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Irak: comprendre la libération de Mossoul en 5 questions

Des soldats de l'armée irakienne qui brandissent le drapeau irakien à Mossoul, le 9 juillet 2017.

Des soldats de l'armée irakienne qui brandissent le drapeau irakien à Mossoul, le 9 juillet 2017. - FADEL SENNA / AFP

La reprise annoncée de Mossoul par les forces irakiennes représente une avancée majeure dans la lutte contre les jihadistes. Cette reconquête marque-t-elle pour autant la chute de Daesh? Focus sur cette libération, ses conséquences et l'avenir de Daesh.

C'est un tournant dans la lutte au Proche et au Moyen-Orient contre l’Etat islamique. Le Premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi, a annoncé dimanche la reprise de Mossoul par les forces irakiennes et par la coalition internationale. Que peut-on espérer de cette reconquête proclamée?

> Mossoul est-elle totalement "libérée"?

Le premier ministre irakien a proclamé la "libération" de la deuxième ville d'Irak. Si Mossoul devrait bien se libérer rapidement du joug de Daesh, cette annonce est à temporiser. L'armée considère qu'il reste "une ou deux poches" de résistance dans la ville. Ces poches sont occupées par des jihadistes déterminés à mourir, qui peuvent faire encore de nombreuses victimes. La reprise de Mossoul ne sera totale qu'une fois ces dernières poches exterminées.

> Où sont partis les jihadistes?

Si beaucoup de jihadistes sont morts sur le terrain, ils sont nombreux à s'être éparpillés dans la nature. Certains ont repris des vêtements civils pour se fondre dans la foule des réfugiés. Ils ont réussi à fuir dans le désert, en Syrie, au Yémen, voire en Asie, aux Philippines. On constate donc un déplacement des combattants, dont certains cherchent à rentrer dans leurs pays d'origine, notamment en Europe.

> La reprise de Mossoul atténue-t-elle le risque d’attentat?

Le califat vient de connaître un échec, mais Daesh est toujours bien présent, et la menace terroriste reste entière. Les jihadistes ont même pour habitude de se venger après leurs lourdes défaites, en cherchant à commettre des attentats en représailles. Ils vont essayer de transformer cette défaite militaire en une défaite symbolique, voire héroïque, pour susciter de nouvelles vocations au jihad. Daesh a toujours les moyens de transmettre son idéologie et d'attirer de nouveaux fidèles, notamment grâce aux nouvelles technologies. Sa capacité à organiser des commandos et à les envoyer en Occident se trouve en revanche amoindrie par cette défaite.

> Qui va désormais prendre le contrôle de Mossoul?

Une nouvelle lutte s'annonce pour déterminer qui va prendre la tête de Mossoul. Les combattants de l’armée irakienne, qui ont pris une certaine revanche, espèrent obtenir ce rôle pour asseoir leur autorité à travers le pays. Mais cela ne sera pas facile: entre 40 et 50 milices lourdement armées ont également participé à la reconquête de Mossoul, et souhaitent avoir leur mot à dire. Des milices chiites, sunnites, les Kurdes, et les pro-Turcs sont en lice pour prendre la tête de la ville. Des règlements de comptes sont redoutés.

> Reconstruire Mossoul est-il possible?

Avant de se retrouver sous l'emprise de Daesh, Mossoul comptait deux millions d'habitants. Aujourd'hui, la ville est en ruines, et semble très difficile à reconstruire. La priorité dans les jours à venir sera de reconstruire politiquement le pays, ravagé par la guerre depuis plusieurs années. Pour y parvenir, il va falloir discuter, et construire un projet commun. Les dirigeants devront sécuriser le territoire et rétablir les services minimum comme l'eau et la nourriture.

La reconstruction matérielle ne viendra qu'après. Depuis le début de la guerre en Irak en 2003, plusieurs centaines de milliards de dollars ont été envoyés dans le pays pour reconstruire les villes en ruines. Mais rien n'a été entrepris, en raison de la corruption des dirigeants. Cet argent aurait été envoyé à l’étranger, et utilisé notamment pour des investissements privés dans l’immobilier.

Céline Penicaud avec Ulysse Gosset