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Solution finale, Verdun... Comment Zelensky mobilise l'Histoire quand il s'adresse à l'étranger

Depuis le début de l'offensive russe, Volodymyr Zelensky multiplie les références historiques face aux représentants de pays étrangers. En comparant la situation de l'Ukraine à d'autres grandes tragédies, le président ukrainien entend alerter la communauté internationale, au risque de s'attirer les foudres de certaines populations.

Le 11-Septembre face au Congrès américain, Verdun face au Parlement français... Face au géant russe, Volodymyr Zelensky a fait de l'Histoire son arme diplomatique. Le président ukrainien, qui continue de tenir tête à Moscou, s'adresse régulièrement à sa population et à la communauté internationale pour alerter sur la situation dans son pays.

Au vingt-huitième jour du conflit, le comédien devenu chef de guerre s'est exprimé devant les parlementaires français ce mercredi. Si Volodymyr Zelensky a déjà pu s'entretenir à plusieurs reprises avec Emmanuel Macron, le président ukrainien sait qu'en s'adressant à l'Assemblée nationale et au Sénat, il s'adresse d'une certaine façon au peuple français, face auquel il a évoqué le souvenir de la Première Guerre mondiale.

• Shakespeare et Churchill face aux députés britanniques

Cet exercice est tout sauf inédit pour Volodymyr Zelensky. Il a enchaîné ces dernières semaines les interventions - souvent d'une durée de 10 à 15 minutes - devant les représentants de l'Occident. Comme pour acter définitivement l'appartenance idéologique de son pays à celui-ci.

Après s'être d'abord exprimé devant les parlementaires européens pour réclamer l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne, Volodymyr Zelensky a tenu un discours des plus symboliques devant la Chambre des communes au Royaume-Uni.

"La question pour nous, maintenant, c'est 'être ou ne pas être'', a-t-il déclaré dans un message vidéo adressé aux députés britanniques. La phrase est tout sauf anodine puisqu'il s'agit d'une reprise mot pour mot du monologue d'Hamlet, dans la pièce de William Shakespeare. "Pendant treize jours, on a pu se poser cette question, mais je peux vous donner notre réponse définitive: nous serons", a poursuivi le président ukrainien, reprenant la tirade pour son compte.

Après le dramaturge de la fin du XVIe siècle, c'est un politique du XXe siècle qui a été invoqué par Zelensky: Winston Churchill. Le discours marquant du Premier ministre britannique lors de la Seconde guerre mondiale a permis au président ukrainien d'illustrer la résistance ukrainienne face à la Russie.

"C'est une façon pour lui de montrer ses connaissances mais surtout de cibler un certain auditoire", explique pour BFMTV.com l'historienne Galia Ackerman, spécialiste de l'Ukraine. "Au-delà du parlement, c'est à la population toute entière que son message est adressé", développe-t-elle.
"Nous n'abandonnerons pas [...] nous nous battrons jusqu'au bout, en mer, dans les airs. Nous continuerons à nous battre pour notre terre, quoi qu'il en coûte, dans les forêts, dans les champs, sur les rives, dans les rues", a énuméré Volodymyr Zelensky.

• Pearl Harbor et 11-Septembre devant le Congrès américain

Le président ukrainien s'est aussi référé à un autre épisode marquant de la Seconde guerre mondiale, cette fois-ci outre-Atlantique. Volodymyr Zelensky a en effet mentionné l'attaque de Pearl Harbor face au Congrès américain le 16 mars dernier. Difficile au premier abord d'y voir une comparaison: l'attaque japonaise du 7 décembre 1941 avait surpris les Américains, alors que Kiev s'attendait depuis des mois à une intervention russe.

Ici Volodymyr Zelensky a recours à ce fait historique pour évoquer le ballet aérien de Moscou au-dessus de l'Ukraine, et va même jusqu'à reprendre le discours I have a dream de Martin Luther King pour réclamer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine. Devant les élus américains, il établit également un parallèle avec les attentats du 11-Septembre pour évoquer les victimes civiles de ce nouveau conflit.

• Un nouveau "Mur" à briser devant le Bundestag allemand

Autre parallèle du président ukrainien, cette fois-ci devant le Bundestag. Accusant l'Allemagne de paroles sans actes au sujet de la guerre, Volodymyr Zelensky a appelé à abattre le nouveau "Mur" érigé en Europe, se référant ici au mur de Berlin qui a séparé l'Europe en deux lors de la Guerre Froide.

"Brisez ce mur, prenez le rôle de leadership en Europe. Soutenez-nous et vos enfants seront très fiers du rôle que vous aurez pris. Aidez-nous à arrêter la guerre", a lancé le président ukrainien face aux parlementaires allemands.

Faut-il aussi y voir, derrière ces prises de parole où l'histoire ukrainienne se confond avec l'histoire du monde occidental, un moyen pour Zelensky de répondre à Poutine et à son déni de l'existence de l'Ukraine? "Je ne pense pas qu'il essaye, par des anologies historiques, de promouvoir l'existence même de la nation, du peuple et de l'état ukrainien", confie Galia Ackerman à BFMTV.com. "Je ne trouverai pas d'Ukrainien qui doit prouver à qui que ce soit que l'état ukrainien existe, qu'il est légitime [...] c'est absolument une évidence".

• Une référence à la "solution finale" qui passe mal en Israël

Autre récente prise de parole: celle de dimanche face au parlement israélien. Volodymyr Zelensky a alors évoqué devant la Knesset la "solution finale", terme que reprendrait Moscou contre le peuple ukrainien. Une référence directe à la Shoah, le génocide juif mené par le régime nazi lors de la Seconde guerre mondiale.

Le rapprochement entre les deux événements est toutefois loin d'avoir été apprécié par tous les habitants du pays hébreu, et notamment par son Premier ministre.

"Il est interdit de comparer quoi que ce soit à l'Holocauste", a déclaré Naftali Bennett lors d'une conférence, des propos rapportés par le quotidien israélien Haaretz.

La prise de parole de Volodymyr Zelensky devant les parlementaires français est prévue à 15h ce mercredi. Une déclaration qui interviendra près d'un mois après le début de la guerre et qui pourrait potentiellement s'accompagner de références à l'histoire française.

"Je suppose qu'il peut évoquer le fait que la France a été occupée par l'Allemagne nazie", estime Galia Ackerman pour BFMTV.com. "Il peut aussi évoquer les idéaux de la Révolution française: l'État de droit, la liberté, l'égalité et la fraternité etc."

Mais c'est sur la crise actuelle et l'avenir de son pays que Volodymyr Zelensky s'attardera sans doute. Le président ukrainien s'adressera d'ailleurs aux dirigeants de l'Otan ce jeudi pour réclamer une nouvelle fois une zone d'exclusion aérienne et du matériel militaire pour tenir face à l'envahisseur.

• Une comparaison avec les ruines de Verdun face au Parlement français

Afin d'imager l'invasion russe dans son pays et en particulier le sort de la ville de Marioupol, assiégée par les forces de Moscou, le président ukrainien a fait référence devant les parlementaires français "aux ruines de Verdun".

"Comme sur les photos de la première guerre mondiale que nous avons tous vues, les Russes ne distinguent pas les objets ciblés mais ils détruisent tout", a-t-il poursuivi, ajoutant que "l’armée russe ne prend pas en compte la notion de crime de guerre". "Chacun de vous en est conscient", a-t-il appuyé auprès des députés et sénateurs français.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV