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Terrorisme: "un travail de fourmi" contre un financement sans frontières

Lors de la conférence "No Money for Terror", à Paris, le 26 avril.

Lors de la conférence "No Money for Terror", à Paris, le 26 avril. - Eric Feferberg - AFP

La conférence "No Money for Terror" s'achève ce jeudi soir à Paris. Pendant deux jours, 500 experts et 80 ministres de 72 pays ont échangé leurs expériences et leurs "bonnes pratiques" sur la lutte contre le financement du terrorisme.

Endiguer le terrorisme passe par la lutte contre son financement. Tel était le coeur des discussions de la conférence "No Money for Terror", qui se tenait mercredi et jeudi à Paris, et réunissait 500 experts et 80 ministres de 72 pays. Appelé à clôturer l'événement ce jeudi soir, Emmanuel Macron à inviter les participants internationaux à mieux coopérer pour priver les mouvements jihadistes de fonds et de moyens d'opérer.

Définir des méthodes de lutte

L'objectif affiché de ce rendez-vous annoncé par le président de la République lui-même à la fin de l'été 2017 était de définir des principes permettant de lutter contre le financement du terrorisme, principalement celui de Daesh et d'Al-Qaïda.

"Il y aura probablement un catalogue des bonnes pratiques qui sera édicté à l'issue de cette conférence", a ainsi expliqué sur BFMTV, un peu plus tôt dans la journée, Georges Malbrunot, journaliste au Figaro et spécialiste du Moyen-Orient. 

"L'idée était d'exposer entre chefs du renseignement, experts et ministres les méthodes pour combattre ces mouvements de fonds cachés, utilisés par les terroristes et les argentiers pour alimenter les caisses de Daesh ou Al-Qaïda", a-t-il poursuivi. 

Un financement sans frontières

Mais comme le rappelle Georges Malbrunot, cette lutte contre le financement du terrorisme est rendue particulièrement difficile par le fait que les terroristes et leurs argentiers "se jouent des frontières". 

"Daesh en Irak a accumulé chaque entre 2014 et 2016 un trésor de guerre évalué à un milliard de dollars. Ce trésor de guerre n'a pas totalement disparu, il a été placé dans des fermes, a été investi dans des sociétés. Des intermédiaires ont également fait fructifier ce trésor au Liban et en Turquie", détaille Georges Malbrunot.

"En outre, les terroristes disposent de bailleurs de fonds supposés privés, dans les pays du Golfe. Ces pays ont durci leur législation et leur contrôle, sous la pression des Occidentaux, mais les mailles du filet restent encore assez larges", ajoute le spécialiste. 

L'argent peut aussi circuler lors d'événements particuliers, tels que le pèlerinage à La Mecque, explique encore le journaliste. "Lorsque des centaines de milliers de pèlerins musulmans sont sur place, il y a des valises qui circulent entre des bailleurs de fonds et des individus qui peuvent avoir des visées terroristes", fait valoir Georges Malbrunot, selon qui ces bailleurs de fonds sont capables de s'adapter à toutes les situations. 

Terrorisme "low-cost"

Les enquêteurs et services antiterroristes du monde entier ont été au cours des dernières années confrontés à des attentats ou des tentatives d'attentats, surnommés "terrorisme low cost". C'est-à-dire une forme d'action qui a mobilisé de très petites sommes d'argent, difficiles voire impossibles à tracer et repérer à l'avance.

Jeudi matin, le procureur de Paris François Molins a révélé qu'un total de 416 donateurs ayant participé au financement de Daesh avaient été identifiés en France. Il s'est alarmé d'un "micro-financement" du terrorisme alimenté par des sommes "modiques mais en nombre important". 

Des petites sommes qui passent notamment par "des transferts, des cartes prépayées", explique Georges Malbrunot, selon qui la lutte contre ce genre de micro-financement nécessitera un "travail de longue haleine et de fourmi des services de renseignement financier, et des services de renseignement intérieur et extérieur". 

A.S.