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Ready Player One, E.T., Minority Report... Comment Steven Spielberg a changé la science-fiction

Affiches d'E.T. et de Ready Player One

Affiches d'E.T. et de Ready Player One - Universal / Warner Bros.

Ready Player One, au cinéma ce mercredi 28 mars, condense l'amour de Steven Spielberg pour la SF. Avec E.T. ou Minority Report, le cinéaste a offert à ce genre ses lettres de noblesse.

Rencontres du Troisième Type, E.T. l'extra-terrestre, A.I. Intelligence Artificielle, Minority Report, La Guerre des mondes et maintenant Ready Player One. Depuis plus de quarante ans, Steven Spielberg révolutionne la science-fiction. A 71 ans, le réalisateur américain continue de surprendre avec un film qui condense son amour pour la pop culture et la science fiction. 

Au cours de sa longue carrière, Steven Spielberg a abordé par bien des aspects la SF: conte pour enfants, polar high tech ou film de guerre. Dans Ready Player One, le cinéaste s'attaque à la réalité virtuelle et imagine un univers dématérialisé ultra référé à la pop culture des années 1980. A l'occasion de la sortie de ce nouveau film ce mercredi 28 mars, retour sur la science-fiction selon Steven Spielberg.

Rencontres du Troisième Type (1977)

Sorti six mois après Star Wars, Rencontres du Troisième Type adopte une vision résolument différente de la science-fiction. Si le space opera imaginé par George Lucas se déroule "il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine", le film de Steven Spielberg se situe en 1977, aux Etats-Unis.

Un père de famille (Richard Dreyfuss) décrypte les signaux de l'arrivée imminente des extraterrestres et traverse le pays pour arriver à leur point d'arrivée. Le film est une invitation à croire: "Si j'avais pu traverser l'écran et monter à bord du Vaisseau Mère, je l'aurais fait avec joie", raconte dans le Guardian un journaliste qui a découvert le film à l'âge de 12 ans.

Steven Spielberg a grandi dans les années 1950, à une époque où les extraterrestres dans la science-fiction étaient considérés comme des ennemis et non des alliés. Rencontres du Troisième Type, au contraire, évoque l'émerveillement des humains face aux aliens. Au lieu de les combattre, le personnage joué par Richard Dreyfuss apprend à les connaître et quitte la planète bleue en leur compagnie.

E.T. l'extra-terrestre (1982)

Comme Rencontres du troisième type, E.T. l'extra-terrestre se déroule à l'époque contemporaine et mêle science-fiction et conte pour enfants. L'intrigue ressemble à celle des comics de SF des années 1950 où un être horrible d'une autre planète débarqUe sur Terre.

Dans E.T., l'être est cependant une adorable créature ressemblant à Yoda. Selon la légende, Spielberg s'est inspiré de son ami imaginaire d'enfance. Au cours du film, E.T. se révèle ainsi adorable, amusant, maladroit. Tout le contraire du xénomorphe d'Alien de Ridley Scott.

A.I. Intelligence Artificielle (2001)

Comme dans E.T. l'extra-terrestre, l'enfance est au cœur de A.I. Intelligence Artificielle. Steven Spielberg s'inspire ici d'un projet que voulait réaliser avant sa mort Stanley Kubrick. Cette relecture de Pinocchio se déroule dans un futur proche. Les océans ont submergé les villes. Les écrans sont omniprésents.

Les progrès de la robotique sont tels que des scientifiques sont désormais capables de construire un robot qui pense et qui aime. David, 11 ans, est ce robot. Abandonné par ses parents adoptifs, il n'a qu'un rêve: devenir un vrai petit garçon pour retrouver sa mère.

Si A.I. parle de l'enfance, le propos est cependant beaucoup plus sombre que dans Rencontres du troisième type ou E.T. Le réalisateur s'appuie sur un extraordinaire Haley Joel Osment qui ne cligne pas des yeux pendant tout le film pour donner l'illusion qu'il est réellement un robot. L'émerveillement propre aux précédents films de Steven Spielberg cède ici la place à une vision profondément sombre du futur. 

Minority Report (2002)

Minority Report partage avec A.I. cette vision du futur. Grâce à des triplés devins, la police de Washington a réussi à éradiquer les crimes dans la capitale américaine. Lorsqu'un policier exemplaire rongé par ses démons intérieurs (Tom Cruise) est accusé d'un meurtre, le système vacille. 

Dans le futur de Minority Report, les écrans sont omniprésents et dictent les vies. Comme dans 1984, chaque individu est fiché et surveillé. Fait rare dans la filmographie de Spielberg: le cinéaste y aborde frontalement les effets de la drogue et de l'alcool. Tout y est sale, gris. La technologie y est présentée sous un aspect dangereux. Laissant définitivement de côté l'émerveillement de ses premiers films, le réalisateur envisage une vision désespérée du futur.

La Guerre des Mondes (2005)

Les attentats du 11-Septembre 2001 confirment ce tournant emprunté par Steven Spielberg. Sortie en 2005, sa relecture de La Guerre des Mondes de H.G. Wells est ainsi un de ses films les plus sombres. La scène des cadavres flottant dans la rivière est restée gravée dans la mémoire de plus d'un spectateur. 

L'émerveillement de ses premiers films a complètement disparu. Steven Spielberg brouille les pistes entre film de guerre et récit de science-fiction. Il filme la menace extraterrestre comme le débarquement allié sur Omaha Beach. En voyant dans sa voiture les extraterrestres arriver au loin, la fillette de Tom Cruise jouée par Dakota Fanning s'écrit: "Ce sont des terroristes?"

Après ce film, extrêmement contemporain, Steven Spielberg s'est détourné de la science-fiction et de la période contemporaine pour privilégier des fictions historiques (Munich, Lincoln) ou des récits d'aventure (Indiana Jones, Tintin). 

Ready Player One (2018)

Après avoir caressé l'idée de mettre en scène Robopocalypse (tout un programme), Steven Spielberg s'est replié sur Ready Player One, un projet qui lui permet de retrouver l'innocence et la fraîcheur de ses premières incursions en science-fiction. Après avoir produit Retour vers le futur dans les années 1980, le cinéaste âgé retourne avec joie dans cette décennie où il a signé ses plus grands succès.

L'intrigue se déroule en 2045 dans un monde au bord de l'extinction. Les êtres humains se réfugient dans un monde virtuel nommé l'OASIS et truffés de références à la pop culture des quarante dernières années. Dans Le Point, Steven Spielberg explique pourquoi l'OASIS compte tant de références aux années 1980: 

"C'était une sorte de période innocente, sans doute la plus innocente depuis les années 50. Ce qui m'a intéressé dans le film était justement ce contraste entre l'innocence de l'OASIS et la terrible réalité que vivent les personnages", dit-il, avant de conclure: "Est-ce je pense que le futur ressemblera à ce que nous voyons dans Ready Player One? Non, pas du tout, je suis un optimiste convaincu". 

Jérôme Lachasse