur les réseaux sociaux. "Thomas écrivait ses tweets lui-même", précise-t-on au service communication de l'Agence spatiale européenne. Une équipe de trois personnes, à l’ESA, était chargée de l'accompagner dans sa communication. Un rôle cependant surtout technique: "Il ne se tournait vers nous que lorsqu'il avait besoin d'un support technique. Parfois, comme la connexion à bord de l’ISS n’était pas suffisante, il nous demandait par exemple d'uploader des photos", nous explique-t-on à l'ESA.

Pour le reste, Thomas Pesquet décidait de tout. "Nous l'informions des différentes sollicitations et il choisissait, en fonction de sa sensibilité, à quoi il voulait participer", indique-t-on à l'ESA. Ultra-pédago, Thomas a eu à coeur de partager son expérience avec le public, notamment les enfants. Entre deux expériences scientifiques, l'astronaute a dialogué avec 230.000 écoliers.

"Un astronaute, s'il peut faire rêver les jeunes à travers les réseaux sociaux, susciter les vocations, c'est complètement positif", confirme sur RMC Jean-Loup Chrétien, le premier Français à être allé dans l'espace en 1982.

"C'était sur son temps libre", précise pour l'AFP l'astronaute français Jean-François Clervoy, en réponse à ceux qui trouvent que l'astronaute en a trop fait sur le plan de la communication.

Un homme de son temps

Thomas Pesquet est simplement un astronaute qui vit avec son temps. "Il appartient à une génération d'astronautes 'modernes' qui communiquent naturellement, notamment sur les réseaux sociaux", confirme Jean-Yves Le Gall. "C'est Thomas lui-même qui a lancé les différents comptes sur les réseaux sociaux", précise-t-on encore à l'ESA. "Thomas, dès l’origine de sa mission, a exprimé le désir de partager, il le fait remarquablement", expliquait encore Jean Coisne, chargé de communication à l’ESA, au Monde en février dernier.

Surtout, Thomas Pesquet n'est pas seul de son espèce. Avant lui, d'autres astronautes ont inondé les réseaux sociaux de leur expérience spatiale, avec talent et charisme. Le Britannique Tim Peake a ainsi livré sa playlist de l'espace, couru le marathon de Londres depuis l'ISS sur un tapis roulant, participé à un livre pour enfants... Même chose pour l'Italienne Samantha Cristoforetti, qui a revêtu l'uniforme de Star Trek, s'est fait couper les cheveux dans l'espace et a dégusté le premier expresso de l'espace.

Avant eux, les spationautes américains et la Nasa ont ouvert la voie. Dès 2013, le Canadien Chris Hadfield a chanté Space Oddity de David Bowie, à bord de la station spatiale internationale (il s'est aussi brossé les dents, a pleuré, mangé un burrito...). La célèbre agence spatiale américaine, maîtrise le storytelling comme personne. L'ESA lui a très bien emboîté le pas et se révèle un as des réseaux sociaux. En 2014, on a ainsi suivi les tribulations de Philae sur la comète Tchouri et de la sonde Rosetta comme si notre vie en dépendait.

Objectif Mars

L'image de la station et spatiale et le capital sympathie des astronautes qui l'habitent sont d'autant plus vitaux que les sommes en jeu sont colossales et contestées - le coût de l'ISS est ainsi estimé à 150 milliards de dollars. L'intérêt scientifique de ces missions est en effet remis en cause par certains scientifiques.

"L’ISS est critiquée par tout le monde, depuis les opposants au vol habité, qui la déclarent inutile, jusqu’aux spationautes qui la considèrent comme un frein à l’exploration de la galaxie", écrivait ainsi le journaliste scientifique Serge Brunier dans une longue enquête pour Le Monde, en février dernier.

"Je veux montrer aux gens à quel point c'est intéressant, à quel point les recherches qu'on mène sont pour eux", justifiait avant son départ Thomas Pesquet.

"Pour les 100 milliards d'euros de la station spatiale internationale, on pourrait explorer le système solaire entier", regrette, lui, Serge Brunier, ce vendredi 2 juin sur RMC. Il moque un Thomas Pesquet les yeux rivés vers la Terre, "alors que pendant les six mois où il était là-haut il s'est passé des choses absolument exceptionnelles dans le système solaire".

"L'objectif est d'aller sur Mars, tout le monde est d'accord", assurait Thomas Pesquet sur RMC en novembre 2015. "On va super vite, mais c'est un environnement difficile. On ne sait pas comment y arriver parce qu'on n'a pas la technologie aujourd'hui, mais on avance". Après l'ISS, rendez-vous sur Mars?

Magali Rangin