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Delon, Lynch, Spielberg ... racontés par l'ex-directeur de la Cinémathèque

Steven Spielberg

Steven Spielberg - © Paramount Pictures

Serge Toubiana dresse dans son livre Les Fantômes du souvenir, disponible depuis le 26 octobre, le portrait des plus grandes stars du 7e Art.

Ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma et ancien directeur de la Cinémathèque, Serge Toubiana retrace dans Les Fantômes du souvenir (ed. Grasset), disponible depuis le 26 octobre, une vie dédiée au cinéma et à sa transmission.

Témoin privilégié, il dresse dans cette autobiographie le portrait de personnalités du 7e Art qui l’ont marqué. Et pas des moindres: Jerry Lewis, Jean-Luc Godard, Isabelle Huppert, Alain Delon, François Truffaut, Gérard Depardieu, Clint Eastwood, Martin Scorsese, David Lynch, Steven Spielberg… Voici quelques unes de ces rencontres.

> Visiter les recoins secrets de Cannes avec Gérard Depardieu

En 1992, Serge Toubiana est juré du Festival de Cannes. Cette année-là, le président du jury est l’acteur et fin gastronome Gérard Depardieu. La complicité entre les deux hommes est immédiate. Le critique se souvient de leurs escapades et décrit un Depardieu fidèle à sa légende: “Après certaines délibérations au Carlton, Depardieu m’invitait à le suivre dans des passages secrets pour rejoindre le Majestic où il était logé. Là, nous nous rendions dans les cuisines, au sous-sol, pour bavarder tout en buvant des pastis.”

> La générosité de Steven Spielberg

E.T., Indiana Jones, Il faut sauver le soldat Ryan… Steven Spielberg est sans doute le cinéaste le plus célèbre du monde. Et le plus occupé. "Spielberg n’est quasiment jamais disponible car il enchaîne film après film, quand il ne produit pas ceux des autres”, écrit Toubiana. Si bien que sollicité en 2007, le réalisateur n’a pas pu se libérer avant... janvier 2011, pile à temps pour la sortie de son film Cheval de guerre. Censée durer une quarantaine de minutes, la discussion organisée avec le cinéaste dans la grande salle de la Cinémathèque a largement dépassé le temps imparti.

Spielberg a pu raconter en détail devant une foule en joie sa vision du cinéma et ses choix de mise en scène. L’Américain a été très touché par l’accueil de l’établissement. En quittant la scène, il a glissé au président de la Cinémathèque, le réalisateur Costa-Gavras: “J’ai eu le sentiment d’être adopté par la Cinémathèque française. Jamais, depuis l’accueil de E.T. à Cannes en 1982, je n’avais reçu pareil accueil de la part des cinéphiles.”

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- © Grasset

> Des côtelettes d’agneau avec François Truffaut

En 1980, Toubiana rencontre avec deux autres compères critiques le cinéaste François Truffaut chez lui, à deux pas du jardin du musée Galliera et de la Tour Eiffel. Pendant des heures, ils parlent de cinéma. Puis vint le moment de se restaurer: "Pour Truffaut, manger était une perte de temps", écrit Toubiana, également auteur d’une biographie du cinéaste. Comment faire? Toubiana en conserve un souvenir très précis: "Vers 13 heures, Carmen, sa gouvernante, nous servit à déjeuner des côtelettes d’agneau et accompagnées de légumes verts." Leur discussion fut publiée dans deux numéros des Cahiers du cinéma. On ignore encore qu'elle fût la recette des côtelettes.

> Rencontrer Alain Delon et être troublé par sa présence

En 1996, Toubiana rencontre Alain Delon pour un long entretien à paraître dans les Cahiers du Cinéma. Interroger l’acteur du Guépard et du Samouraï n’est pas une mince affaire. Sa confiance se gagne. "Lors de notre conversation il arrivait à Delon de poser sa main sur mon bras, de me toucher, comme s’il avait besoin de ressentir physiquement, tel un animal, que je venais en ami." Au-delà des gestes, Toubiana décrit un Delon "intime et solitaire, nostalgique d’une période révolue d’un cinéma dont il a été le prince". Un Delon loin du "personnage officiel, souvent antipathique": "Il y a de la mélancolie en lui, et elle me touche", conclut-il.

> Manger une salade avec David Lynch et rencontrer Clint Eastwood en pleine muscu

En 1999, Toubiana se rend aux Etats-Unis avec un autre critique, Nicolas Saada. Ils doivent rencontrer David Lynch, le réalisateur d’Elephant Man et de Sailor et Lula. Le rendez-vous a lieu dans la maison, "moderne et inquiétante", filmée dans Lost Highway. Comme pour Delon, la fascination exercée par Lynch est très forte: "Durant notre entretien Lynch enchaîne les American Spirits, l’une après l’autre. Le geste de fumer concourt à son style fait d’élégance et de retenue. La sérénité est sa marque personnelle, comme si l’homme était à la recherche de spiritualité, non loin de Mulholland Drive, où se trament la nuit bien des excès."

Après avoir avalé “une salade à l’avocat et au thon” préparée par Lynch, la discussion se poursuit jusqu’à la fin de l’après-midi. Vers 16 heures, le producteur du cinéaste, Pierre Edelman, leur annonce, tel un personnage lynchien: "Vous allez le suivre dans un endroit très, très secret." Après un court trajet en voiture, les deux journalistes français découvrent avec surprise, dans son bungalow de la Warner Bros, "Clint Eastwood, en tenue de gymnastique, en train de faire des haltères dans son bureau." Le reste de journée et le lendemain se poursuivent en compagnie du réalisateur, occupée par le tournage de son nouveau film, Space Cowboys: "La figure est imposante, l’homme frôle les deux mètres, le visage est souriant, avenant." Un vrai rêve de cinéphile.

Jérôme Lachasse