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Bruno Salomone: "Au cinéma, on ne me propose que des rôles de gros lourds"

Bruno Salomone et Pierre Rochefort dans Ma famille et le loup

Bruno Salomone et Pierre Rochefort dans Ma famille et le loup - Copyright Apollo Films

Ancien compagnon de route de Jean Dujardin, l’humoriste est à l’affiche de Ma famille et le Loup, un film familial où il endosse, comme dans son spectacle, plusieurs personnages. Rencontre avec un comédien qui ne veut plus se laisser enfermer dans un rôle.

"Je marche au scénario ou au personnage. Si je suis ému, j’y vais." Sur scène, Bruno Salomone, ancien compagnon de route de Jean Dujardin, est capable d’incarner jusqu’à une quarantaine de personnages dans Euphorique. Au cinéma, où il est surtout connu comme le braillard Igor d’Hossegor de Brice de Nice, il multiplie les apparitions dans des comédies familiales. Après Tamara l’année dernière et Minuscule 2 en janvier, le comédien occupe un rôle important dans Ma famille et le loup, au cinéma ce mercredi 21 août.

Il a tout de suite été séduit par l’idée du film de mêler prises de vue réelles et animation 2D pour raconter la confrontation entre un groupe d’enfants et un grand méchant loup, métaphore de la mort venue emporter leur grand-mère. "Le film parle d’un sujet très fort et très grave, qui est dissimulé dans un conte. On s’embarque dans une épopée entre Les Goonies et Le Petit Chaperon Rouge", explique l’acteur. Aux avant-premières, il a pu constater que le film touchait le public: 

"C’est un film populaire, familial et fin. C’est étonnant ce qui se produit. On fait des débats après les projections. Les gens en parlent beaucoup. Certains enfants prenaient l’histoire de la grand-mère qui s’en va avec le Loup au premier degré, d’autres ont été touchés. Ça nous fait vivre une aventure. Les enfants posaient des questions sur des détails, les adultes en avaient des un peu plus philosophiques. Il y a plusieurs niveaux de lecture. L’adulte ne va pas s’ennuyer." 

"Un délire avec des combinaisons de plongée"

D’autant que le film aborde des sujets souvent difficiles à évoquer avec des enfants: "Ça explique comment communiquer sur ce genre de sujets forts, ça parle aussi de solidarité et du matriarcat. C’est assez riche. On joue les parents, mais on est plus gamins que nos propres enfants qui eux se donnent pour mission d’aller tuer le loup pour éviter que la grand-mère ne s’en aille. Nous, pendant ce temps, on fait des concours de piment!”

Le Loup apparaît en 2D dans les scènes animées et en 3D dans les séquences en prises de vue réelles. "C’est hyper justifié", s’enthousiasme Bruno Salomone. "Dès que l’on est dans le conte, on bascule dans le film d’animation. On est dans la tête de la grand-mère, jouée par Carmen Maura. J’aime bien, ça fait penser au vieux du village qui raconte des histoires aux enfants." Une poésie qui selon lui a déserté les salles de cinéma: "Il y a une vraie créativité [dans Ma famille et le loup] et l’animation permet d’aller chercher ce que l’on a du mal à faire au cinéma aujourd’hui: la poésie. 

Cette folie, Salomone la côtoie régulièrement sur scène et l’a beaucoup convoquée dans ses sketchs avec Jean Dujardin sur Comédie à la fin des années 1990. Dans un célèbre sketch situé à Narbonne, les deux fanfarons livrent en cinq minutes un concentré d’humour absurde inégalé en France: "C’est un peu du Bunuel en version comique", s’amuse aujourd’hui Bruno Salomone. "On allait de ville en ville et on faisait des petits sketchs. Généralement, on parlait de la ville. On avait un cahier des charges. En arrivant à Narbonne, on ne savait pas quoi dire puis on est parti en délire avec des combinaisons de plongée. C’est tout ce que j’aime." 

"Au cinéma, on ne me propose que des rôles de méchants et de gros lourds" 

Les années folles de Comédie sont désormais loin. Même les films Brice de Nice ne sont pas parvenus à reproduire cette folie:

"Il y a un univers, c’est ça que j’aime. Mais, en même temps, le personnage est hyper populaire et ça cartonnait déjà sur Internet. Les mecs n’ont pas pris de risques. En France, c’est compliqué de faire quelque chose de décalé et d’onirique", poursuit-il. "Ils veulent fédérer, faire des films familiaux… On trouve encore cette poésie sur scène, mais c’est un peu plus compliqué au cinéma. Il faut du rendement. C’est un peu toujours les mêmes choses, comme s’il y avait une recette. Je pense que les gens vont se lasser à un moment." 

Bruno Salomone, fidèle second couteau du cinéma français, subit lui aussi le manque d’ouverture d’esprit du milieu. Face à Carmen Maura et Pierre Rochefort, Bruno Salomone incarne dans Ma famille et le loup un oncle débonnaire et grincheux. Un rôle qui lui colle un peu trop à la peau depuis Igor d’Hossegor, mais dans lequel il fait souvent des étincelles, comme ce fut le cas en juin dernier dans Beaux-Parents avec Bénabar, Didier Bourdon et Josiane Balasko:

"C’est très bizarre, parce qu’en télé on me propose souvent des personnages très doux, très gentils comme dans Fais pas ci, fais pas ça. Je fais un personnage très bienveillant et récemment j’étais un père protecteur. Au cinéma, on ne me propose que des rôles de méchants et de gros lourds." 
Ma Famille et le Loup
Ma Famille et le Loup © Copyright Apollo Films

L’acteur ignore d’où vient cette différence de traitement: "J’aime bien ne pas avoir l’impression de toujours jouer la même chose, comme dans mes spectacles, où je joue plein de personnages. Je ne me sens pas étiqueté dans un seul personnage. C’est assez agréable." Dans Ma famille et le loup, Bruno Salomone endosse un second rôle plus subtil: celui du Loup.

"Il est à la fois hyper effrayant et apaisant. Il est assez étonnant. Il n’a pas l’air méchant, parce que les enfants passent à côté comme si de rien n’était. Pourtant il était tellement monstrueusement impressionnant que si je le vois dans la vie j’ai peur. Pour le jouer, j’ai fait une voix très grave, très lente. Je pensais que le réalisateur la modifierait, mais il n’a rien changé."

Après Ma famille et le loup, Bruno Salomone a envie de poursuivre ses expérimentations. Son prochain projet sera aussi animalier: il a écrit un film d’animation adapté de son sketch du cochon d’Inde. 

Jérôme Lachasse