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Affaire Weinstein: le silence des hommes à Hollywood

Harvey Weinstein à Cannes en 2012

Harvey Weinstein à Cannes en 2012 - Alberto Pizzoli - AFP

Alors que plusieurs actrices sortent de leur silence pour dénoncer les agissements du magnat d'Hollywood, les acteurs et les réalisateurs, eux, assurent n'avoir jamais rien vu ou préfèrent garder le silence.

Les accusations pleuvent contre Harvey Weinstein. Le producteur américain de 65 ans, est accusé de viol par trois femmes, dont la star italienne Asia Argento, et de harcèlement sexuel envers de jeunes actrices, mannequins et employées depuis les années 1990. 

Cara Delevingne, Léa Seydoux, Rosanna Arquette, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Emma de Caunes, Judith Godrèche: les unes après les autres, les victimes sortent de leur silence. D'autres comédiennes, à l'instar de Jessica Chastain, prennent parti sur les réseaux sociaux. Mais du côté des hommes, les réactions sont timides et prudentes, voire inexistantes. 

"Un homme puissant et terrifiant"

Après l'explosion de l'affaire, le site britannique The Guardian a contacté une vingtaine d'acteurs et réalisateurs ayant travaillé avec le producteur afin de leur demander s'ils étaient au courant de ses agissements. Dans la liste, Bradley Cooper, Brad Pitt, Daniel Day-Lewis, Russell Crowe, George Clooney, Ewan McGregor et Quentin Tarantino, pour ne citer qu'eux. Rares sont ceux qui ont accepté de répondre. Parmi eux, Colin Firth a admis que Harvey Weinstein, avec qui il a notamment travaillé sur Le Discours d'un Roi, était "un homme puissant et terrifiant" et assuré qu'il avait eu "la nausée" en découvrant ce qu'il se passait dans les coulisses.

D'autres ont choisi de communiquer sur le sujet par d'autres biais. Le discours est toujours le même: ils ne se doutaient de rien, n'avaient rien vu, et félicitent celles qui ont osé témoigner. Matt Damon, accusé par une ancienne journaliste du New York Times de l'avoir appelée en 2004 pour étouffer un article dénonçant Harvey Weistein, s'est défendu dans les colonnes de Deadline.

"Pour votre information, je n’essaierais jamais, au grand jamais, de tuer une histoire comme ça. Je ne ferais pas ça. Ce n’est pas quelque chose que je ferais pour qui que ce soit", a-t-il assuré au site américain. "Si je me suis trouvé à une soirée et que Harvey a fait ce genre de choses et que je ne l’ai pas vu, j’en suis profondément désolé, parce que j’aurais arrêté ça. Je vais maintenant ouvrir grand mes yeux, bien plus que je ne l’ai fait jusque-là, pour repérer ce genre de comportement".

"Tu mens"

Ben Affleck, lui, a publié un long message sur Facebook dans lequel il assure être "attristé et en colère" par la situation, et s'interroge sur "ce qu'il peut faire pour s'assurer que cela n'arrivera pas à d'autres". Une déclaration en apparence noble, mais qui a mis Rose McGowan hors d'elle. L'actrice, l'une des victimes présumées d'Harvey Weistein, a affirmé que le comédien savait tout depuis le début, et avait préféré fermer les yeux.

"'NOM DE DIEU! JE LUI AI DIT D'ARRÊTER DE FAIRE ÇA'. Tu m'as dit ça droit dans les yeux. À la conférence de presse à laquelle on m'a forcée à aller après l'agression. Tu mens", a-t-elle écrit sur Twitter.

Concernant cette "affaire très dérangeante", George Clooney a assuré au Daily Beast n'avoir "jamais assisté à ce type de comportement", malgré les nombreux dîners et tournages partagés avec le producteur. Leonardo DiCaprio a quant à lui témoigné son soutien aux femmes qui ont osé témoigner. Sans pour autant, ni citer Harvey Weinstein, ni explicitement indiquer s'il était au courant ou non de ses agissements.

"Parler plus fort"

Pour Lena Dunham, les décennies de silence des superstars masculines et des hommes du monde du divertissement en général sont inquiétantes. Dans une tribune publiée dans le New York Times, la réalisatrice de la série GIRLS leur a reproché de se taire, un acte qui "renforce la culture qui empêche les femmes de parler" selon elle.

"Avez-vous peur parce que vous avez entendu les rumeurs, mais que avez accepté un rôle, ou un verre de champagne et une tape dans le dos? Êtes-vous gênés parce que vous posez sur une photo avec lui en souriant, ou parce qu'il a donné de l'argent à votre association, ou vous a présenté votre petite amie, ou aidé à gagner votre nomination aux Oscars? Opérez-vous sous l'hypothèse que c'est très triste mais que ce n'est pas votre problème?", questionne-t-elle.

"La culture des complices"

Outre-Atlantique, la presse américaine dénonce de son côté une "culture de la complicité", note Le Monde. Dans un papier du New York Times intitulé "Weinstein et notre culture de complices", l'éditorialiste Bret Stephens explique que "ce n’est peut-être pas si surprenant qu’une industrie bâtie autour de faux personnages et de faux scénarios ait été capable de prétendre pendant aussi longtemps qu’il n’y avait rien qui clochait". 

"Comme d’autres goujats libidineux, tels que Bill Clinton et Donald Trump, Weinstein a profité d’une culture qui célèbre souvent, montre constamment, facilite parfois, dénonce rarement et pardonne beaucoup trop fréquemment des comportements auxquels ils se sont livrés si souvent", ajoute-t-il. 

Un avis partagé par le Washington Post, qui évoque "le même type de complicité qui a protégé de nombreux autres Harvey Weinstein dans tout un tas d’industries". "Tant qu’il n’y aura pas de changement culturel pour condamner le fait que l’on couvre ces affaires et qu’en parler devienne enfin une norme et non un acte de courage, tout ça continuera", ajoute le Los Angeles Times.

"Tout le monde a entendu mille anecdotes"

En France, les langues masculines commencent à se délier et à prendre parti. Les patrons du Festival de Cannes Pierre Lescure et Thierry Frémeaux, où Harvey Weinstein se rendait régulièrement, écrivent dans un communiqué que "ces faits relèvent d'un comportement impardonnable qui ne peut susciter qu'une condamnation nette et sans appel". Le réalisateur français Jean-Pierre Jeunet, lui, a indiqué sur notre antenne:

"Tout le monde a entendu mille anecdotes, tout le monde savait tout ce qu’il se passait. J’ai entendu des actrices raconter des choses, maintenant c’est à elles de savoir si elles ont envie de dénoncer ce qu’elles ont subi".

Antoine de Caunes, dont la fille Emma a raconté avoir été agressée par le producteur américain dans une chambre d'hôtel en 2010, a déclaré sur France Inter être "fier" d'elle, et dénoncé le comportement de "ce gros porc puant d'Harvey Weinstein".

Nawal Bonnefoy