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Hollande s'attaque au juteux trafic d'oeuvres d'art de Daesh

Image fournie par la propagande islamiste montrant des pièces provenant de la cité antique de Palmyre, en juillet 2015.

Image fournie par la propagande islamiste montrant des pièces provenant de la cité antique de Palmyre, en juillet 2015. - Ho - Welayat Halab - AFP

François Hollande a annoncé lundi des mesures pour endiguer le trafic d’œuvres d'art, qui enrichit l'Etat islamique et permet de financer des opérations terroristes.

Quatre jours après les attentats de Paris, François Hollande a ouvert un nouveau plan de lutte contre le groupe Etat islamique en annonçant des mesures contre le trafic d’œuvres d'art massivement pratiqué par l'EI pour financer ses opérations terroristes.

"En ce moment même, l'organisation terroriste Daesh délivre des permis de fouille, prélève des taxes sur les biens qui vont ensuite alimenter le marché noir mondial, transitant par des ports francs qui sont des havres pour le recel et le blanchiment, y compris en Europe", a lancé le président de la République devant la 70e conférence générale de l'Unesco.

"Droit d'asile" pour les œuvres d'art

Face à ces pratiques, la France va instaurer un "droit d'asile" pour les œuvres d'art menacées provenant en particulier de Syrie et d'Irak. Cette disposition figurera dans la loi 'Liberté de la création' que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, doit faire voter au Parlement, a déclaré le chef de l'Etat qui s'appuie sur un rapport commandé au président du Louvre, Jean-Luc Martinez, après les destructions commises par Daesh dans la cité antique de Palmyre.

Pour "empêcher que les œuvres transportées puissent tomber entre les mains des terroristes", les biens culturels menacés pourront ainsi trouver refuge dans les musées français. Parmi les mesures préconisées par le rapport Martinez, François Hollande a retenu la mise en place d'un "contrôle douanier à l'importation de biens culturels".

Liste noire

En outre, la France "intégrera dans son droit les résolutions du Conseil de sécurité interdisant le transport, le transit, le commerce du patrimoine culturel mobilier ayant quitté illégalement certains pays". "Nous devons éliminer les paradis du recel dans le monde", a affirmé le président de la République.

Ces 'paradis du recel' pourraient figurer dans une liste noire élaborée "sous la responsabilité de l'Unesco". Autre objectif du gouvernement, une "meilleure harmonisation" du droit européen, notamment en matière de recel. "En France, on peut dénoncer le recel sans limite de temps, alors que dans beaucoup de pays, comme la Belgique, il y a la règle de l'instantanéité", a précisé le patron du Louvre.

"Reconstruction de Palmyre"

"Ces distorsions dans le droit européen sont autant de mailles du filet dans lesquelles s'engouffrent les trafiquants", a-t-il ajouté. Au cours des derniers mois, plusieurs monuments emblématiques de Palmyre, cité inscrite au patrimoine de l'Humanité, ont été détruits par Daech: la statue du Lion d'Athéna, de plus de trois mètres de haut, en juillet, les temples de Bêl et Baalshamin, rasés à coups d'explosifs en août, et le célèbre Arc de triomphe en octobre. La France souhaiterait aussi mettre en place un "Fonds mondial de dotation", dédié à la sauvegarde ou la reconstruction du patrimoine, qui "financerait des projets de travail après le conflit".

"On pourrait imaginer grâce à ce fonds de financer le travail de reconstruction de Palmyre ou l'étude du site archéologique de Mari", a souligné Jean-Luc Martinez. "Les expertises sont réparties dans le monde entier. Pour imaginer de travailler un jour à Palmyre, il faut rassembler les archives existantes, c'est un travail de longue haleine". Un autre moyen pour récolter de l'argent et protéger le patrimoine, "c'est de proposer de grandes expositions, du type 'Musées en exil'", suggère le patron du Louvre. Une exposition de ce type sur l'Afghanistan avait rapporté 3 millions de dollars en dix ans, versés ensuite au musée de Kaboul.

la rédaction avec AFP