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"Ce n'est pas sérieux": la relocalisation des toxicomanes dans le nord-est de Paris inquiète la Seine-Saint-Denis

Les toxicomanes des jardins d’Éole à Paris ont été évacués ce vendredi matin pour être regroupés un peu plus loin, vers la porte de la Villette, à la lisère de Pantin.

"On déplace le problème." Après l'évacuation des toxicomanes des quartiers des jardins d'Éole, dans le 19è arrondissement de Paris, les autorités ont pris la décision de les regrouper vers la place Auguste-Baron, à la lisière de la Seine-Saint-Denis, dans un secteur décrit "sans riverains aux abords immédiats" par la préfecture de police. De quoi susciter la colère des élus de Seine-Saint-Denis qui ne partagent pas du tout le même constat.

"Quand il dit qu'il n'y a pas d'habitants ici, le ministre de l'Intérieur se trompe et il ment", s'agace Bertrand Kern, maire PS de Pantin qui dénonce une "décision prise dans la précipitation" sur notre antenne.

"Ce n'est pas sérieux"

Et d'ajouter: "Quand le ministre dit que c'est à la mairie de Paris de prendre en charge ces crackeurs, là encore il ment. C'est à l'Etat d'apporter une prise en charge sanitaire et sociale." Même son de cloche du côté du président du département de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel.

S'il affirme comprendre les "fortes nuisances" subies par les habitants de Stalingrad et des environs des jardins d'Éole, l'élu "n’accepte pas la méthode choisie" par les autorités qui consiste à "simplement déplacer le problème aux portes de la Seine-Saint-Denis".

Les villes d’Aubervilliers et de Pantin, qui jouxtent le nouveau point de chute des toxicomanes, "connaissent déjà un grand nombre de difficultés qui requièrent toute l’attention et la mobilisation des autorités publiques", souligne Stéphane Troussel dans un communiqué de presse. Il martèle que la décision de les regrouper à cet endroit, "ce n'est pas sérieux".

"On va se retrouver dans la même situation que les Parisiens ont connue", présage Bertrand Kern tandis que Stéphane Troussel rappelle qu'il n'y a "pas de solution pérenne sans la prise en charge sanitaire et thérapeutique adaptée des personnes toxicomanes".

"Une nouvelle colline de crack un peu plus loin"

Mi-mai, la préfecture de police et la mairie de Paris se sont accordées pour regrouper les consommateurs de crack dans le nord des jardins d'Éole, site historique de consommation, afin de soulager les riverains du secteur voisin de Stalingrad. Mais fin juin, Anne Hidalgo a décidé de mettre fin à cette situation provisoire en leur interdisant l'accès au parc afin que les habitants en reprennent possession.

Dans des conditions précaires, un petit campement de vendeurs et d'accros au crack - dérivé fumable, bon marché et très addictif de la cocaïne - s'est ainsi constitué à ciel ouvert, entraînant dégradation de l'espace public et fortes nuisances pour les habitants.

La mairie promettait alors l'ouverture d'un lieu de prise en charge spécialisé dans le crack avant l'automne et s'opposait à la solution temporaire, proposée par la préfecture de police, de déplacer les toxicomanes vers la place Auguste-Baron. Engagée dans une passe d'armes depuis plusieurs mois avec la préfecture, elle dit ne pas avoir été prévenue de l'évacuation de ce vendredi.

"Je suis soulagé que ce quartier parisien qui en a assez bavé puisse respirer un peu (...) Mais je ne suis pas totalement rassuré sur la suite des événements. On reconstitue de fait une nouvelle colline de crack un peu plus loin", a reconnu, sur place, le maire (PS) du XIXe arrondissement, François Dagnaud.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV