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Bertrand Cantat: le mea culpa des Inrocks, une semaine après leur une polémique

Bertrand Cantat sur scène au Printemps de Bourges en 2014

Bertrand Cantat sur scène au Printemps de Bourges en 2014 - Guillaume Souvant - AFP

Après avoir suscité de nombreuses réactions indignées, le magazine musical explique son choix de mettre en avant Bertrand Cantat, condamné en 2004 pour avoir tué sa compagne Marie Trintignant.

Une semaine après avoir consacré leur une à Bertrand Cantat, Les Inrocks tentent d'éteindre la polémique. Dans un long message intitulé À nos lecteurs, la rédaction du magazine revient sur ce choix éditorial et sur les vives critiques qu'il a suscitées.

Dans les pages de l'hebdomadaire, le chanteur de 53 ans parlait de sa condamnation en 2004 pour avoir tué sa compagne Marie Trintignant, un an plus tôt. Une peine de huit ans de prison, dont il sortira au bout de quatre années pour bonne conduite. Treize ans plus tard, beaucoup se sont indignés de voir le visage de l'ancien leader de Noir Désir ainsi mis en avant, accusant la publication de banaliser les violences faites aux femmes. Une critique dont le magazine se défend:

"L’ampleur et la gravité de l’affaire Harvey Weinstein, qui a explosé parallèlement à la sortie du magazine, est venue rappeler à quel point il existait, plus que jamais, un système d’oppression masculine dont la société ne veut plus. Ce constat, Les Inrockuptibles l’ont fait depuis de nombreuses années, et ce journal s’est toujours battu contre les violences envers les femmes, contre le sexisme et pour l’égalité entre les sexes.

"Un choix contestable"

Insistant sur l'importance de Noir Désir dans la construction de "l'identité de ce journal", Les Inrockuptibles justifient cependant leur démarche:

"Le journalisme exige, parfois, d’aller questionner les zones d’ombre, d’aller au-delà des frontières et des évidences, quelles qu’elles soient. Le journalisme, ce n’est pas simplement une posture morale qui consiste à lever ou à baisser le pouce."

Cette lettre ouverte évoque également l'impact qu'a eu cette polémique sur les membres de la rédaction, et les réactions "parfois très virulentes" de "personnalités, des citoyens, des artistes":

"Nous ne campons pas sur nos positions, nous ne faisons pas preuve d’arrogance. Lors des débats qui ont suivi ce dernier numéro, nous avons mis les choses sur la table. (...) La souffrance qu’a pu engendrer cette couverture nous a profondément touchés", affirme la rédaction, avant de reconnaître un choix "contestable": "À ceux qui se sont sentis blessés, nous exprimons nos sincères regrets."

"Médiatisation obscène"

Cette lettre ouverte paraît alors que le magazine Elle présente son prochain édito, consacré à Marie Trintignant. Dans ce texte, la journaliste Dorothée Werner rappelle le nombre de victimes de violences conjugales en France et dénonce "la médiatisation obscène" de l'homme qui a tué l'actrice française. Une médiatisation contre laquelle Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, avait été l'une des premières à s'indigner.

B.P.