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Syrie: la fragile conférence de paix s'ouvre mercredi

La salle de conférences dans laquelle va se tenir Genève II, dans l'un des salons du Montreux Palace, en Suisse.

La salle de conférences dans laquelle va se tenir Genève II, dans l'un des salons du Montreux Palace, en Suisse. - -

Pour la première fois, le pouvoir syrien et son opposition sont réunis autour d'une même table, mercredi à Montreux, en Suisse, pour la conférence de paix Genève II. Objectif: en finir avec la guerre et signer la paix. Un pari jugé perdu.

Genève II marquera-t-elle le début de la paix en Syrie? Maintes fois repoussée, la conférence de paix a finalement lieu ce mercredi à Montreux, en Suisse, et réunit pour la première fois des représentants du régime syrien et de l'opposition, ainsi que certains de leurs alliés respectifs.

Inédite, cette réunion vise à trouver une issue politique au conflit engagé depuis près de trois ans et qui a fait 130.000 morts, selon les derniers chiffres de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Mais ses chances de réussite apparaissent très minces. BFMTV.com fait le point sur les objectifs, les multiples acteurs et les obstacles de ce grand rendez-vous international.

> Quels sont les enjeux de la conférence Genève II?

L'objectif de cette réunion, organisée à Montreux, ville suisse située sur les bords du lac Léman, est de trouver une solution politique à la guerre civile qui déchire la Syrie depuis mars 2011, et ce en réunissant pour la première fois les acteurs du conflit: des représentants du régime de Bachar al-Assad et de l'opposition, ainsi que leurs soutiens.

Genève II doit servir à mettre en œuvre les résolutions de la première réunion entre les membres du Groupe d'action sur la Syrie, qui s'était tenue à Genève en juin 2012, mais qui n'ont jamais été appliquées. L'accord trouvé cette année-là prévoyait la formation d'un gouvernement d'union nationale, composé à la fois de membres du régime de Damas et de figures de l'opposition, ainsi que la tenue d'élections libres.

Dans la lignée de ces premières résolutions restées lettres mortes, Genève II vise donc à former une autorité de transition, dotée des pleins pouvoirs exécutifs.

> Qui y participe?

Initialement prévue le 20 juin 2013, avant d'être repoussée en septembre, puis en novembre, cette seconde conférence de paix a été reportée à plusieurs reprises, faute d'accord sur la participation de l'opposition. Cette fois encore, le doute a plané jusqu'au dernier moment. Après avoir longuement maintenu le suspense, la Coalition nationale syrienne a finalement annoncé sa venue, samedi, depuis Istanbul.

Mais l'invitation surprise de l'Iran, formulée à la dernière minute par Ban Ki-moon, a semé le trouble. L'opposition syrienne a en effet menacé de boycotter le rendez-vous en cas de maintien de la venue de ce soutien au régime d'Assad, ce qui a poussé le secrétaire général de l'ONU à revenir sur sa proposition. Genève II se fera finalement sans Téhéran. Une "erreur" pour la Russie, qui a réagi par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Initiateurs de ce grand rendez-vous diplomatique, Etats-Unis et Russie seront bien évidemment présents. Autour d'eux et des deux délégations syriennes, près de trente pays, parmi lesquels d'autres acteurs-clés du conflit comme le Qatar ou la Turquie, membres des Amis de la Syrie, mais aussi la France, le Royaume-Uni, l'Egypte, la Chine, le Japon ou encore les Emirats Arabes Unis.

> Que réclament les forces en présence?

Genève II et ses nombreux protagonistes révéleront sans nul doute les visions clairement opposées des deux parties en présence concernant l'avenir de la Syrie. Ainsi, alors que l'opposition demande toujours le départ du président pour laisser place à un gouvernement de transition, le régime de Bachar al-Assad exclut toute démission et cherche à mettre fin à ce qu'il qualifie de "terrorisme" de l'opposition armée, rebelles et jihadistes confondus.

Bachar al-Assad lui-même semble d'ailleurs déterminé à conserver les rênes du pays. Le président syrien a en effet évoqué dimanche, auprès de l'AFP, son intention de briguer un nouveau mandat, tout en rejetant l'idée de confier le pouvoir à un opposant.

Pour tenter de désamorcer les tensions autour de la table et faciliter le cheminement vers un accord, John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov ont suggéré, lors d'un déplacement à Paris la semaine dernière, la mise en place de corridors humanitaires, notamment dans la région de la Ghouta orientale (à l'est de Damas), mais aussi de l'instauration de trêves localisées dans certaines zones -Alep, par exemple- ou encore d'échanges de prisonniers. Objectif: établir un lien de confiance entre le gouvernement syrien et la rébellion.

> Quelles sont les chances de réussite?

Avant même son ouverture, la réussite de la conférence de paix semblait fortement compromise. L'épisode iranien, révélateur de l'équilibre fragile du processus, a mis en exergue les tensions latentes entre les parties en présence et irrité Moscou, grand allié de Damas, à quelques heures du début des discussions.

"Ceux qui ont exigé que l'on annule l'invitation de l'Iran sont ceux qui affirment que la mise en oeuvre du communiqué de Genève doit aboutir à un changement de régime" en Syrie, a ainsi déclaré Sergueï Lavrov, fustigeant une "interprétation malhonnête" des résolutions prises à Genève en 2012. De son côté, Téhéran a estimé que l'ONU a retiré son invitation "sous la pression" et que, sans sa présence, "les chances de parvenir à une vraie solution en Syrie ne sont pas si grandes".

Enfin, les divisions au sein du camp adverse, celui de l'opposition, pourraient également mettre à mal le processus. La Coalition de l'opposition syrienne, composée de plusieurs groupes de l'opposition, apparaît en effet totalement désunie. Ainsi, le Conseil national syrien (CNS), une des principales composantes de l'opposition, a annoncé lundi son retrait de la Coalition, pour protester contre sa participation à Genève II. Le CNS, qui refuse toute négociation qui n'aboutirait pas au départ de Bachar al-Assad, considère en effet que, par ce déplacement, la Coalition nationale renie ses "engagements" à l'égard de la révolte syrienne.

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LA SYRIE EN CHIFFRES

• Le conflit syrien a fait plus de 130.000 morts, selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, dont près de 46.300 civils. Au moins 500.000 personnes ont été blessées.

• 2013 a été l'année la plus sanglante depuis le début de la guerre, en mars 2011, avec 73.000 morts.

• Fin 2013, 2,4 millions de réfugiés, principalement au Liban, en Jordanie et en Turquie, trois pays voisins, ont été recensés.

Adrienne Sigel