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Pourquoi la sortie au cinéma de Dragon Ball Super: Broly est un événement

Affiche de Dragon Ball Super: Broly

Affiche de Dragon Ball Super: Broly - Wild Bunch

La série dérivée de l’œuvre d’Akira Toriyama se décline au cinéma. Un film attendu avec impatience par les fans. Explications avec notamment Brigitte Lecordier et Mark Lesser, les doubleurs historiques de la série.

Même après plus de trente ans de bons et loyaux services, Dragon Ball continue de surprendre ses fans et de créer l’événement. Dragon Ball Super: Broly, en salles ce mercredi 13 mars, en la preuve en ressuscitant un personnage culte, Broly, et en … sortant tout simplement au cinéma: "Il n’y a en effet pas eu de film Dragon Ball en sortie nationale depuis 1996", confirme Alexandre Cerf, responsable marketing de Wild Bunch, qui distribue en France le film.

"Les films Dragon Ball étaient destinés au marché de la vidéo", rappelle-t-il. "Les films sortis en salles dans les années 1990 en France étaient deux moyens-métrages de 45 à 50 minutes collés pour avoir une durée d’une heure et demie [Dragon Ball Z, le film, sorti en 1995, est ainsi composé de Fusions et L’Attaque du dragon, NDLR]. Il y a eu aussi des soirées spéciales pour les films précédents, des séances aux Grand Rex, mais là, c’est la première fois depuis plus de vingt ans qu’un film Dragon Ball sort dans plus de 200 salles le même jour."

Les amateurs de Son Goku trépignent d’impatience, à en juger les scores des avant-premières réalisées en début d’années: 97.000 spectateurs se sont précipités pour découvrir les 23 et 24 janvier ce film dérivé de la série Dragon Ball Super. Un beau score pour un long métrage disponible alors uniquement en VOST, sans bande-annonce ni affiche. "Ils venus seulement pour la licence", se félicite Alexandre Cerf. Et il y a de quoi augurer un beau succès en France: du Japon aux Etats-Unis en passant par l’Espagne, ce vingtième film de la saga d’Akira Toriyama est un carton mondial.

Pour Benoît Huot, responsable éditorial manga chez Glénat, Dragon Ball Super: Broly est un événement générationnel: "Dragon Ball Super, en tant que série, a vu le grand retour de Dragon Ball. Elle a réuni ceux qui avaient grandi avec l’œuvre de Toriyama et sont maintenant en âge d’avoir des enfants et ceux qui ont pu découvrir Dragon Ball avec Dragon Ball Super." Pour Brigitte Lecordier, doubleuse historique de la série, "c’est une manière de retrouver tous les fans". Celle qui prête notamment sa voix à Son Goku jeune participera à deux avant-premières au MK2 de La Villette.

Qui est Broly?

Comme le récent manga Comment je me suis réincarné en Yamcha (Glénat), où un fan absolu de la série se réincarne dans la peau d’un personnage secondaire, le film joue avec la mythologie Dragon Ball. Devenu un classique de l’histoire du 9e Art, elle devient le terrain de jeu d’auteurs qui ont grandi avec. L’attente a ainsi été suscitée par la présence au générique de Broly. Créé dans les années 1990, ce personnage apparaît uniquement dans l’anime. "Akira Toriyama lui redonne ici ses lettres de noblesse en changeant son histoire", commente Alexandre Cerf.

Aux commandes du scénario du manga comme de l’anime Dragon Ball Super, le mangaka veut désormais "garantir une homogénéité au sein de son univers", ajoute de son côté Benoît Huot. Ce qui n’était pas forcément le cas auparavant: "Comme l’animé était développé dans les années 1980 et 1990 en même temps que le manga, il n’y avait pas forcément la patte de Toriyama telle que l’on peut la voir maintenant." Mark Lesser, doubleur notamment de Broly, a été témoin de ce changement de cap:

"Il était assez différent la première fois que je l’ai doublé. C’était dans mon souvenir un gros psychopathe, avec des rires un peu démoniaques tout le temps. Il n’est pas très causant, là non plus d’ailleurs, mais il a plus de profondeur. Il a une humanité. Il est plus dans l’esprit de Dragon Ball maintenant qu’à l‘époque."

