BFMTV

Opération Barkhane: la présence de l’armée française au Mali de plus en plus contestée

La collision de deux hélicoptères au Mali, dans laquelle treize militaires ont été tués en début de semaine, a relancé la question du maintien des soldats de la force Barkhane au Sahel. De nombreuses critiques apparaissent, notamment du côté des populations locales.

Son nom renvoie aux dunes du Sahara qui prennent la forme d'un croissant sous l'effet du vent. La force Barkhane désigne aussi l’épineuse opération militaire qui mobilise 4500 soldats français depuis 2013, principaux remparts contre la propagation du terrorisme au Sahel. Mais la France paye un lourd tribut après la mort, lundi, de treize militaires dans une collision entre deux hélicoptères au Mali. Ce drame fait resurgir une question lancinante:

"Passé le moment des hommages et du deuil, on ne pourra pas échapper à une interrogation collective sur le devenir et les modalités de l'intervention française. Où va Barkhane?", s'interroge le journaliste Claude Weill dans Nice-Matin.

Car après six années de mobilisation de l’armée française au Sahel, force est de constater que cette intervention est "un échec pour la diplomatie et la coopération militaire. Un fiasco pour l'Europe, incapable de se mobiliser pour protéger, ensemble, ses valeurs et son territoire", insiste le rédacteur en chef de Midi Libre, Jean-Michel Servant. En effet, sur le front, la France est seule, tançait mardi sur BFMTV Frédéric Encel, géopolitologue. "Cela pose la question de la solidarité européenne avec la France dans la région. L’Europe ne conçoit pas que la lutte contre l’islamisme radical est une lutte commune", regrette-t-il.

"La France est seule au front"

"La France est en partie seule parce que les pays européens n’ont pas compris les enjeux et les risques. Quand on est intervenus en 2013, il fallait agir vite, on n’avait pas le temps de la concertation. Et on a réussi à empêcher le pire. Maintenant, il faut entraîner l’adhésion européenne. Notre sécurité commune se joue en Afrique", observe le général Jean-Paul Palomeros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air.

Il affirme toutefois que des pays ont pris la mesure de cette nécessité: "La République Tchèque, la Belgique et l’Estonie sont prêts à rejoindre les opérations", selon le général.

"Nous sommes à un moment clé. Aujourd’hui, c’est l’heure de la confiance, il faut s’engager collectivement. Ces treize militaires morts doivent servir à stimuler ces communautés africaine et européenne pour venir en aide à l’Afrique qui mérite une chance pour l’avenir", assure Jean-Paul Palomeros qui précise que l’armée française a des victoires quotidiennes au Sahel. "C’est le cas quand on reprend des villages, qu’on apporte l’eau, des aides, de l’éducation. C’est ça qui redonnera sa prospérité à l’Afrique", selon lui.

"Néocolonialisme"

Reste que des améliorations peuvent être apportées à la gestion de cette région aux prises des jihadistes. "L’opération Barkhane doit mieux s’articuler avec les soldats de l’ONU et les armées africaines regroupées au sein du G5 Sahel. Il y a des leçons à tirer de ce drame qui a tué treize de nos soldats, mais on n’a pas le droit de refuser le combat quand on voit les conséquences du terrorisme", avance au micro de BFMTV Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste et vice-président de la Commission des lois. Car après six années de guerre, la présence de l’armée française est de plus en plus critiquée par les populations locales qui la comparent parfois à une forme de "néocolonialisme", rapporte Courrier international.

Las des affrontements, le quotidien malien L’Essor s’interroge: "Que font tous ces soldats étrangers chez nous, s’ils ne peuvent pas nous aider à lutter efficacement contre le terrorisme?"

Face à ces contestations, les députés de La France Insoumise ont réclamé mardi une "discussion sérieuse pour envisager les voies de sortie" de la "guerre" au Mali. Mais nombreux sont ceux qui affirment que le maintien de nos troupes dans ce désert brûlant est plus que jamais nécessaire. "Partir d’un coup serait pire que tout", commente Jean-Marie Bockel, sénateur et père de Pierre-Emmanuel Bockel, l’un des treize soldats morts lundi soir. S’il reconnaît que ce débat est légitime, sa "conviction de citoyen et de père d’un militaire décédé est qu’on ne peut pas partir comme ça. En 2013 notre venue était utile, pour endiguer la montée du jihadisme".

Changer le fusil d'épaule

D’autant qu’il n’existe pas "de maillage sécuritaire efficace sur le terrain pour prendre le relais de l’armée française si elle se retire", prévient Anthony Fouchard, ancien correspondant au Mali pour France 24.

"D’ailleurs après l’attaque d’Indelimane – qui a fait 49 morts au sein de l’armée malienne - les militaires africains ont dû quitter leurs postes avancés sur la frontière avec le Niger. Concrètement, ça veut dire que l’armée abandonne des camps car ils sont trop exposés".

Malgré la défiance, L’Essor le concède lui-même: "Il serait bon que notre orgueil nous conduise à nous regarder dans le miroir et à nous interroger sur notre propre rôle dans le pourrissement de la situation dans notre pays." "Chasser les forces étrangères ne ferait qu’aggraver cette situation, car l’adversaire risque de réoccuper le territoire", reconnaît également le média Mali Web dans son article intitulé "Cabale contre les forces étrangères: et si les Maliens changeaient leur fusil d’épaule".

Ambre Lepoivre