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Des cinéastes mobilisés contre la possible nomination de Dominique Boutonnat à la tête du CNC

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Photo d'illustration - Fred Dufour - AFP

Plus de 70 cinéastes s'inquiètent de voir Dominique Boutonnat accéder à la tête du CNC. Une pétition a été mise en ligne.

Plus de 70 cinéastes, parmi lesquels Jacques Audiard, Nicole Garcia ou Arnaud Desplechin, se mobilisent contre la possible nomination à la tête du CNC de Dominique Boutonnat, auteur d'un rapport controversé sur le financement du 7e Art.

Le texte a d'abord été publié sous forme d'une tribune sur le site du Film Français. Il est repris dans une pétition mise en ligne sur change.org et relayée notamment par Marina Foïs, signée par près de 2220 personnes:

"Suite à l'annonce, hier, du non-renouvellement du mandat de Frédérique Bredin à la direction du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), le nom du producteur Dominique Boutonnat revient de manière insistante comme étant son potentiel remplaçant, Emmanuel Macron ayant semble-t-il rejeté toutes les autres candidatures à son profit", soulignent ces cinéastes.

"Grand donateur" d'Emmanuel Macron

Frédérique Bredin, 62 ans, a été nommée en 2013 présidente du CNC, établissement public qui a pour missions principales de réglementer, soutenir et promouvoir le cinéma. Elle avait été reconduite en 2016 pour un second mandat de trois ans arrivé à échéance en fin de semaine, sans qu'aucune nomination ne soit encore intervenue pour sa succession.

"Comme la fuite de documents connus sous le nom de MacronLeaks l'a révélé, Dominique Boutonnat est un des premiers soutiens et 'grands donateurs' de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron en 2016", soulignent dans la tribune ces réalisateurs, dont Bertrand Bonello, Robin Campillo, Catherine Corsini, Michel Hazanavicius, Pascale Ferran, Cédric Klapisch ou Noémie Lvovsky.

"Doublement récompensé pour ses bons et loyaux services au profit du futur président de la République, par l'agrément en octobre 2018 de Ciné Axe, la Société de financement de l'industrie cinématographique et de l'audiovisuel (SOFICA) dont Dominique Boutonnat est le co-fondateur et le président, ce dernier a dans le même temps été chargé par la ministre de la Culture de l'époque, Françoise Nyssen, de la rédaction d'un rapport (...) dans lequel il préconise, entre autres, de "maintenir et améliorer le dispositif des Sofica" en simplifiant leur encadrement juridique", poursuivent-ils.

Ce rapport sur "le financement privé de la production et de la distribution cinématographiques et audiovisuelles", rendu public en mai, a été vivement critiqué par des professionnels du cinéma.

Dans une tribune publiée la semaine dernière dans Le Monde, onze organisations professionnelles représentant le cinéma indépendant et 800 professionnels s'étaient déjà inquiétés de ce rapport et d'un autre texte, remis début juin par la députée LREM Marie-Ange Magne, qui préconise un contrôle renforcé et un plafonnement des taxes affectées qui financent le CNC.

"Clientélisme" et "conflits d'intérêts"

Deux rapports tendant selon eux à privilégier la logique commerciale au détriment de la créativité.

"Aujourd'hui nous condamnons tout autant le clientélisme qui sous-tend l'éventuelle nomination de Dominique Boutonnat à la présidence du CNC que les conflits d'intérêts que cela ne manquerait pas de générer, ou que la politique au service des plus puissants du secteur que cela impliquerait", soulignent les cinéastes dans leur texte publié jeudi.

"Pour ces multiples raisons, nous nous opposons formellement à cette nomination", poursuivent-ils.

Benjamin Pierret avec AFP