Affiche de Dragon Ball Super: Broly
Affiche de Dragon Ball Super: Broly © Wild Bunch

Le doubleur, qui "ne s’attendait pas au retour de Broly", en avait conservé "un vague souvenir". "Ça fait des années que l’on me parle de Broly dans des conventions ou dans le métier. Les gens sont vraiment fans de ce personnage qui est très peu apparu", s’étonne-t-il. Cette fascination provient de son statut dans la série:

"Broly, dans la cosmogonie Dragon Ball, c’est l’adversaire ultime", commente Benoît Huot. "Il a toujours fait rêver les lecteurs et même l’auteur d’origine [Akira Toriyama] tellement c’est un personnage hors norme réputé beaucoup plus fort que Son Goku. Tout au long du manga, la légende d’un guerrier légendaire et invisible a été égrainée. On pensait que c’était Son Goku, mais en fait c’était Broly. Quand vous proposez un animé Dragon Ball Super avec la menace ultime, ça consiste un événement".

Doubler Broly aussi est un événement, raconte Mark Lesser: "La difficulté est de ne pas se rater quand il a quelques phrases où il faut donner un peu de profondeur. Sinon, on se pète pas mal la voix, parce qu’il crie beaucoup, surtout à la fin du film. J’avoue avoir mis deux jours à m’en remettre! Il faut pas mal d’énergie pour faire ces animes-là."

Un défi technique

Techniquement, Dragon Ball Super: Broly est plus perfectionné que les films précédents. D’une durée d’une heure et demie, il se compose notamment d’une longue séquence de combat.

"Il y a des moments où on a l’impression que le combat ne s’arrêtera jamais", acquiesce Alexandre Cerf, avant d’énumérer les qualités du long métrage: "La chorégraphie des scènes est assez impressionnante. L’animation est super bien travaillée. Les effets pyrotechniques sont bluffants. C’est une claque technique. Il y a des effets de lumière et de couleur complètement fous. Il y a aussi quelques passages que l’on n’a pas vu dans ce style-là, notamment des scènes de combat en vision subjective."

Affiche de Dragon Ball Super: Broly
Affiche de Dragon Ball Super: Broly © Wild Bunch

Les doubleurs aussi ont été frappés par les avancées techniques. "J’ai le souvenir, quand on faisait le Club Do’, d’épisodes entiers où on se menaçait sans que rien ne se passe réellement. Le rythme est maintenant plus fluide, plus agréable", note Mark Lesser. Un avis partagé par Brigitte Lecordier:

"Je trouve que le dessin en lui-même a peu évolué. C’est toujours du Toriyama. Dans Broly, ce qui est un peu plus moderne est le trait et le rythme: c’est un peu moins lent, les bagarres sont un peu plus rythmées. Le dessin animé s’est beaucoup modernisé. Depuis les jeux vidéo, on ne vit plus pareil les bagarres. On est peut-être plus acteur aujourd’hui du dessin animé", dit-elle à propos des scènes de combat en vision subjective.

Les valeurs de Dragon Ball, insistent-ils, n’ont pas changé. L’humour, la spontanéité des personnages ou encore l’éloge de l’amitié sont toujours présents. Et ils ont toujours autant de plaisir à prêter leur voix aux personnages de Toriyama: "Pour nous, c’est l’histoire d’une équipe qui se retrouve régulièrement", résume Mark Lesser, qui connaît Patrick Borg, la voix de Son Goku, depuis 50 ans. "Il y a toujours une bonne ambiance dans le studio d’enregistrement."

"Dans les années 1980, on avait une bande sonore sur deux pistes. On ne pouvait pas enregistrer les uns après les autres. Il fallait que l’on soit tous là en même temps. Pendant dix ou quinze ans, on a tous travaillé en même temps. Ça crée des liens énormes", complète Brigitte Lecordier. "Pour Broly, on n’a pas enregistré ensemble, mais je recevais des petits sms de mes camarades quand ils enregistraient après moi pour me dire ‘ah c’était super, tu nous as fait bien marrer.’ Il y a de l’amour dans cette équipe."

Jérôme Lachasse