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Pour Raphaël Glucksmann, Emmanuel Macron doit "présenter des excuses" au Rwanda "au nom de la France"

Le député européen de Place Publique, Raphaël Glucksmann, était l'invité de BFMTV-RMC ce jeudi matin. En préambule du discours d'Emmanuel Macron à Kigali au Rwanda, il l'a appelé à "sortir du mensonge" sur le rôle de la France dans le génocide de 1994.

C'est un déplacement officiel aux airs de voyage au bout d'une mauvaise conscience française. Ce jeudi, Emmanuel Macron est attendu à Kigali, capitale du Rwanda où en 1994 une partie de la population hutu a massacré 800.000 de ses compatriotes Tutsis. Il doit visiter le Mémorial consacré à ce génocide et y prononcer un discours. L'occasion de mettre des mots sur le rôle trouble de notre pays dans ces tueries, un rôle pointé il y a deux mois par le rapport Duclert qui a dénoncé des "responsabilités lourdes et accablantes" de la France dans l'horreur.

Ce jeudi matin sur BFMTV-RMC, le député européen de Place Publique Raphaël Glucksmann - fils d'André Glucksmann lié au mouvement des "nouveaux philosophes" incarné par Bernard-Henri Lévy - a embrassé ce point de vue, appelant le président de la République à présenter ses excuses.

"Il doit, oui, présenter des excuses aux victimes au nom de la France, il doit surtout dire la vérité", a lancé l'eurodéputé.

"Devoir de vérité"

Il a plus tard insisté: "Emmanuel Macron a rendez-vous avec l'histoire, il a un devoir de vérité. Une nation se grandit quand elle sort du mensonge". Raphaël Glucksmann a défini un peu plus précisément sa vision de cette vérité: "Dire que la France sous l'égide de François Mitterrand a soutenu financièrement, politiquement, militairement les auteurs du génocide".

Il a continué à s'en prendre à François Mitterrand: "Les Français ne sont pas responsables mais l'Etat était du côté des bourreaux et en premier lieu le président de la République. Dans le dernier rapport, un homme est désigné: le président François Mitterrand. La vérité c'est qu'un président socialiste a été l'architecte de ce génocide."

"Les dirigeants français ne voulaient pas le génocide mais ils n'ont pas écouté la DGSE qui un an avant les avait prévenus, n'a pas vu le génocide venir et plus tard on a continué à soutenir les miliciens dans les camps de réfugiés au Zaïre à l'époque", a-t-il approfondi. L'eurodéputé a vu dans la relation de la France aux massacres rwandais "le pire scandale de la Ve République car c'est un génocide".

Pour Raphaël Glucksmann, d'anciens acteurs du dossier pourraient freiner la reconnaissance des erreurs et des fautes qu'il dénonce. Il a même glissé quelques noms:

"D'anciens dirigeants vont conseiller à Emmanuel Macron 'Ne faites pas ça, n'allez pas au bout': Hubert Védrine, j'ai vu une interview de monsieur Cazeneuve (qui n'occupait aucune responsabilité nationale en 1994, NDLR)... Il doit s'élever au-dessus de ça, il est le président, nous représente, il a l'occasion de nous grandir", a-t-il dit. "Une nation se grandit quand elle sort du mensonge", a-t-il martelé.

"La vérité pour les morts, les vivants, pour le passé et l'avenir"

Le député européen a octroyé son satisfecit au président de la République: "La France a vécu dans un grand mensonge d'Etat sur son rôle au Rwanda. Emmanuel Macron a rouvert les archives, il a eu ce courage, celui de laiser une commission d'historiens les examiner."

Raphaël Glucksmann a enfin livré une expérience personnelle: "Je suis allé au Rwanda, à 20 ans je me suis retrouvé à déterrer des cadavres dans une fosse sceptique à Kigali. J'ai encore leur odeur sur moi. J'ai vu des robes de femmes mises de côté dans les chiottes, j'ai vu un pays tapissé de cadavres et notre Etat, notre Etat était du côté des bourreaux." "On doit la vérité aux morts, et aux vivants, au passé et à l'avenir", a-t-il encore souligné.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV