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Les Afghans aux urnes pour une présidentielle à risques

Le président sortant Ashraf Ghani vote pour l'élection présidentielle, le 18 septembre 2019 à Kaboul, en Afghanistan

Le président sortant Ashraf Ghani vote pour l'élection présidentielle, le 18 septembre 2019 à Kaboul, en Afghanistan - Handout / Press Office of President of Afghanistan / AFP

Les citoyens afghans sont appelés aux urnes ce samedi afin d'élire leur nouveau président. L'actuel chef de l'Etat Ashraf Ghani, candidat à sa propre succession, figure parmi les favoris.

Les Afghans ont commencé à voter ce samedi pour choisir leur président, un scrutin qui se déroule sous la triple menace de la fraude, de l'abstention des électeurs et des attentats dont l'un a fait 15 blessés dans le sud du pays. L'élection se tient alors que les pourparlers entre Américains et talibans sont au point mort, rendant toujours aussi lointaine la perspective d'un dialogue inter-afghan (entre gouvernement et insurgés) pour arriver à la paix.

Les talibans ont multiplié les avertissements aux quelque 9,6 millions d'électeurs pour les dissuader de participer au scrutin. Ils ont expliqué jeudi que leurs moujahidines viseront "les bureaux et les centres (de vote) accueillant ce spectacle".

Un attentat près d'un bureau de vote de Kandahar, dans le sud du pays, a fait 15 blessés dans la matinée, et plusieurs attaques à la grenade ou à la bombe, qui n'ont pas fait de victime, ont été signalées par des responsables locaux.

72.000 policiers mobilisés

Le ministère de l'Intérieur a annoncé le déploiement de 72.000 hommes pour garder les près de 5.000 bureaux de vote du pays, qui ont ouvert leurs portes à 7h et devraient les fermer à 15h. Il interdit par ailleurs depuis mercredi soir l'accès à la capitale à tous les camions et camionnettes, par peur des attentats aux véhicules piégés.

"Nous sommes heureux que les gens forment déjà de grandes queues devant les bureaux de vote en attendant de mettre leurs bulletins dans l'urne", s'est félicité en début de matinée Zabi Sadaat, porte-parole de la commission électorale.

La campagne électorale a démarré fin juillet par un attentat qui a fait 20 morts. Plus de cent autres personnes ont péri dans des attaques revendiquées par les talibans depuis. A cela s'ajoute le risque que Daesh se mette de la partie, lui qui a revendiqué un attentat contre un mariage ayant fait 80 morts en août.

18 candidats dont 2 favoris

C'est la quatrième élection présidentielle dans l'histoire du pays. La première s'était tenue en 2004. Le scrutin rassemble 18 candidats à un mandat de cinq ans, et oppose surtout deux favoris, l'actuel chef de l'Etat Ashraf Ghani et son chef de l'exécutif Abdullah Abdullah.

Après avoir voté le chef de l'Etat a déclaré que "cette élection pavera la voie pour que nous allions vers la paix avec une vraie légitimité". Il espère une réélection qui ferait de lui un interlocuteur incontournable pour négocier avec les talibans. Mais ces derniers, qui le qualifient de "marionnette", lui ont nié jusqu'ici toute légitimité. 

Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah s'affrontaient déjà en 2014, dans une élection marquée par des irrégularités si graves que les Etats-Unis avaient imposé par leur médiation la création du poste de M. Abdullah, réputé arrivé second.

Des lecteurs biométriques pour lutter contre la fraude

Les autorités afghanes ont assuré avoir pris toutes les mesures pour éviter la fraude, en déployant notamment une batterie de moyens techniques, dont des lecteurs biométriques. Les résultats préliminaires sont attendus le 19 octobre et les définitifs le 7 novembre.

La première inconnue sera l'ampleur de l'abstention. Si ce n'est pas la peur des attentats ou de la fraude qui les tiennent à l'écart des urnes, bon nombre d'électeurs devraient rester chez eux, ayant perdu tout espoir que leurs élites améliorent leurs conditions d'existence. 

Le futur chef de l'Etat prendra la tête d'un pays en guerre, où 55% de la population vivait avec moins de deux dollars par jour en 2017, et où le conflit avec les insurgés a tué plus de 1.300 civils au premier semestre 2019, selon l'ONU.

Me.R. avec AFP