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L'Afghanistan envisage de rétablir la lapidation

Une Afghane dans la ville d'Herat, dans l'ouest du pays, début novembre 2013.

Une Afghane dans la ville d'Herat, dans l'ouest du pays, début novembre 2013. - -

Selon l'ONG Human Rights Watch, le gouvernement afghan s'apprêterait à rétablir la lapidation comme peine capitale, pour punir les cas d'adultère.

Un terrible retour en arrière en Afghanistan. Selon l'ONG Human Rights Watch, qui s'est procuré le texte d'un projet d'amendement au code pénal, le gouvernement afghan travaille sur le rétablissement de la peine de mort par lapidation en cas d'adultère, douze ans après la chute du régime des talibans, qui pratiquait ce genre de châtiment.

Punition pour les couples mariés

Le texte, rédigé par un groupe de travail du ministère de la Justice afghan, stipule que les hommes ou femmes mariés qui commettraient un adultère pourraient être "condamnés à mort par lapidation". En revanche, une personne célibataire ayant eu une relation avec une personne mariée recevrait "cent coups de fouet". Dans les deux cas, les châtiments seraient donnés en public.

Interrogé, un membre du cabinet du ministre de la Justice, Ashraf Azimi, a confirmé que le rétablissement de la lapidation fait effectivement partie d'un texte en cours d'étude. "Le ministère, ainsi que d'autres institutions judiciaires afghanes, travaillent sur une loi pour sanctionner l'adultère, le vol et la consommation d'alcool, en accord avec la charia, la loi islamique", a ainsi dit ce responsable politique.

"Nous travaillons sur un projet de code pénal de la charia prévoyant que la lapidation serait la sanction de l'adultère, s'il est confirmé par quatre témoins oculaires", a par ailleurs indiqué Rohullah Qarizada, membre de la Commission sur la loi coranique, précisant que les Etats-Unis et l'ONU ont été informés de ce projet de rétablissement, qui, selon lui, ne sera pas une pratique courante.

Une menace aux promesses d'aide financière

La mesure inquiète les militants des droits de l'homme, qui redoutent un retour à de telles pratiques malgré la chute du régime des talibans. En effet, l'Afghanistan a reçu, l'an dernier, la promesse de 16 milliards de dollars d'aide d'ici à 2015 de la part de 80 bailleurs de fond internationaux. Une aide conditionnée à des efforts en matière de droits de l'homme et de démocratie, dans ce pays très conservateur.

"Il est choquant de constater que l'administration du président Hamid Karzaï puisse envisager de rétablir la lapidation douze ans après la chute des talibans", a déclaré Brad Adams, responsable de l'Asie pour Human Rights Watch, appelant le président afghan à "rejeter cette proposition". Pour l'ONG, la peine de mort par lapidation "constitue une violation de toutes les normes internationales en matière de droits de l'homme".

Adrienne Sigel et avec AFP