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Pression, interrogatoires... De retour de Russie, une reporter de BFMTV raconte le difficile travail des journalistes

De retour de son séjour à Moscou, la journaliste de BFMTV Marie Peyraube a raconté les coulisses du travail des médias dans une Russie en guerre. Ce lundi, BFMTV diffuse à partir de 20h50 le document Ligne rouge, La guerre vue de Russie, qu'elle a tourné avec Etienne Grelet.

Mise au ban de la plupart des nations depuis son invasion de l'Ukraine, condamnée unaniment par l'Union européenne, cadenassée - plus encore qu'à l'accoutumée - par le pouvoir de Vladimir Poutine, la Russie pourrait apparaître comme un continent mystérieux, perdu pour l'information. Mais BFMTV a toutefois pu y conserver des yeux et des oreilles grâce à la présence sur place de plusieurs de nos journalistes. Marie Peyraube est de ceux-là.

De retour de Moscou, elle a raconté son séjour sur le plateau de Bruce Toussaint ce lundi. Depuis les difficultés rencontrées pour rejoindre un pays coupé du monde par la force des choses aux interrogatoires subis auprès des services de renseignement locaux, en passant par la confiscation de son passeport, elle a mis en lumière le quotidien sous tension des journalistes dans cette Russie en guerre.

"Tout de suite dans l'ambiance"

Pour une reporter soucieuse de couvrir l'actualité en Russie, l'épreuve commence désormais avant même d'avoir pu poser un pied sur le terrain. En effet, l'Union européenne a fermé l'espace aérien qui l'unissait au pays de Vladimir Poutine - et réciproquement-, devenu l'agresseur du peuple ukrainien.

>> Retrouvez le document LIGNE ROUGE La guerre vue de Russie, par Marie Peyraube et Etienne Grelet ce lundi à partir de 20h50.

"Il n’y a plus aucune liaison avec l’Europe donc on fait un tour de la Terre avant d’arriver à Moscou", a ainsi introduit Marie Peyraube sur notre plateau.

Mais c'est sur le tarmac moscovite que la rédactrice et le journaliste reporter d'images de BFMTV Etienne Grelet sont entrés dans le vif du sujet - ou plutôt dans le dur. "Au moment de donner notre passeport à notre arrivée en Russie, on les a gardés et on nous a mis sur le côté, sur une chaise, sans rien nous dire. Et on a attendu environ deux heures", a repris Marie Peyraube.

"Ensuite, un homme en costard nous a demandés de le suivre dans un anglais impeccable. Il nous a emmenés dans les sous-sols de l’aéroport. Je ne sais pas si on peut appeler ça un interrogatoire, mais on nous a posé des questions pendant 45 minutes dans une petite pièce fermée électroniquement", a-t-elle poursuivi.

Une inquisition sous plusieurs formes et qui avait parfois de quoi déboussoler les reporters français. "On nous a posé toutes sortes de questions: ‘Quel type de journalistes vous êtes? Vous connaissez Alexei Navalny? Comment dit-on ‘espions’ en français?’ On était tout de suite dans l’ambiance", a-t-elle glissé. À la manoeuvre: le FSB, le puissant service de renseignement russe.

Le FSB suit les journalistes à la trace

Nos journalistes n'en ont d'ailleurs pas fini avec lui. En effet, ils ont plus tard dû se plier à une nouvelle "entrevue" forcée avec un représentant de cet héritier direct du KGB.

"On a eu une autre interaction avec le FSB. On était en train de tourner avec une babouchka dans un petit village. On faisait une petite séquence sur un marché pour qu’elle nous explique les conséquences économiques. On a été dénoncé et le responsable local du FSB est venu à nous. Et ça a duré un peu plus longtemps qu’à l’aéroport, bien 2h-2h30", s'est rappelée Marie Peyraube, qui a listé les questions posées.

"Il voulait savoir qui on avait interviewé, ce qu’il y avait dans notre reportage, si on allait dire du bien des Russes, pourquoi on était là. Surtout, ils ont gardé nos noms", a-t-elle ajouté.

Le courage des fixeurs

Et cette précaution apparaît d'autant plus inquiétante pour leurs partenaires sur place: "Il n’y a quasiment plus de 'fixeurs' (des locaux aidant les journalistes étrangers sur le terrain, dans leurs trajets et démarches, NDLR) à Moscou, ils sont presque tous partis – en France, en Géorgie, en Arménie", a-t-elle remarqué. Quant au petit nombre qui s'escrime encore à assister les reporters internationaux à Moscou ou dans le pays, ils montrent "un grand courage, et prennent des risques pour nous", a observé Marie Peyraube.

"On fait un direct un soir pour Yves Calvi et c’était la nuit pour nous. Notre fixeur nous avait dit: ‘On n’allume pas la lumière’. On lui dit que sans lumière, on ne pourrait pas faire de direct. Il nous a expliqué qu’il faudrait allumer la lumière à la dernière minute, au moment où on prononcerait notre nom à Paris pour ne pas qu’on puisse se faire repérer et les directs devaient aller rapidement", raconte-t-elle ainsi.

La pression de la loi

Un dernier type de pression vient encore compliquer le travail journalistique: celle résultant de l'adoption par le Parlement russe début mars d'une loi réprimant la diffusion d'informations prétendument "mensongères" sur le conflit en cours. Un texte qui prévoit des peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison pour les contrevenants.

"Tous nos directs étaient un peu cadenassés. Des mots sont interdits, comme le mot ‘guerre’, qu’on s’interdisait de prononcer", a confié notre reporter. "Pour nous mais surtout pour les équipes avec lesquelles on travaillait sur place", a d'ailleurs souligné Marie Peyraube.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV