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Vers une disparition des nuages? Le réchauffement climatique menace les stratocumulus

Photo d'un stratocumulus prise à Godewaersvelde (Nord), le 15 août 2017.

Photo d'un stratocumulus prise à Godewaersvelde (Nord), le 15 août 2017. - Philippe Huguen - AFP

La disparition de ces nuages, qui contribuent à refroidir l'atmosphère, pourrait entraîner un réchauffement de +8°C, en plus du réchauffement climatique provoqué par la hausse de la concentration des gaz à effet de serre.

Les stratocumulus sont en danger. Surplombant les océans, ces nuages de basse altitude refroidissent l'atmosphère en réfléchissant les rayons du soleil vers l'espace. Mais un triplement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère pourrait les faire disparaître et faire grimper en flèche le thermomètre, avertissent lundi des scientifiques dans le magazine scientifique britannique Nature Geoscience.

Les stratocumulus couvrent environ 20% de la surface des océans dans les zones tempérées du globe et se trouvent en particulier dans les parties Est des océans, par exemple le long de la Californie, du Mexique et du Pérou. "Aux latitudes tempérées, sa base se situe entre 500 et 2500 mètres de hauteur avec une épaisseur de l'ordre de 600 mètres", explique Météo France.

Un réchauffement de 8 degrés celsius

Leur disparition entraînerait un réchauffement "d'environ huit degrés Celsius, qui s'ajouterait au réchauffement climatique provoqué par la hausse de la concentration des gaz à effet de serre" due aux activités humaines, avertit l'étude.

"Nos résultats montrent qu'il existe des seuils de changement climatique dangereux dont nous n'avions pas conscience" jusqu'alors, explique Tapio Schneider, chercheur au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à Pasadena en Californie, et principal auteur de l'étude.

Une augmentation des températures de cet ordre entraînerait une fonte de la glace dans les pôles et une montée des océans de dizaines de mètres, au-delà des capacités des humains à s'adapter, avertissent les scientifiques.

L'accord de Paris sur le climat de 2015 vise à limiter le réchauffement à +2°C, idéalement +1,5°C.

La couche protectrice des nuages pourraient se rompre

Se basant sur une modélisation de l'évolution des nuages, les chercheurs ont déterminé que la couche protectrice de nuages pourrait se rompre si la concentration de CO2 atteint 1200 parties par million (ppm), bien que le point de bascule puisse être un peu plus élevé.

Si l'humanité poursuit ses activités au rythme actuel, "le niveau de 1.200 ppm sera franchi en 2104", indique Malte Meinshausen, directeur du Climate and Energy College de l'université de Melbourne, se basant sur une étude à venir.

La concentration du CO2 dans l'atmosphère a atteint 405,5 parties par million (ppm) en 2017, une hausse de 2,2 ppm inférieure à celle enregistrée en 2016 (+3,2 ppm).

Un mystère de l'Eocène résolu?

La Terre a connu un climat beaucoup plus chaud pendant l'époque de l'Éocène (-53 à -48 millions d'années), quand la température moyenne était plus élevée d'environ 12 degrés et que des crocodiles peuplaient l'Arctique. Cette étude pourrait résoudre un mystère de longue date entourant cette période.

Selon les modélisations climatiques utilisées jusqu'à présent, les niveaux de CO2 auraient dû s'élever à plus de 4000 ppm pour expliquer les températures de cette période pré-historique, quand des échantillons géologiques font état de concentrations 25 à 50% moins élevées. Ce niveau de 1000 à 2000 ppm correspond précisément, selon cette nouvelle étude, à celui où les nuages disparaîtraient.

"Un pic de chaleur causé par la perte de la couverture nuageuse basse pourrait expliquer l'apparition du climat très chaud de l'Eocène", déclare Tapio Schneider.

Salomé Vincendon avec AFP