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Yézidies: des anciennes esclaves sexuelles de Daesh racontent

Les équipes de Grand Angle-7 jours ont rencontré au Kurdistan irakien des femmes yézidies enlevées au cours de l’été 2014 puis utilisées depuis comme esclaves sexuelles ou esclaves domestiques.

Dans un rapport publié en mars dernier, les Nations Unies faisaient état de "violences sexuelles systématiques" perpétrées par Daesh contre les femmes de la minorité yézidie, avec des victimes âgées de 8 à 35 ans. 3.000 victimes seraient à l'heure actuelle dans les griffes de l'organisation Etat islamique.

Les équipes de Grand Angle-7 jours ont rencontré au Kurdistan irakien des femmes qui ont réussi à échapper aux jihadistes.

Avant de s’échapper, Nayan, 17 ans, a été captive d’un émir de Daesh.

"Ils me disaient 'notre religion accepte que l'on viole les yézidies, nous on est musulmans on a une vraie religion, vous vous n'en n'avez pas", raconte la jeune femme. 

"Ils avaient leurs fusils pointés sur nos têtes"

Contrairement aux juifs et aux chrétiens, qui bénéficient de protections limitées du fait de leur statut de "gens du livre", les yézidis sont vus comme des polythéistes, et font à ce titre l’objet d’une persécution maximale. De plus, ces derniers ne peuvent, contrairement aux juifs et aux chrétiens, s’acquitter d’une taxe, la jizya, pour être affranchis.

"Il me mettait devant son ordinateur avec un casque sur les oreilles et me forçait à écouter le Coran. Il me disait que si je n'écoutais pas il allait me faire des choses pires que la mort", relate Benaw, 25 ans elle aussi réduite à l'état d'esclave sexuelle.

Benaw a été capturée l’été dernier, lors d’une offensive des jihadistes dans la région du Sinjar, au nord de l’Irak. Elle a été vendue comme esclave à un homme de Daesh, avec sa tante, et sa petite cousine de 9 ans:

"Ils ont séparé les femmes et les enfants des hommes. Nous avons été conduites dans une école. Les hommes de notre famille, il y en avait 24, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Les combattants de Daesh nous surveillaient, ils avaient leurs fusils pointés sur nos têtes et ils choisissaient des belles filles parmi nous."

"Quand je me refusais à lui il me battait"

Benaw a alors subi un calvaire de cinq mois:

"Nous avons passé cinq mois chez lui. Il nous a fait tout ce qui est mauvais. Il m’a violé. Il m’a même drogué avec des injections. Quand je me refusais à lui il me battait. Ma tante essayait de m’aider et il la frappait aussi. Il disait, à propos de ma cousine, 'là elle est petite mais dans un an je pourrai la prendre'."

Les trois femmes réussiront finalement à s’échapper grâce à l’aide d’un voisin.

Marché aux esclaves et enchères par téléphone

Plusieurs milliers de Yézidies sont victimes de cet esclavage sexuel. Une pratique barbare, revendiquée par les hommes de Daesh, qui organisent même des jours de marché. Dans une vidéo glaçante, postée sur les réseaux sociaux, les jihadistes marchandent comme s’il s’agissait d’un jeu.

"Ils donnent un numéro à chacune, après ils envoient les photos à leurs combattants sur leurs téléphones portables. Ils préviennent que le marché est ouvert pendant trois ou quatre jours. Pendant cette période chacun peut appeler pour acheter celle qu'il veut", Osman Hassan Ali, un riche homme d’affaires yézidi qui a réussi à faire s’échapper de nombreuses femmes. 

Les prix varient en fonction du physique et de l'âge. Plus les filles sont jeunes, plus elles sont chères. Parfois des milliers de dollars. Il existe même un catalogue de prix.

Daesh a carrément mis en place une bureaucratie officielle avec des contrats. Pour l’Etat islamique, l’esclavage sexuel a aussi pour objectif d'attirer des combattants.

En juin dernier, pour le ramadan, le groupe jihadiste avait lancé un concours de mémorisation du Coran, dont les principaux gagnants étaient récompensés par... des esclaves sexuelles.

>>>> Retrouvez l'intégralité du reportage à 22 heures 30 sur BFMTV ce mardi soir.

K. L. avec Guillaume Couderc